JOHN HARRICHARAN

Voyage
dans les champs de l’Éternité
Tous les chemins nous ramènent à
la maison,
au plus grand Secret de l’Univers.
Traduction française :
Marcel Mercier
(octobre-novembre 2005)

A
Dédicace
à
Malika Élisabeth et Jonathan Nian qui
montrent, à un haut degré, l’innocence
des enfants et la sagesse des anciens
Remerciements particuliers
Ma gratitude à Anita Bergen pour les nombreuses heures qu’elle a passées
à donner à ce manuscrit une forme lisible. Je ne pouvais le demander à une plus
chère amie.
Une appréciation
particulière à l’adresse de mon frère, David Harricharan, dont le support et
l’encouragement furent constamment sentis. S’il n’avait pas été mon frère,
j’aurais désiré l’avoir comme ami.
Et avec grande humilité,
ma gratitude éternelle à Robert « Butch » James qui a rendu possible
la publication de ce livre. Parfois au cours
de sa très longue histoire, le monde est gratifié de la présence d’une
âme telle que Butch. Je suis deux fois béni de pouvoir l’appeler mon ami.
Table des matières
Introduction
1. Le retour de Gédéon
2. Une expérience
proche de la Vie
3. Un après-midi tranquille
4. Les oiseaux et les livres
5. Retour à demain
6. Les moulins des dieux
7. Des Iles au Soleil
8. Là-bas quelque part
9. Toutes de bonnes choses
10. Pour chaque chose il y a une Saison
et un Temps
11. L’ange aux ailes d’or
12. Le joyau de la couronne
13. Il était une fois un rêve
14. La Pierre d’Ambroisie
15. Si vous plantez un Séquoia…
16. La Terreur de Trivandrum
17. Le plus grand secret de l’Univers
18. En tirant des nuages de
Gloire
Introduction
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P |
eut-être que, dans la recherche sans fin du sens, non seulement ce dernier semble-t-il nous échapper, mais nous nous trouvons confrontés à l’éternelle question de la vie. Pourquoi les obstacles de la route apparaissent-ils toujours au plus mauvais moment ? Où se trouve l’aide quand nous sommes tombés dans l’arène et que les bottes nous écrasent le cou ? Pourquoi suis-je ici et où m’en vais-je ? Est-ce que je ne reverrai jamais les êtres chers qui sont décédés ? Et ainsi en va-t-il…encore et toujours. Même si personne ne peut répondre de façon satisfaisante à de telles questions, il y a au plus profond de nous-mêmes quelque chose qui murmure l’espoir et qui nous dit que, peu importe la noirceur du chemin et la profondeur de la neige, les avenues de la gloire conduisent toujours en avant et toutes les routes mènent finalement à la maison.
Ce livre est l’histoire d’un voyage dans la vie. Les personnages nous révèlent un sens de la joie, tout en sentant en même temps leur souffrance. Ce livre me concerne et vous concerne, il concerne notre quête constante et sans fin de ce qui semble inattingible. Certains d’entre nous se sont déjà rencontrés dans des livres antérieurs tels que Si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau, Après une longue nuit vient invariablement l’aurore. D’autres parmi nous se rencontreront ici pour la première fois et continueront ensemble dans un fascinant voyage qui nous amène dans les champs de l’Éternité.
Alors que le monde tourne à une vitesse étourdissante vers le futur, nous nous trouvons saisis par l’incertitude de notre temps. Mais de telles incertitudes ne sont pas nouvelles. Elles nous ont toujours accompagnés depuis que nos ancêtres parcouraient les plaines sauvages préhistoriques et elles nous accompagneront toujours dans l’avenir. Ce que nous devons faire c’est d’interpréter à nouveau notre façon de voir le monde. Peut-être, alors, pouvons-nous trouver que la vie penche du côté du bien, que les difficultés ont une façon de se dissiper, que le changement est une constante et que nous sommes tous les enfants d’un Dieu infini, sage et bienveillant.
En lui trouvant un sens nouveau et en le comprenant mieux, nous trouverons que le monde est un endroit plus amical, un chez soi loin de notre chez nous. Alors serons-nous capables de rester calmes quand l’éclair frappe, d’être patients au milieu de la tempête et d’être centrés au milieu du chaos. Tous les chemins mènent à la maison. Puissiez-vous goûter avec joie ces aventures dans les champs de l’Éternité.
John Harricharan
Voyage dans les
champs de l’Éternité
Chapitre un
Le retour de Gédéon
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Q |
uelque
part entre New York et Londres à
Maintenant je retournais chez moi, anticipant fébrilement
la possibilité de revoir bientôt mes enfants, et la pensée de me relaxer sur
mon perron, de surveiller les oiseaux et les écureuils dans ma cour arrière et
des milliers d’autres activités moins exigeantes et moins exténuantes. Ce sera
bon d’être de nouveau chez moi. Tôt ou tard, nous retournons tous à la maison.
Le chœur des turbines des moteurs
produit un bourdonnement hypnotisant quand nous filons à toute allure dans
l’espace. Contrairement à la plupart de mes récents vols, ce fut un plaisir
d’être à bord de celui-ci. Il était relativement peu rempli. Moins de cinquante
passagers occupaient le ventre de ce grand oiseau, qui habituellement accueille
plus de six fois ce nombre.
Il me passa par la tête que les
compagnies d’avions n’apprécient guère des vols avec si peu de passagers.
Pourtant, c’était précisément ce que je désirais – des sièges vides à ma
gauche, des sièges vides en avant de moi et encore plus de sièges vides
derrière moi. Pas de foules, pas de bagarres, pas d’ennui, personne qui donne des
coups de pied sur votre siège, pas de conversations sans fin avec le voyageur
voisin, juste un vol de retour tranquille et paisible. J’ai ajusté mon siège,
je l’ai penché en arrière davantage pour prendre une position plus confortable.
