Souffrances morales
Aux souffrances physiques s’ajoutent les souffrances morales. Pour être logique, nous aurions dû commencer par ces dernières puisque notre vie intérieure engendre nos maux extérieurs. Nos souffrances physiques, à leur tour, renforcent nos pensées sombres, de sorte qu’on se trouve emprisonné dans un cercle vicieux.
Nous t’avons déjà fait remarquer, n’est-ce pas, que non seulement ce sont les pensées se rapportant spécifiquement à un certain mal qui finissent par déclencher ce mal, mais toutes celles qui ont la qualité générale de l’épreuve à subit. De tous temps, on souffre fondamentalement de ce qu’on est. C’est notre manque d’harmonie intérieure qui nous fait un monde discordant; c’est la peur qui y entretient la maladie, l’indigence, l’insécurité.
Même lorsqu’on n’a pas encore compris ce rapport entre la vie mentale et le destin, il est facile d’admettre que la pensée joue un rôle dans la souffrance. On appréhende le mal, on le redoute, et plus tard on se remémore ce qui est arrivé pour le déplorer. On a généralement en soi la force nécessaire pour traverser le moment le plus critique d’un événement malheureux. Si l’imagination et la mémoire y restaient étrangères, de combien de maux ne s’en trouveraient-ils pas allégés!
Sur la liste des peines morales, nous devrions mettre l’amour. Non pas cet Amour dont nous parlons si souvent ici, mais l’appel d’un sexe à l’autre qui peut rendre la vie sur Terre si intéressante et si torturante. De cela nous avons déjà dit ce que nous pensons.
Il reste encore pour nous tourmenter, toute la série des inquiétudes que nous inspirent, au cours de l’existence, les êtres qui nous sont chers. Ce sont, bien entendu, des souffrances altruistes, mais n’oublions pas que nous devons nous gouverner mentalement pour nous rendre vraiment utiles à ceux que nous aimons.
Tu as lieu de constater que certaines personnes altruistes ont une vie moins heureuse que d’autres individus plus médiocres ? C’est vrai sur Terre parce que le plan physique impose une solidarité commune, de sorte que chacun subit les conséquences des actes d’autrui. Mais cette souffrance du meilleur, ou cet avantage du moins bon, ne dure qu’un temps et n’est injuste qu’en apparence : Tout s’équilibre à échéance plus ou moins brève. Car aimer c’est progresser, quoi qu’il en semble, alors que l’égoïsme est comme un paysan auquel on offrirait un palais pour sa chaumière et qui refuserait de quitter son misérable abri parce que la route semble plus sûre.
New-York, Novembre 1954.
Morton, Marie-Louise, Où et comment retrouverons-nous nos disparus? Pp. 241-243.