Souffrances terrestres

 

            La souffrance, c’est la félicité inversée. Plus on a de capacité pour souffrir, plus on en a pour être heureux.

 

            Les causes de nos peines terrestres sont multiples; les unes sont nobles et d’autres fort médiocres. Quelles qu’elles soient, plus on écoute son mal, plus il tend à s’aggraver.

 

            Tant qu’on reste aveuglé par le facteur espace-temps, il n’est que trop facile de désespérer. Mais on ne pâtit jamais que de ses fautes, ou de ses erreurs de jugement, ou de son manque de foi en la plénitude du bien, que la douleur soit physique ou morale. Les causes tangibles du mal ne sont déjà que des résultats temporaires.

 

            Souffrir n’est pas sans utilité. C’est ainsi qu’on peut mesurer la valeur de ce qui fait défaut; sinon on vivrait souvent dans l’inconscience. De plus, la souffrance aide les hommes à se comprendre : quand on a souffert soi-même on devient sensible aux maux d’autrui. Or, la sympathie est un bien, et tout ce qui unit les hommes est désirable puisque c’est vers l’union que gravite l’humanité. Mais pour sympathiser utilement, n’oublions pas qu’il convient d’aider celui qui souffre à réagir au lieu de s’appesantir avec lui sur son infortune.

 

            Il est bon de ne pas se compliquer les idées à lire toutes sortes d’apologies de la souffrance; elle n’est jamais qu’un moyen, elle n’est pas une fin. Son but est l’élimination de ce qui nuit à l’évolution de l’être. Là où l’on a compris, on n’a plus à souffrir.

 

New-York, Septembre 1941.