Comme si j’étais dans un rêve, mon
esprit commença un peu à vagabonder dans les corridors du temps et m’amena à
travers les espoirs et les rêves de l’an dernier. J’ai toujours aimé voler, non
pas comme pilote, mais comme passager. Et non pas dans un avion du genre insecte
mais dans ces oiseaux géants du ciel que sont les 747 et les 767. En parlant
pour moi-même, attendre un départ dans un aéroport était apparenté à une
expérience mystique. Les avions, pour moi, signifiaient un voyage et un voyage
mène à des endroits éloignés. Depuis ma plus tendre enfance, ma fascination
pour les endroits éloignés n’a jamais cessé et, peut-être, ne cessera-t-elle
jamais.
Je me rappelais le premier vol que
je fis durant mon adolescence : je quittais un pays pour un autre afin de
parfaire mon éducation. L’excitation que provoquaient les aventures lointaines
se mêlait à la tristesse de quitter ma famille. Quand l’avion décolla et que la
côte nord de l’Amérique du Sud disparut à l’horizon, je me souviens d’avoir
essuyé une petite larme sur ma joue, pourtant je souriais aux glorieuses
possibilités d’explorer un nouveau monde,
fascinant et un peu effrayant. Il s’écoulerait plusieurs années avant
que je revois ma famille.
Je ne dors pas beaucoup en avion et
je lis très peu quand je suis dans les airs. Au-dessus des nuages je me sens
enveloppé d’une ambiance de méditation ; je préfère de beaucoup réfléchir
à la nature de la réalité, de philosopher et de me griser tout seul de mes
pensées. Aujourd’hui n’était pas différent alors que je réfléchissais à la dernière
semaine. En vérité, ce fut une semaine épuisante. L’horloge biologique de mon
corps était indécise à choisir parmi les zones horaires entre les continents,
mais mon esprit, à l’aise dans un vol non surchargé, dérivait parmi les
nuages d’hier à demain.
En bâillant, je regardai de nouveau
par la fenêtre. Si vous quittez Londres à la fin de l’après-midi pour New York,
vous ferez l’expérience d’un crépuscule prolongé. C’est comme si vous couriez
après le soleil, sans jamais le rattraper car il fait son nid à l’ouest, vous
laissant dormir ou en transe hypnotique sous son charme.
Je bâillai de nouveau en regardant
encore les nuages. Il y en avait beaucoup, mais ils semblaient naître à la
vie changeant de formes pour revêtir
d’autres formes étranges, toujours si lentement, toujours si paisiblement
pendant que nous naviguions au-dessus. En voici un qui ressemblait à une
girafe, un long cou, des taches et tout cela avec le ciel bleu pâle en arrière
plan. Et là au-dessus, un autre nuage prenait la forme d’un arbre acacia,
complétant avec la girafe un panorama Africain. Plus bas et un peu plus loin à
ma droite il y avait une forme de
voiture – une coccinelle Volkswagen, pas moins.
Les nuages exercent un attrait particulier
sur moi, spécialement quand je vole au-dessus et peux jouir d’eux à partir de
cette perspective privilégiée. Ils paraissent si angéliques, si purs, si
facilement structurés en sculptures imaginaires dans lesquelles on peut lire
toutes sortes d’histoires étranges. Je surveillais le nuage en forme de
coccinelle Volkswagen alors qu’il commençait à changer sa forme en petites
lettres tortillées de l’alphabet. Au début, des morceaux vaporeux semblaient se
briser et presque disparaître de ma vue. Cet étrange nuage semblait animé d’une
volonté propre, changeant encore de forme. Très amusant ! Ça pouvait
dépendre de l’angle ou d’un effet de la lumière. Des parties semblaient former
les lettres… G…D…N, Puis ils disparurent, en changeant de formes comme une
sorte de caricatures en production.
C’est fascinant de voir comment
l’ordinateur analytique de l’esprit connecte au hasard des pensées et des
images à d’autres pensées et à d’autres expériences du passé. Les lettres GDN
suivant le nuage de la Volkswagen me rappela un incident d’il y a plusieurs
années à moitié oublié où j’avais vu le nom GÉDÉON sur la plaque d’immatriculation
d’une Volkswagen.
L’esprit accédait à la banque des
souvenirs et connectait les points alors que je me rappelais des aventures
qu’un ami mystérieux nommé Gédéon partagea avec moi. Son amie Marla n’était pas
moins mystique que lui et sous leur protection et leur direction, j’avais
appris beaucoup sur les hautes perspectives de l’expérience confondante que
nous appelons la vie. Leur apparence et leur comportement étaient si étranges
et si mystérieux que, à l’époque, je ne croyais même pas qu’ils existaient
réellement ! Pourtant, j’ai avec moi, encore aujourd’hui, les livres[1]
dans lesquels nos premières aventures furent rapportées.
Pendant que nous traversions le temps
vers le soir et l’espace vers la côte est de l’Amérique du Nord, je me
rappelais la première fois que je les ai rencontrés et quelles personnalités
ils affichaient. À travers les périodes difficiles du passé, depuis la perte de
mes biens matériels en passant par la mort de ma femme, Mardai, et d’une
situation de complet désespoir à une condition pleine de promesses, Gédéon et
Marla apparaissaient d’une manière presque magique pour m’apporter une dose
d’espoir et une vision spirituelle des plus nécessaire, puis, disparaissaient aussi
magiquement. C’étaient vraiment des êtres angéliques venus sur terre.
Il s’était écoulé bien des années
depuis que je les ai vus la dernière fois. Nous étions assis sur le perron
arrière en discutant au sujet d’une lettre qu’ils m’avaient apportée de la part
d’un ami. Depuis lors, aucun mot, aucune communication, aucun signe de l’un ou de
l’autre. C’était comme si l’éternité s’était ouverte et les avait avalés pour
toujours. Avec ces idées en tête, je pressai le bouton pour appeler un préposé
au vol. J’avais le plus grand besoin d’une tasse de café chaud.
