La vie sur terre et dans l’au-delà

 

            Tout ce que nous trouvons et tout ce qui nous arrive dans l’Au-delà a la qualité exacte de ce que nous sommes. Rien ne nous confronte plus qui n’y réponde fidèlement. Rien n’est objectif, tout est subjectif. Cela procure la paix si l’on est de nature paisible, mais peut devenir monotone et pousse alors à aller s’intéresser aux contradictions de la Terre, ce qui est déjà un indice du fait qu’on se réincarnera une fois ou l’autre. Quantités d’âmes sont trop peu évoluées pour jamais se détacher en esprit des choses matérielles et elles se réincarnent vite. Par contre, d’autres âmes ont assez progressé pour changer de sphère et ne plus avoir à retourner aux problèmes terrestres, mais nous qui te parlons, nous n’en sommes pas là.

 

            Dans un monde où l’espace et le temps ne viennent plus dresser leurs barrières, on est uni par affinité à ceux qui ont les mêmes idées et les mêmes sentiments que soi. On s’aperçoit vite ici de l’unité profonde de ce qui se ressemble. On ne saurait perdre ce qui est semblable à soi puisqu’il s’agit à proprement parler de soi.

 

            Sur la Terre, au contraire, on retrouve son monde conscient séparé de soi par la muraille espace-temps. On est plus un, on est multiple. On est éparpillé le long des jours et sur la mappemonde. Pour évoluer selon les données terrestres, on est pourvu d’un corps physique que l’on croit substantiel, et placé dans un monde physique que l’on croit également substantiel, mais ni le corps physique ni le monde terrestre ne le sont en réalité ou, du moins, ils ne le sont que dans leur relation de l’un à l’autre pour dicter les exercices de spiritualité que l’on est appelé à faire sur Terre; ils sont les lignes qui guident l’écriture maladroite de l’enfant.

 

            On va sur Terre pour s’y trouver dédoublé en quelque sorte selon ses caractéristiques : bonnes qualités et multiples imperfections. Et l’on y va aussi pour trouver la contre-partie de soi. Car on rencontre, au cours de la vie terrestre, non seulement ce qui est soi-même extériorisé et qui tantôt s’harmonise au moi, tantôt crée des conflits; mais on y rencontre aussi l’opposé de soi. Ce dernier point est important. Les pâtés de sable humide que font les enfants sur la plage ont la forme exacte du moule d’où ils sortent lorsqu’ils sont réussis. Dans le monde à trois dimensions chacun de nous est un de ces petits pâtés, et tous sont réussis. Mais n’oublions pas que l’un est en relief et que l’autre est en creux, que l’un a fourni la matière là où il y avait vide et que la forme générale du gâteau de même que les dessins variés de sa surface, nous donnent la contre-partie de ce qu’est le monde. Pâté et moule ne sont semblables qu’en ce qu’ils coïncident étroitement.

 

            Cette contre-partie de nous-même est fournie sur la Terre par le plan physique. Cela explique pourquoi certaines personnes médiocres y sont placées de telle sorte qu’elles semblent avoir « de la chance », et pourquoi un être bon subit souvent plus d’épreuves qu’un égoïste. Sa nature est plus riche et comporte des exercices plus difficiles. Mais quand on a vécu en s’efforçant de bien faire dans l’enchevêtrement des problèmes humains, on a acquis, de retour ici, une sérénité précieuse, et l’on a progressé en sagesse. Faire preuve de bonté, c’est vivre de la vie de l’Esprit, qu’on le sache ou non; c’est pratiquer la seule sagesse qui ne soit point illusoire.

 

New-York, avril 1956.

 

Morton, Marie-Louise, Où et quand retrouverons-nous nos disparus? pp. 295-297.