Vie dans l'Univers

 

Paul Misraki est écrivain et musicien. Impliqué dans les révélations de l’Au-delà qu’un de ses amis recevait par écriture intuitive, il tenta avec ce dernier de contrôler la réalité objective de ces communications médiumniques. Ils en arrivèrent tous deux à la conclusion qu’il est pratiquement impossible de prouver la survie de façon scientifique. Mais ce qu’ils apprirent des désincarnés qui communiquaient avec son ami, l’incita à décrire dans une « parabole moderne » la nature de l’univers et le rôle des entités qui l’habitent et les relations intimes existant entre incarnés et désincarnés et conditionnant leur évolution. Voici sa vision de l’univers.

 

            Je vois, au commencement, une Source de vie intelligente, comparable dans une certaine mesure à une centrale électrique, qui diffuserait à l’infini une énergie appelée Vie et Conscience. Cette énergie est, au commencement, diffuse et vague, une sorte de « soupe »; ou, si l’on veut, un bain d’huile.

            Ici, je me réfère à la pensée du P. Teilhard de Chardin : la Vie, puis la Conscience, et enfin la Réflexion, sont apparues dans l’univers par suite de la complexité croissante des « arrangements » de particules de matière. Chacune de ces particules de matière, selon Teilhard, était déjà chargée, dès le départ, d’un potentiel de Vie et de Conscience; mais Vie et Conscience ne deviennent « observables » qu’à partir d’un certain degré de complexité des arrangements moléculaires. C’est l’association des particules en cellules, puis en molécules, puis en conglomérats de molécules différenciées, qui permet l’apparition de la Vie, puis celle de la Conscience, et enfin celle de la Conscience réfléchie, et leur épanouissement. Or, sur notre planète Terre, l’arrangement moléculaire qui fait preuve du plus haut degré de complexité est le cerveau humain.

Cela dit, j’imagine le cerveau humain comme une sorte de mèche trempée dans le bain d’huile psychique dont j’ai parlé tout à l’heure et se nourrissant de cette huile, - et, en même temps, comme une manière d’usine alimentée en énergie par la centrale psychique. L’usine-cerveau, recevant cette matière première faite de particules psychiques indifférenciées, serait chargée de l’organiser en « arrangements » psychiques de plus en plus complexes, jusqu’à former un tout qui pense et qui se pense comme une PERSONNE, se désignant elle-même comme JE ou comme MOI (pensée réfléchie).

            Lorsque le cerveau-usine achève de produire un MOI complet au travers des expériences de toute une vie terrestre, ses outils sont usés et se désagrègent, ayant accompli leur fonction : c’est ce que nous appelons la « mort » (du corps). Mais la personne psychique, le MOI ainsi constitué, une fois dépouillé de son usine comme le papillon de son cocon, peut enfin vivre d’une Vie nouvelle, prolongement et conséquence de sa vie terrestre. Ce MOI libéré va grossir le nombre (indéfini) des autres « MOI » nés de la même façon au cours des âges.

            Ces « MOI » sont autant de gouttelettes autonomes dont l’ensemble forme un océan, l’océan psychique universel; mais à ce stade, cet océan n’est plus un magma diffus, ce n’est plus une « soupe » : c’est un océan organisé, formé non point par la fusion des consciences, mais par la somme de toutes les personnes psychiques, autonomes, organisées entre elles (on pourrait presque dire « socialisées » si ce terme ne risquait d’entraîner des résonances politiques qui n’ont rien à voir ici). C’est donc un océan intelligent, animé de courants et agité par des vents intelligents.

            D’où l’importance, dès ce monde, de l’effort altruiste de solidarité : tout MOI qui se dissocie de la communauté se condamne lui-même à être rejeté du grand Ensemble en voie de perpétuelle expansion que Jésus appelait « le Royaume des Cieux ». Quiconque n’accepte pas de s’insérer dans cette super-société se coupe lui-même de la Source Primordiale; replié sur lui-même, il se voue à la « seconde mort » dont parle l’Apocalypse, l’ « enfer » de la tradition.

            Au contraire, la super-société psychique (Royaume des Cieux) est un assemblage conscient et organisé de bonnes volontés purifiées, vivantes et actives, dans l’union, l’harmonie et l’amour, donc dans la joie.

            D’où également l’importance des cerveaux-usines, puisque c’est par là que tout commence à naître; ce qui explique le souci manifesté dans l’Au-delà en faveur d’une surveillance de la part des « libérés »; d’où l’existence de « gardiens » invisibles rassemblés en équipes homogènes, dont le rôle est d’influencer, de guider, d’informer, en utilisant pour cela les canaux de l’Inconscient. Car il est primordial de ne jamais contraindre, de ne jamais altérer la liberté des MOI en formation. La super-société du « Royaume » ne veut pas être une juxtaposition de robots, mais bien une association de personnes libres, capables d’initiatives et de responsabilités, - ce qui exige une certaine discrétion dans l’action concertée des « gardiens », en même temps qu’un certain consentement de la part des sujets intéressés.

            Cette capacité d’agir librement et d’assumer des responsabilités, justifierait d’autre part la grande variété des méthodes utilisées en vue d’influencer les humains de la Terre. Chaque entité responsable, chaque groupe, chaque légion, possède toute latitude d’imaginer, d’innover, de mettre à profit telle ou telle circonstance d’un « plan » général préconçu dès le commencement.

            Je ne sais si ce tableau, brossé à grands traits, pourra paraître assimilable aux yeux de ceux qui le liront. Il ne s’agit, au mieux, que d’une vue très générale, d’un schéma simplifié à outrance, qui laisse dans l’ombre plus d’une interrogation et ne prétend nullement éliminer d’un coup tous les mystères. Qui oserait, en quelques paragraphes, tenter de définir l’Infini?

 

Paul Misraki, L’expérience de l’après-vie, Robert Laffont, 1974, pp. 245-248.