Il ne s’était pas écoulé plus de
quelques secondes avant qu’un préposé du vol arriva par l’arrière du passage m’apportant
une tasse de café chaud sur un plateau. Alors que je m’apprêtais à lui demander
s’il savait lire dans les pensées, il affirma d’une voix vaguement
familière : « Votre café, monsieur. Juste comme vous l’aimez. Et pour
remettre les choses au point, je n’ai pas été avalé par l’éternité, je ne fais
qu’y vivre ».Je levai mon regard pour essayer de voir qui il était, et je ne
vis que mon ami longtemps perdu, Gédéon. J’ai failli renverser le café hors du
plateau, puis, je restai là assis, la bouche grande ouverte, regardant avec
incrédulité le visage de Gédéon qui arborait un large sourire.
Il m’offrit mon breuvage et
dit : « Je ne voulais pas vous faire sursauter », et
continua le plus naturellement du monde, « Vous ne pensiez pas que nous en
avions fini avec vous, n’est-ce pas ? »
Après le choc initial que me causa
son apparition, les premiers mots qui sortirent de ma bouche
furent : « Gédéon ! Est-ce vous ? Je veux dire… je pensais
justement à vous et à Marla. Qu’est-ce que vous faites ici ? Comment
avez-vous… ? »
Avant que je puisse finir ma phrase,
il posa sa main sur mon épaule et dit : « Ça fait longtemps. Permettez-vous
que je m’assois pour nous entretenir sur ce qui se passe. »
« S’il vous plaît, s’il vous
plaît, asseyez-vous. Dites-moi où vous avez été et ce que vous faites
ici ? » Lui demandai-je alors qu’il prenait place à mon côté.
« Eh bien, vous ai-je
manqué ? » Une petite taquinerie en passant, comme vous voyez.
« Évidemment, vous m’avez manqué,
répondis-je. Vous et Marla êtes
soudainement disparus un jour, et la façon dont je l’ai imaginé, c’est que vous
étiez décédés, car je n’ai jamais eu de nouvelles ni de l’un ni de l’autre. Ça
fait des années, Gédéon. Vous avez cette habitude de disparaître pendant
des années et de réapparaître d’une manière des plus inattendues. »
« Je n’étais certes pas décédé,
comme vous pouvez clairement le voir. J’étais juste ailleurs pour faire
d’autres choses. Mais c’est le temps de vous visiter de nouveau et de finir le
travail que nous avons entrepris il y a plusieurs années. Dites-moi, John,
qu’est-ce que vous avez fait depuis notre dernière rencontre ? »
Je ressemblais à un millier de
questions pendant que je le regardais. Il ne paraissait pas avoir vieilli du tout.
Il portait encore une barbe bien entretenue et ses yeux brillants recelaient de
nombreux mystères. Cette fois-ci il était vêtu en préposé au vol avec deux
médailles sur sa poche de gilet. « Je pensais à vous juste avant que vous
apparaissiez. Qu’est-ce que vous faites dans ce boulot de préposé au
vol ? » Demandai-je en ignorant délibérément sa question.
« C’était le meilleur moyen de
vous rencontrer de nouveau. Au moins nous avons pu converser un petit moment,
échanger nos pensées et vous apporter les dernières nouvelles. Pourquoi
pensez-vous que ce vol compte si peu de passagers ? Nous avons retenu un
avion spécial pour vous. Pensez-vous que tout cela est dû au hasard ? Simple
coïncidence ? Il n’y a pas
d’accidents dans l’univers, John. Seulement des choix, un grand nombre de choix
et chacun produit un résultat qui crée de nouveaux choix. C’est frustrant,
n’est-ce pas ? »
« Qui a retenu un avion
spécial ? » Demandai-je.
« Oh, Marla et moi, évidemment.
Qui pensiez-vous que c’était? »
« Où
est Marla ? Est-elle aussi sur ce vol ? »
« Non, pas sur ce vol-ci, mais
temporairement dans la compagnie d’aviation. Vous la verrez bien assez tôt.
Avez-vous beaucoup d’autres questions ? »
« Oui ! J’en ai. J’ai
toujours un lot de questions. Et vous n’avez pas encore répondu à la plupart,
Gédéon. » Je me demandais encore si je m’étais endormi et que je rêvais
tout cela quand Gédéon baissa la voix et me parla sur un ton plus sérieux.
« La plupart de vos question
auront leurs réponses en temps et lieu », dit-il. « Maintenant,
je vous dis seulement que Marla et moi, nous travaillerons de nouveau avec vous.
De glorieuses aventures à l’horizon, John ! Maintenant parlez-moi des
enfants, Comment vont-ils ? »
J’avais toujours l’impression qu’il
connaissait presque tout, mais ici il me questionnait au sujet des enfants. Ne
le sait-il pas ? Peut-être, essaie-t-il seulement d’amorcer une conversation.
« Les enfants vont bien », répondis-je, « Jonathan ira bientôt
au collège et Malika va avoir sa graduation. Leur mère aurait été fière d’eux,
Gédéon. Nous parlons souvent d’elle, vous savez. »
« Elle est fière d’eux
et de plusieurs façons elle vous assiste à les aider à apprendre et à grandir.
Pensez-vous que vous avez accompli une si grande tâche sans son
aide ? »
« Ce n’est pas ce que je
voulais dire, Gédéon. Mais leur mère est décédée depuis plusieurs années et
nous avons lutté et fait des sacrifices pour survivre et arriver où nous en
sommes maintenant. La lutte n’a pas été facile. Ce n’était certes pas un
pique-nique, mais par-dessus tout, nous avons bien travaillé. Ne savez-vous pas
tout cela, de toute façon ? Vous savez tout, semble-t-il. »
« J’ai eu quelques nouvelles et
je suis parfois passé chez vous juste
pour ‘écornifler’ pour ainsi dire. Eh bien, nous aurons des contacts plus
rapprochés, maintenant. Je vous reverrai bientôt pour continuer notre travail. »
Gédéon se leva, me sourit en continuant de parler puis se tourna pour s’en
aller. « Marla vous rencontrera à votre atterrissage. Je dois partir
maintenant. »
Avant que j’aie pu répondre il était
parti. Tout comme dans le passé, il a simplement pris le passage, se tourna et
disparut. Vaincu par un accès de bâillements, je me retournai et m’étirai. Sans
trop de conviction, je me suis dit que j’avais dû tomber endormi ; J’ai
probablement rêvé toute cette scène d’une nouvelle rencontre avec Gédéon. Mais
en face de moi sur le plateau ouvert il y avait deux tasses de café vides que
Gédéon et moi avons bues. Non ce n’était
pas un rêve. Il était réellement revenu.
