Souffrances terrestres
La manière la plus simple d’être malheureux c’est de souffrir physiquement. Omettons de disserter sur le fait que les sens mettent l’organisme en garde contre les inclémences du monde extérieur, et abordons le chapitre de la maladie, l’un des fléaux du genre humain. On a échafaudé des théories sans nombre sur la maladie – toutes les pathologies et toutes les thérapeutiques, mais depuis des siècles et des siècles on s’y perd; on se débat dans des effets dont on néglige la cause initiale, on époussette en déplaçant la poussière qui s’accumule ailleurs ou se remet en place.
Les souffrances physiques sont dues à des pensées pessimistes ou inquiètes qui s’expriment sur le corps. Et puis la crainte de la maladie s’y ajoute; on la redoute pour soi et pour les siens. Elle est là, présente autour de chacun; on a eu l’occasion de l’y constater maintes fois; elle prend nom, on s’en fait alors une image plus précise, et cette image finit par se concrétiser. Imaginer, c’est tracer des plans dans l’éther, c’est être son propre architecte et préparer sur le papier la maison que l’on va plus tard habiter. Quand le mal semble prendre sa victime à l’improviste, elle était, plus ou moins consciemment réceptive à des idées de maladie. On souffre généralement d’une des maladies spécifiques cataloguées dans les traités médicaux, mais chaque cas individuel n’en est pas moins un cas particulier. Les animaux domestiques ne tombent pas malades lorsqu.ils vivent hors de la sollicitude inquiète des humains. Les bêtes sauvages ne connaissent pas la maladie.
Comme la pensée crée et fortifie son objet, sur Terre comme dans l’Au-delà, et que la médecine est basée sur la croyance pré-établie de la maladie elle-même, lorsque le Corps médical finit par trouver un remède au mal contre lequel il lutte avec assez de persévérance – et en toute bonne foi – ce n’est que pour voir s’en présenter diverses variantes. À travers les siècles, on a connu la lèpre, la peste, le choléra, la phtisie, le cancer, et ainsi de suite. L’une cède le pas à l’autre.
Ces
maux physiques seraient supprimés si l’on pouvait réagir contre l’envahissement
des idées déprimantes au lieu de s’y abandonner puis de se perdre dans les
dédales des disciples d’Esculape. La maladie est l’ombre chinoise que projette
sur l’écran une découpure opaque placée devant une lumière. La lumière c’est
Pour se guérir, il est nécessaire, avant tout, d’avoir confiance en son rétablissement, et de pratiquer l’optimisme en général. Si le malade n’est pas arrivé au terme de son cycle terrestre, et s’il ne doute pas de son médecin, il est déjà en voie de guérison, pourvu que ce dernier n’intervienne pas trop énergétiquement et ne paralyse pas les moyens naturels du malade.
New-York, avril 1955.
Marie-Louise Morton, Où et comment retrouverons-nous nos disparus, pp. 233-235.