Shirley MacLaine
(séance avec Kevin Ryerson (4))
- Pardonnez-moi, dis-je, mais est-ce que je
peux vous interroger sur moi-même ? J’ai déjà bien du mal à me situer par
rapport à tout ça.
-
Bien sûr. Vous devez progresser à votre propre rythme.
-
Parfait, dis-je avec soulagement. Je vous remercie. Ainsi, Gerry et moi étions
mari et femme ? Est-ce que nous étions des âmes jumelles ?
-
Non. Vous étiez, et vous êtes toujours, l’âme jumelle de l’entité que vous
nommez David.
-
Vous connaissez aussi David !
-
Comme tel. Vous avez connu plusieurs vies avec l’entité David, en cette période
du commencement des temps, et beaucoup d’autres plus tard.
Étais-ce
la raison pour laquelle je me sentais si bien aujourd’hui, en présence de
David?
-
David est un bon maître, continua jean, vous pouvez lui faire confiance. Nous
avons d’ailleurs le sentiment que vous vous en êtes rendu compte. Vous devrez
apprendre à vous fier davantage à vos sentiments. Gardez-vous d’appréhender les
grandes questions de l’existence d’un point de vue strictement intellectuel.
Les prodiges de l’intelligence pure sont limités, alors que la perception
sensible ne connaît pas de bornes. Fiez-vous à votre cœur… ou à votre
intuition, comme vous dites.
Me
fier à mon intuition ? Oui. Chaque fois que je ne m’étais pas conformée à mon
intuition, j’avais presque infailliblement eu des ennuis.
-
Si nous nous mettons tous à suivre les élans de notre cœur, tout ira bien ?
-
Non, pas nécessairement. Certains sentiments humains sont mauvais ou nuisibles,
et il faut les surmonter. Mais le genre humain, tout ce qui vit, est
fondamentalement bon. Apprenez à lui faire confiance. La vie est la pensée de
Dieu. Et Dieu est amour.
À
vrai dire, cette discussion sur Dieu me mettait plutôt dans l’embarras.
-
D’accord, dis-je, mais qu’est0ce que vous appelez Dieu ?
-
Dieu ou la Force Divine dont tout procède, dit Jean, est l’énergie qui a créé
l’univers et le maintient en harmonie.
-Parce
que, d’après vous, ce qui se passe ici-bas est harmonieux ?
-
Si l’on considère la vie par rapport à sa destinée finale, oui, le monde est
harmonieux. Car tout s’y tient et tout s’équilibre. Mais avant de percevoir
cette harmonie, vous devez comprendre par quelle démarche l’âme s’améliore, se
réincarne et se purifie.
-
Une minute, dis-je. La Bible est censée traduire la parole de Dieu ?
-
Oui, c’est ce qu’elle fait dans l’ensemble. Encore que bien des passages aient
été réinterprétés.
-
Par qui ?
-
Par diverses personnes, au fil du temps et des traductions. En dernier lieu par
l’Église. Elle avait intérêt à « protéger ses fidèles » de la vérité
vraie.
-
Mais qu’est-ce que vous entendez par « vérité vraie » ?
-
C’est la démarche grâce à laquelle toute âme devient responsable d’elle-même
dans l’accomplissement de sa propre divinité.
-
Vous voulez parler de la réincarnation ?
-
Comme tel. C’est le terme que vous utilisez pour définir cette démarche :
l’accomplissement de la Justice Cosmique dans l’harmonie suprême.
-
Et l’Église nous dénie cette vérité ?
-
Oui, puisqu’elle réduit à néant son pouvoir et son autorité. N’importe quelle
personne, ou mieux : n’importe quelle entité est responsable de sa
conduite. Or, l’Église ne peut l’aider en rien, dans cette prise de
responsabilité, pas plus que ne l’aident les rites, les hiérarchies, les
cagibis où il faut ramper pour obtenir l’absolution de ses fautes. L’autorité
ecclésiastique a voulu « préserver » le genre humain d’une vérité que
l’homme n’était pas prêt à recevoir.
-
Nos dirigeants conduisent les États un peu dans cet esprit, non ?
-
Comme tel.
Je m’étirai sur la moquette, perplexe. Aucune question ne me venait à l’esprit. Kevin était toujours
assis,
impassible sur son siège. Sur la table, le thé avait refroidi.
-
Y aurait-il d’autres questions ? fit Jean.
Je
me tournai vers les lumières clignotantes du bateau de pêche.
Dire
que certaines personnes m’avaient jugée naïve et crédule quand je leur avais
avoué que chercher la révélation spirituelle à travers un médium me paraissait
une démarche vraisemblable. « Comment pouvez-vous croire à de telles
sornettes ? », s’était-on bien souvent étonné. « La transmission
médiumnique peut nous en apprendre davantage sur nous-mêmes », me
bornai-je à répondre. J’étais presque sûre que la vie devait avoir d’autres
dimensions; comme nos personnalités, nos tempéraments restaient mystérieux
jusqu’au jour où nous en découvrions les aspects inconnus, dont nous ne
soupçonnions même pas l’existence.
Pourquoi
étais-je, moi, plus encline que
d’autres à explorer ces virtualités indémontrables ? Je l’ignorais. En tout
cas, ces dispositions me semblaient légitimes, ne m’effrayaient nullement et ne
m’empêchaient pas de vivre pleinement la réalité quotidienne avec la même
charge émotionnelle.
L’image
que j’avais de moi n’en était pas
menacée. Au contraire, cette exploration m’enrichissait en exacerbant ma
perception de la réalité concrète. Je me demandais pourquoi certains de mes
proches – Gerry en particulier -
considéraient mon cheminement spirituel par le détour des médiums et de
la réincarnation comme un danger. Qu’est-ce qui les poussait à tant s’inquiéter
? Le besoin de me protéger ? Certes, ils n’auraient pas aimé – et moi non plus
- me voir publiquement ridiculisée. Mais
il y avait autre chose. Ils se sentaient eux-mêmes menacés. Mais par quoi ?
Pourquoi ce refus de s’interroger
sérieusement ? Pourquoi ce refus d’explorer
ces terres neuves en eux ? Leur propre vision de la réalité en aurait-elle été
troublée ?
Shirley MacLaine,
L’amour foudre, pp. 260-263.