Chapitre deux
Une expérience près de la vie
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J |
e
jetai un coup d’œil à ma montre et notai que nous avions moins d’une heure ou
presque avant d’atterrir. On venait juste de servir le repas, mais je n’avais
aucun désir de goûter la nourriture de la compagnie d’aviation. Pas loin de
l’aéroport il y a un restaurant du genre bistro où j’arrête souvent en voyage.
J’ai pensé y aller à mon retour chez moi pour prendre une bouchée. Le fait de
revoir Gédéon après toutes ces années a rallumé en moi une grande curiosité au
sujet de la vie.
Beaucoup de choses ont changé depuis
que je l’ai vu la première fois. Pendant un voyage d’affaires, sa voiture était
tombée en panne sur notre parc de stationnement. Depuis lors, notre amitié
était devenue une relation maître-élève. Les idées qu’il a partagées avec moi
ont continuellement servi à me rappeler les êtres sans limites que nous sommes,
si nous pouvions seulement le croire.
Depuis ces premiers jours, la
population dans son ensemble a développé une conscience plus large des choses
invisibles. En même temps, la technologie a fait une si rapide avancée qu’elle
permet même aux régions les plus éloignées du monde de regarder les Jeux Olympiques
ou d’assister à des concours de tennis quand ils ont lieu.
On a écrit des livres sans nombre
sur l’esprit humain, obligeant plusieurs librairies à agrandir leur section
consacrée à la spiritualité. Les média ont redécouvert l’existence des anges
et, ainsi, les anges sont nés de nouveau sur le plan humain. Dans certains
média des plus sérieux, les vies antérieures et futures ont été explorées jusqu’à
ce qu’on découvre une armée de vies antérieures de César, de Cléopâtre, de rois
et de reines en n’importe quelle tranche de temps qu’on programme.
Il est apparu que le mélange de l’esprit
et du commerce enrichissait les comptes de banque de plusieurs entrepreneurs
astucieux qui saisirent vite l’idée que le « pauvre en esprit » paierait
royalement pour « voir Dieu » réellement. Des auteurs, des mystiques,
des gurus et des leaders de groupes ont proliféré et ont apporté les idées d’un
Monde Nouveau en utilisant de nouvelles
méthodes qu’ils avaient trouvées. Certains ont parlé d’un nombre spécifique de
degrés nécessaires pour obtenir l’illumination. D’autres insistaient sur les
prises de conscience intérieures découvertes dans un pays éloigné et dans des circonstances
mystérieuses. Et d’autres encore, d’une voix tranquille et humble, murmuraient
le cri des anciens Hébreux : « Écoute, O Israël, le Seigneur Dieu est
UNIQUE ! »
Des prophètes du Nouvel Âge et leurs
enseignants religieux ont parlé de diverses convergences et de désastres
menaçants devant se produire aux alentours du tournant du siècle : du feu
et des séismes, des famines et des inondations. Et puis il y eut ces
personnages charismatiques, plus avisés dans les moeurs du monde commercial que
leurs cousins plus ésotériques, qui prêchaient l’évangile des « lois et
profits » et tous leurs frères furent étonnés de voir leur grande
prospérité.
Et ainsi en était-il. Alors que le
jet approchait des côtes de l’Amérique du Nord, je réfléchissais aux voies et
aux moyens dont l’humanité disposait. Au cours des ans, les conseils de Gédéon
m’avaient donné une perspective pratique de la vie et de la manière de vivre.
Au lieu de dépenser trop de temps sur les «Expériences près de la mort »,
il a préféré m’instruire sur les joies des « Expériences près de la
vie » qui nous relient à notre présent voyage ici sur Terre.
La perspective d’apprendre une fois
de plus auprès de Gédéon m’a apporté un sentiment de grande excitation et
d’anticipation. Je pourrais certainement utiliser un peu de son aide et de ses suggestions dans de nombreux domaines
de ma vie. L’expression « Les temps changent » s’est avérée
depuis des temps immémoriaux. Le seul aspect permanent de l’univers, c’est le
changement, et notre habileté à réussir et à être heureux est directement
proportionnelle à notre habileté à nous adapter au changement et à y
travailler.
La voix du haut-parleur à ce moment
me ramena à la réalité. « Nous arriverons dans peu de temps. Pour préparer
notre atterrissage, veuillez mettre vos sièges dans leur position droite et
placer les plateaux à leur position fermée. Assurez-vous que votre ceinture est
bien attachée. Ce fut pour nous un plaisir de vous servir et si vous projetez
d’autres plans de voyage, veuillez penser de voler de nouveau avec nous. »
J’acquiesçai à cette invitation et
puis je me retournai pour jeter un regard dans le passage, espérant apercevoir
Gédéon de nouveau. Il n’était visible nulle part, ce qui ne me surprit
nullement puisque apparaître et disparaître était, semble-t-il, une de ses
vieilles habitudes. J’ai rassemblé mes effets personnels, les fourrai dans mon
sac de voyage et me préparai pour l’arrivée.
L’atterrissage fut aussi doux que la
soie. Si vous n’étiez pas conscient de ce qui arrivait, vous n’auriez même pas
pu le remarquer. C’est ce qui se produit parfois – exactement comme dans la vie
réelle, une minute vous êtes dans les airs, et à l’autre vous êtes sur la piste
d’atterrissage sans aucun choc pour vous informer que vous êtes arrivé.
Quelques minutes plus tard, alors
que nous approchions de la barrière, je me suis retourné espérant encore revoir
Gédéon. Mais il n’était pas là. Sortir de l’avion et passer à l’Immigration et
aux Douanes étaient choses relativement faciles, surtout si vous n’avez pas
beaucoup de bagages. Je n’avais qu’une valise et un sac de voyage, aussi je me
suis hâté vers le carrousel pour prendre ma valise.
