Le Système immunitaire
(son mode de fonctionnement)
Miracle de l’évolution, le système immunitaire du corps humain, n’est pas sous le contrôle d’un organe central, tel que le cerveau. Il s’est plutôt développé pour fonctionner selon une sorte de démocratie biologique, où les membres individuels atteignent leurs buts à travers un réseau d’information d’une étonnante envergure. Comptant pour un pour cent (1%) des 100 trillions de cellules du corps, ces globules blancs du sang, qui défendent ce dernier, proviennent de la moelle des os. Ils se classent en trois groupes : les phagocytes, ou « cellules mangeuses » dont fait partie le puissant macrophage, et deux sortes de lymphocytes, appelées cellules T et B. Toutes visent un objectif commun : identifier et détruire toute substance, vivante ou inerte, qui ne fait pas partie du corps humain, qui « ne sont pas le soi ». Celles-ci comprennent les cellules humaines cancéreuses, qui sont passées du « soi » au non-soi, d’ami à ennemi.
Chaque réponse immunitaire comprend quatre phases critiques : la reconnaissance de l’ennemi, l’amplification des défenses, l’attaque et l’arrêt (slow down) de l’activité. Chaque réponse immunitaire suit une séquence unique d’événements locaux, déterminée par la nature des ennemis. Des toxines chimiques et une multitude de substances environnementales inertes, tel que l’amiante et des particules de fumée, sont normalement attaquées par les phagocytes seuls. Des envahisseurs organiques déclenchent l’ensemble des réponses immunitaires. Outre les virus, ceux-ci incluent les bactéries unicellulaires, les protozoaires, les champignons, ainsi qu’une armée de vers multicellulaires appelés helminthes. Plusieurs de ces ennemis ont développé des méthodes détournées pour échapper à la détection. Les virus qui causent la grippe (influenza) et le rhume ordinaire, par exemple, mutent constamment en modifiant leurs « empreintes digitales ». Le virus du SIDA, le plus insidieux de tous, utilise un ensemble de stratégies, incluant celle de se cacher dans des cellules saines. Ce qui le rend fatal, c’est son habileté à envahir et à tuer les cellules d’aide T, court-circuitant par là toute la réponse immunitaire.
Les cellules défensives (police du
corps)
Contre les virus et autres envahisseurs, l’organisme oppose donc des Macrophages, des cellules T d’aide, des cellules T tueuses, des cellules B qui créent les anticorps, des cellules T qui arrêtent l’attaque (suppresseur) et les cellules-mémoires qui assurent l’immunisation du corps contre les anciens envahisseurs.
La Bataille cellulaire

Forts d’à peu près un trillion, nos globules blancs du sang constituent une armée de défenseurs hautement spécialisés, dont les plus importants sont décrits ci-après dans une bataille typique contre un ennemi formidable.
Les forces en présence
Un Virus. Ayant besoin d’aide pour devenir vivant, un virus est à peine plus qu’un paquet d’information génétique qui doit prendre les commandes de la machinerie d’une cellule hôte pour assurer sa propre multiplication.
Un Macrophage. Ménagère et défenderesse des frontières, cette cellule engloutit et digère les débris transportés dans la circulation sanguine. Quand elle rencontre un organisme étranger, elle appelle sur la scène les cellules d’aide T.
Une cellule d’Aide T. Commandant en chef du système immunitaire, cette cellule identifie l’ennemi et se précipite vers la rate et les ganglions lymphatiques, où elle stimule la production d’autres cellules pour combattre l’infection.
Une cellule Tueuse T. Recrutée et activée par les cellules d’aide T, elle est spécialisée pour tuer les cellules du corps qui ont été envahies par des organismes étrangers, aussi bien que les cellules qui sont devenues cancéreuses.
Une cellule B. Usine d’armes biologiques, cette cellule réside dans la rate ou dans les ganglions lymphatiques, où elle est incitée à se multiplier par les cellules d’aide T, pour ensuite produire de puissantes armes chimiques appelées anticorps.
Un Anticorps. Équipée pour frapper un envahisseur spécifique, cette molécule de protéine en forme de Y est dépêchée au lieu de l’infection, où elle neutralise l’ennemi ou le marque pour être attaqué par d’autres cellules ou produits chimiques.
Une cellule de Suppression T. Troisième type de cellules T, elle est capable de ralentir ou d’arrêter les activités des cellules B ou d’autres cellules T, exerçant un rôle vital en mettant fin à l’attaque après que l’infection a été conquise.
Une cellule-Mémoire. Générée au début d’une infection, cette cellule de défense peut circuler dans le sang ou la lymphe pendant des années, rendant le corps capable de répondre plus rapidement aux infections éventuelles.
Le Scénario
1. La bataille débute. Quand les virus commencent à envahir le corps, quelques-uns sont détruits par des macrophages, qui saisissent leurs antigènes et les étalent sur leur propre surface. Parmi les millions de cellules d’aide T qui circulent dans le sang quelques-unes sont choisies et programmées pour « lire » ces antigènes. En s’attachant à un macrophage, la cellule T devient active.
2. Les forces se multiplient. Une fois activées, les cellules d’aide T commence à se multiplier. Elles stimulent alors la multiplication des cellules tueuses T et les cellules B qui sont sensibles aux virus envahisseurs. À mesure que le nombre de cellules B s’accroît, les cellules d’aide T leur donne le signal de commencer à produire des anticorps
3. La conquête de l’infection. Pendant ce temps, quelques virus ont envahi des cellules du corps- le seul endroit où ils peuvent se multiplier. Les cellules T tueuses vont sacrifier ces cellules en perforant chimiquement leur membrane, laissant leur contenu se répandre à l’extérieur, et brisant ainsi le cycle de multiplication virale. Les anticorps neutralisent alors les virus en s’attachant directement à leur surface pour les empêcher de s’attaquer à d’autres cellules. De plus, ils provoquent des réactions chimiques qui, de fait, détruisent les cellules infectées.
4. Appel à une trêve. Dès que l’infection est arrêtée, les cellules T de suppression arrêtent l’ensemble des réponses immunitaires, pour les empêcher de s’étendre en une spirale hors contrôle. Les cellules-mémoire T et B restent dans le sang et dans le système lymphatique, prêtes à intervenir aussitôt que le même virus envahirait de nouveau le corps. (National Geographic Magazine, June 1986, pp. 708-709, traduit et présenté par Marcel Mercier le 09-09-2011).