Lors de certains vols et dans
certains aéroports, reprendre votre valise peut durer presque aussi longtemps
que le vol lui-même. Malheureusement, il semblait que c’était le cas ici. La
plupart de mes compagnons de voyage avaient déjà repris leurs effets et quitté,
alors que j’étais un des derniers qui restaient. La patience est une vertu que
j’ai poursuivie toute ma vie. Même si je me suis considérablement amélioré à ce
sujet comparativement à ma jeunesse, ça exige encore de ma part beaucoup de détermination
et d’effort. Finalement après environ vingt minutes de grognonnerie à mi
voix, j’allai m’informer au comptoir des bagages.
Concentré sur la frustration du
moment, je n’avais pas regardé tout autour pendant que je réfléchissais à la
meilleure manière de poursuivre la compagnie, particulièrement le département
des bagages. Une voix venant de derrière une immense colonne me fit sursauter.
« John ! John ! » S’écria-t-elle, « cherchez-vous
votre valise ? »
J’ai regardé ça et là tout autour
pour voir qui m’appelait. À moins de trente pieds, près de ma valise, se tenait
une des plus magnifique préposée aux bagages que je n’ai jamais vue. Sous sa
« Casquette Rouge » officiel, des cheveux dorés tombaient en cascades
ensoleillées sur ses épaules. Un sourire lumineux ornait son visage et ses yeux
bleu-vert pétillaient de malice, alors que j’approchais en hésitant.
« Pour l’amour du ciel,
John ! » sa voix sonnait d’un franc plaisir, « Vous ne me reconnaissez vraiment pas ! »
et elle me prit par les épaules en me donnant la plus délicieuse accolade que
j’ai reçue depuis bien longtemps. Et puis, je l’ai reconnue. Comment ne
pouvais-je pas la reconnaître plus tôt ?
« Marla ! » criais-je
très fort, « c’est vous ! Je ne vous avais pas remarqué du tout. Vous
êtes si…si belle. Je ne m’attendais pas… »
« Quoi ? »
m’interrompit-elle, « avez-vous quelque chose à redire à ce qu’une
amie de longue date vous rencontre à l’aéroport ? Gédéon vous a dit que je
serais là, n’est-ce pas ? Je suis désolé d’avoir volé votre valise pendant
quelque temps. Je ne pouvais résister à cette espièglerie. Vous paraissez
toujours si amusant et prenez l’allure d’un enfant quand vous êtes embarrassé. »
« Comme un enfant qui s’amuse,
eh ? Juste comme je veux paraître. Et oui,
maintenant que j’y pense, Gédéon avait mentionné que je vous reverrais
bientôt, mais je ne pensais pas que ce serait si tôt et ici. Qu’est-ce que c’est
ça ? Vous travaillez tous les deux à temps partiel pour la compagnie
d’aviation, maintenant ? »
« Non » répondit-elle,
« nous sommes toujours avec la vieille compagnie – Les Entreprises G &
M. Mais ne restons pas ici, allons manger quelque chose. Je suis sûre que vous
connaissez une place où l’on sert cette chose graisseuse que vous aimez. »
Comme je la connaissais, je ne me
suis même pas préoccupé de lui demander comment elle devinait mes intentions.
Durant les années où je les ai connus, elle et Gédéon, ils m’ont toujours parus
avoir cette capacité mystérieuse de deviner avec grande précision ce que je
voulais faire. Je l’ai suivie vers les Douanes alors qu’elle tirait ma valise
sur roues. Je lui ai offert de la transporter moi-même, mais elle a dit en
riant : « Je suis la préposée aux bagages aujourd’hui. Détendez-vous,
vous avez fait un long voyage en avion.»
« Il me faut appeler un taxi »,
dis-je alors que nous gagnions le trottoir.
« Ne vous inquiétez pas, John.
Je verrai à ce que vous retourniez chez vous après dîner. Voici notre limousine
maintenant. »
Le chauffeur sortit, prit ma valise
et mon sac de voyage et les plaça soigneusement dans le coffre de la voiture,
pendant que Marla et moi-même nous nous glissions sur le banc arrière. Un peu
plus tard, on nous déposa à mon petit café favori et nous nous sommes installés
pour manger. J’attendais avec impatience de causer de nouveau avec elle.
Après avoir commandé, je me reculai
sur ma chaise et dévisageai Marla. « Vous n’avez pas vieilli d’un jour
depuis la dernière fois que je vous ai vue il y a plusieurs années, dis-je. En
réalité, vous paraissez même plus jeune. »
« C’est une question de
perspective, John, répondit-elle. Vous êtes aussi vieux que les collines
ou aussi jeune qu’un nouveau-né. Tout ça dépend de vous et de votre manière de
percevoir votre monde. Vous ne voyez pas les choses comme elles
sont, vous les voyez comme vous êtes. »
« Alors si je vous vois comme
je suis, je dois être en excellente condition », dis-je dans un large
sourire.
« Encore plus que vous pouvez
l’imaginer vous-même », répondit-elle.
« Merci », dis-je en
riant.
Le garçon de table apporta nos mets
et pendant que nous mangions, je lui demandai : « Dites-moi, Marla,
qu’est-ce que vous faites ici, vous et Gédéon ? Pourquoi êtes-vous de
nouveau ici ? Oh, je suis heureux que vous soyez revenus, mais je suis
aussi très curieux. Est-ce une autre période d’apprentissage ? Vous savez
combien je déteste les leçons et les examens. »
« La leçon terminale, John »,
dit-elle sur un ton plus sérieux. « Une leçon qui est un peu différente de
celles que vous avez apprises il y a des années. Maintenant prenons plaisir à
notre dîner – savourons le moment présent. Vous vous êtes trop concentré sur
les expériences près de la mort ; prenons plaisir à l’expérience ‘près de
la vie’.»
J’étais assis de l’autre côté de la
table, tout en savourant mon repas et en observant, en silence, le léger jeu de
feux d’artifice dans les cheveux de Marla. La conversation passa des souvenirs
des temps passés aux possibilités du futur sans faire allusion trop
profondément aux raisons de notre nouvelle rencontre. Peut-être qu’il n’y a pas
de raisons pour tout. Peut-être que certaines choses ne font seulement
qu’exister.
Nous étions assis là, deux amis
qui étaient séparés par des mondes et, pourtant, si proches. L’une qui,
semble-t-il, transcendait les tracas du temps et de l’espace et l’autre qui
passait la plupart de ses heures d’éveil à s’efforcer de vivre au lieu de vivre
tout simplement.
Quand nous avons terminé les
derniers mets du repas, Marla arborait de nouveau ce sourire rayonnant comme le
soleil. « Vous devez avoir hâte de retourner chez vous, de voir les
enfants et de vous reposer après une semaine si épuisante », dit-elle.
« Oui, ils m’ont beaucoup manqué.
Et j’ai vraiment besoin de repos. Faire le tour du monde en une semaine ou presque,
peut s’avérer dur. »
Malgré mes objections, elle paya la
note et nous gagnâmes, la main dans la main, la limousine qui nous attendait. «
James va vous conduire chez vous », dit-elle. « Je suis désolée de ne
pouvoir vous accompagner cette fois, mais peut-être bientôt. Embrassez les
enfants pour moi. Et en voici un spécial pour vous. »
Elle s’approcha et me donna un gentil
baiser sur la joue droite. Là au clair de lune sous la fraîche brise qui soulevait nos cheveux, j’ai dit adieu à
Marla. Je savais que je les reverrais bientôt, elle et Gédéon.
En très peu de temps la limousine
arriva à mon chemin privé et j’étais chez moi. Oui, tous les chemins conduisent
à la maison. Le marin revient de la mer et, comme dit le poète, le chasseur
revient des collines pour entrer chez lui.
Chapitre trois
Un après-midi paisible
|
A |
près
mon retour, j’ai passé les premiers jours à répondre à mon courrier, à
retourner les appels téléphoniques et à essayer de rattraper ce qui était
arrivé en mon absence. Marla et Gédéon étaient un agréable souvenir et, d’une
certaine manière, je les ai relégués au plus profond de mon esprit, particulièrement
depuis que j’ai su qu’ils me visiteraient occasionnellement.
Les enfants et moi passions beaucoup
de temps ensemble, devisant sur ce qui arrivait dans leurs jeunes vies.
Jonathan me harcelait de questions et de discussions concernant le monde et son
fonctionnement. Garçon toujours heureux et chanceux, c’était merveilleux de
l’observer quand il s’impliquait dans les « affaires de l’état » et
donnait son point de vue. La spontanéité et la gentillesse étaient son mot
d’ordre. Si j’avais soumis une requête à un ordinateur pour le fils idéal, je
n’en aurais pas reçu un meilleur.
Malika ne cessait jamais de
m’étonner par sa sagesse et son intérêt pour les autres. La plus sérieuse en
général, elle s’assurait que tout était en ordre et que toutes les tâches
étaient faites à temps. Si j’avais mis au point les qualifications de la fille
idéale, je n’aurais pas pu faire mieux.
Et moi ? J’essayais de jouer le
rôle de « Salomon », l’arbitre en la résidence : je décidais qui
avait raison ou tort dans leurs querelles apparemment sans fin. La plupart du
temps, je jouais au diplomate en négociant des compromis pour garder la paix.
Maintenant en jetant un regard avec la perspective d’aujourd’hui, je me demande
comment j’ai toujours survécu. Oui, je pense avoir appris plus de ces deux-là que
de tous les autres réunis.
Les voir grandir a toujours été pour
moi une source d’étonnement et de consternation. Je me rappelle trop bien les
années où j’avais apporté à la maison deux jouets semblables de couleurs différentes,
un rouge et un bleu. Évidemment, tous les deux désiraient le bleu ou tous les
deux demandaient le rouge. Ils luttaient pour prendre le même siège dans la
voiture et pour avoir les mêmes choses quand des différentes étaient
disponibles. Mais pour les programmes de télévision ? C’est là que
commençaient les différences. Ils voulaient tous les deux regarder des
programmes différents au même moment sur la même TV. Pour une raison étrange,
ma TV, mon appareil stéréo, mon VCR leur semblaient infiniment plus agréables
que leurs propres appareils.
Leur mère aurait réellement été
fière d’eux. Surtout depuis sa mort, le lien forgé par nous trois était
extrêmement solide. Nous aimons les plaisirs simples, comme un barbecue
familial sur le perron arrière ou une simple réunion autour de la table de
cuisine en commentant les dernières nouvelles. Parfois quand je les regarde, je
réalise que nos enfants ne resteront avec nous que très peu de temps. Aussi
évident que ça peut sembler, chaque jour qu’ils sont avec nous est un jour de
moins où nous les aurons près de nous. Éventuellement, ils devront prendre leur
propre chemin, tracer leurs propres sentiers, faire leurs propres erreurs et en
subir les conséquences, comme nous l’avons fait.
En cette soirée particulière, j’étais
calmement assis à la table de cuisine, lisant un nouveau livre qu’un ami
m’avait envoyé et sirotant une chope de café quand le téléphone sonna. Je pris
l’écouteur et ne put entendre que la voix de Gédéon qui disait :
« Salut, John, je voulais juste savoir si Marla et moi pouvions vous faire
une visite ? Nous sommes dans les environs et pouvons nous rendre chez
vous dans 15 minutes à peu près. »
« Certainement, Gédéon. Ça
serait merveilleux. Les enfants sont sortis pour quelque temps, aussi je n’ai aucune
tâche de père à faire maintenant. En passant, j’ai vu Marla l’autre jour. Je
déteste dire ça, mais elle a meilleure apparence que vous… »
« Je sais, je sais »,
m’interrompit-il en simulant de la déception. « Elle a dit que vous ne paraissiez
pas trop mal, non plus. Nous serons chez vous dans quelques minutes. »
Les visites de Gédéon, surtout quand Marla est avec lui,
étaient toujours imprévisibles. Vous ne savez jamais où la conversation va
mener ou ce qui peut arriver ensuite. Le café n’avait pas encore fini de
chauffer quand ils arrivèrent. Il y eut un coup à la porte qui sépare la
cuisine du perron et j’ai jeté un coup d’œil à travers la vitre aux visages
souriants de Gédéon et de Marla.
Je les fis entrer, les saluai
chaleureusement et les fis asseoir à la table de cuisine pendant que je servais une tournée de café.
« Eh bien », demandai-je,
« qu’est-ce que vous faites à l’orée de ces bois ? Je sais qu’il ne vous est pas juste arrivé de passer
par ici ? Vous devez avoir quelque chose en tête – c’est la raison de
votre présence ici. »
« Il semble nous connaître trop
bien, Marla », dit Gédéon avec un clin d’œil. « Mais encore une fois,
John, nous n’avons pas besoin d’une raison pour vous voir. Des amis, quels
qu’ils soient, aiment se réunir juste pour le plaisir et l’agrément de la
compagnie des uns et des autres. Vous êtes pour nous un ami cher et nous aimons
votre compagnie. »
« Si vous aimez tant ma compagnie,
comment se fait-il que je ne vous ai pas vus pendant des années, sauf la
semaine dernière, évidemment ? »
Il y avait un peu de sarcasme qui perçait dans ma voix.
Marla répondit : « C’est
comme ça, John. Tous les deux, Gédéon et moi, avons été temporairement appelés
vers d’autres attributions. Il y en avait d’autres qui restaient pour vous
aider si nécessaire, mais nous devions partir pour un temps. Mais nous avons
continué à consulter les rapports à votre sujet et nous avons appris que vous
avez bien manœuvré pour passer à travers des périodes très difficiles. De toute
façon, nous savions que vous passiez toujours à travers n’importe quelle
difficulté. »
« J’ai toujours assumé que vous
connaissiez ma situation. Et, évidemment, au moment où j’ai fini de lutter avec
un problème, il y en avait de plus gros et de plus difficiles à affronter. »
Je les ai regardés à tour de rôle attendant une réponse.
« C’est ainsi qu’est la vie,
John, dit Marla. Vous terminez une classe et vous passez à une autre.
Vous apprenez à compter de un à cent, puis de cent à n’importe quel nombre.
Puis on vous enseigne les tables de multiplication suivies des simples mais
fondamentaux principes des mathématiques. Plus tard arrivent l’algèbre, la
géométrie, le calcul et d’autres. Vous pouvez quitter l’école si vous voulez,
mais vous devez encore aller à quelque chose d’autre. Peu importe, pourquoi
gaspillons-nous ce magnifique après-midi à discuter de tels sujets ?
Dites-lui ce que nous avons en tête, Gédéon, »
Gédéon prit une autre gorgée de
café, se recula sur sa chaise me regarda de ses yeux mi-fermés. « Ça fait longtemps que nous
n’avons pas fait de choses agréables ensemble. Marla et moi avons vérifié avec
les autres dans la compagnie et ils sont d’accord pour que nous vous amenions
dans un de nos voyages. Même le Chef a pensé que ce serait une bonne idée. »
« Un voyage ? Super !
J’aimerais vraiment ça ! » Dis-je, bouillonnant d’anticipation. Ceux
qui travaillaient pour lui référaient toujours au Président et Représentant du
Conseil des Entreprises G & M, la compagnie pour laquelle Gédéon et Marla
travaillent, comme au Chef. Nous l’avons rencontré plusieurs fois dans le passé
et j’aimerais rencontrer de nouveau cette étrange personnalité.
« Mais veuillez m’en dire plus,
continuai-je. Comment va le Chef ? Où irons-nous ? Quand
pouvons-nous partir ? Pourrons-nous avoir une rencontre avec lui ?
Vous savez, comme celles que j’ai eues il y a des années ? Allez, allez,
dites-moi ! »
Tous les deux, Marla et Gédéon,
éclatèrent de rire. « Une chose à la fois, John », dit-il.
« Nous allons répondre à toutes vos questions, mais une à la fois.
D’abord, le Chef vous envoie ses salutations. La plupart du temps, il vous les
envoie directement, mais il a dit quelque chose qui laissait supposer que vous
les prenez pour de la pacotille ou que vous êtes trop occupé pour les remarquer.
Et, c’est certain que nous partirons pour un voyage ou deux. »
« Ça me paraît
formidable ! Ça fait très longtemps que je n’ai pas eu de vacances. Je
suis anxieux de partir. Dites-m’en plus ! Est-ce que les enfants viendront
aussi ? »
« Pas maintenant pour les
enfants », dit Marla, « ils ont d’autres choses à faire. Et à leur
manière, ils sont familiers avec ce que nous allons faire. Rappelez-vous que
nous sommes tous connectés par des liens qui traversent l’éternité, aussi vos
enfants, vous et d’autres d’entre nous sommes reliés d’une manière
merveilleuse. Plusieurs d’entre nous connaissent les mêmes choses et aident les
autres à se rappeler. »
« Je me souviens des voyages
que nous avons faits il y a longtemps. Les expériences d’apprentissage, les
aventures, je ne peux pas attendre ! »
« Notre idée est de vous aider
à trouver », dit Gédéon, « le grand secret de la vie. Il n’y a qu’un
seul secret de la vie. Et, ce n’est pas réellement un secret, puisqu’il est ici
depuis longtemps. Nous vous dirons où le trouver et peut-être comment
l’utiliser. C’est moins compliqué que vous pensez. »
« C’est une des raisons pour
laquelle nous sommes revenus chez vous », dit Marla. « Il y a
d’autres raisons, évidemment, mais celle-ci est de loin la plus importante.
Quand nous aurons terminé ces aventures, nous n’aurons plus besoin de
travailler avec vous de cette façon et vous continuerez pour finir la tâche que
vous vous êtes imposée. Vous chanterez votre propre chant, vous accomplirez
votre mission, vous remplirez votre destinée, pour ainsi dire. »
« Un secret dites-vous ? Seulement un ? N’êtes-vous pas
conscients que, comme nous approchons du millénaire, il y en a qui parlent de
dix méthodes, quinze étapes, diverses prises de conscience ou des ‘Onze Secrets
de l’Univers’ ? Même Moïse avaient dix lois. » Je me montrais réellement suffisant en parlant ainsi.
« Oui, oui, je sais cela »,
répondit Gédéon, « mais ne nous impliquons pas trop dans les détails pour
le moment. Vous comprendrez éventuellement ce que nous voulons dire. »
« Gédéon », dis-je en le
regardant directement dans les yeux, « Je n’avais pas du tout l’intention
d’amener ça sur le tapis, mais j’avais cet impétueux besoin de poser la
question. Je sais aussi que je l’avais posée avant, mais je me devais de la
poser de nouveau. Ça fait de nombreuses années que Mardai est décédée.
Naturellement, elle nous manque beaucoup, aux enfants et à moi. Parfois nous
sentons sa présence près de nous. Est-ce que l’un ou l’autre de vous sait où
elle est et ce qu’elle fait ? Il y a des moments où il semble que c’est
hier qu’elle est décédée. Et d’autres fois, ç’est comme si ça faisait des
décades. »
Marla répondit, « Pourquoi ai-je
senti que vous ne nous laisseriez pas partir avant de poser cette
question ? Nous-mêmes ne l’avons pas contactée récemment, mais d’après ce
qu’on nous a appris, elle est très occupée à aider des nouveaux arrivants à
s’adapter. Cependant, nous savons avec certitude, qu’elle surveille les enfants
et qu’elle a été près de vous très souvent pendant vos périodes difficiles. De
plus, vous en apprendrez davantage plus tard. »
Ce fut calme pendant un moment.
Depuis la mort de Mardai nous nous sommes souvenus d’elle chaque jour. Ce n’est
pas comme si nous ne voulions pas la laisser aller, mais c’est davantage le
sentiment qu’il n’y avait qu’un voile fin qui séparait sa réalité de la nôtre.
Durant des moments de tranquillité, le voile se déchirait un instant et il y
avait contact entre les deux mondes – le sien et le nôtre. En réalité, je le
sens fortement parfois. Je peux presque entendre les voix de ceux qui nous ont
quittés pour cet autre monde.
« Ce ne sont pas des réalités
différentes, John », dit Gédéon en entrant dans mes pensées, « une seule
réalité avec différentes perspectives et interprétations et différents aspects. »Gédéon,
je pense qu’il est temps pour nous de partir », dit Marla.
Gédéon acquiesça et dit :
« Nous vous contacterons de nouveau bientôt, John. Nous vous en dirons un peu
plus sur le grand secret de la vie. Ne vous inquiétez pas, nous surgirons ici
de temps à autre. »
Marla se leva, fit le tour de la
table, prit ma main et la serra très doucement en disant, « Ne soyez pas si
triste, cher John. La vie est supposée être un voyage dans la joie, une grande
célébration. Vous verrez. » Elle se pencha, me donna une accolade et tous
les deux, elle et Gédéon, sortirent et s’en allèrent m’envoyant la main en
signe d’adieu.
Je suis resté seul assis là pendant
un moment, me questionnant au sujet de ces deux amis d’un autre monde qui sont
entrés dans ma vie à plusieurs occasions pour m’enseigner les secrets de
l’univers. Maintenant ils me disent qu’il n’y a, en fait, qu’un seul secret et qu’ils vont m’aider à
le trouver. J’étais prêt.
Chapitre quatre
Les oiseaux et les livres
|
T |
ôt
un matin, j’étais assis à la table de cuisine et regardais dehors par la
fenêtre sans fixer rien de particulier. Pour moi, c’est un merveilleux moment
de la journée. Là je me prépare à tout ce que la journée peut m’apporter tout
en essayant d’apporter quelque chose d’unique à la journée.
J’ai maintenant mon bureau à la
maison, il ne me faut donc que trente secondes pour passer de chez moi au
bureau. Au lieu de terminer mon déjeuner et d’aller directement à mon bureau,
je passai quelque temps à jouir de la vue qu’on a de la fenêtre. Puisque
nous avions monté tard la nuit dernière
et qu’il n’y a pas d’école aujourd’hui, les enfants dormaient encore.
Dehors par une journée comme
celle-ci, il y a normalement deux ou trois geais bleus, un cardinal ou deux, un
couple d’écureuils et un suisse. Ils viennent se nourrir des graines que nous
leur laissons et leurs habitudes sociales leur permettent de se tolérer les uns
les autres de telle sorte que chacun a sa juste part de graines. Pendant que
j’observais leurs bouffonneries, j’ai vu apparaître tout près plusieurs geais
bleus. Quelques instants plus tard, un bon nombre de cardinals ont rejoint le
groupe suivis par quelques rouges-gorges et quelques petits pinsons jaunes.
Pendant plusieurs années j’ai vécu dans
cette maison et observé les oiseaux aux premières heures du jour, mais je n’ai
jamais vu à la mangeoire tant d’espèces différentes en même temps. Il y avait
maintenant un couple de lapins – je savais que nous en avions repéré
quelques-uns. Quelques écureuils se sont joints à la communauté et deux
nouveaux suisses arrivèrent sur la scène.
Tout considéré, ça ressemblait à un
jamboree d’animaux. Les plumes multicolores de mes amis ailés se mêlaient aux
couleurs des petits animaux, aux feuilles et aux arbres créant comme une
peinture en mouvement. Cette vision me remit en mémoire un rêve que j’avais
fait quand j’étais à peine âgé de sept ans. Tout au cours de mes voyages et au
long des années, j’ai toujours gardé un souvenir vivace de ce rêve, mais je
n’ai jamais pu en saisir la signification.
Dans le rêve, c’était tôt le matin
et j’étais assis sous un grand arbre près de la ferme familiale. C’était un mango,
un de ces magnifiques arbres géants originaires des régions côtières de la
Guyane. C’était la saison où ses feuilles revêtent de nombreuses couleurs d’or,
de pourpre, de vert et d’orange. Une brise légère soufflait au travers des
feuilles et il régnait un calme qui surpassait de loin tout ce que je n’avais
jamais connu.
Sur le sol, près de moi sous le mango
il y avait un livre bleu avec de magnifiques lettres dorées sur la couverture.
Je le pris et essayai de lire le titre, mais je ne pouvais pas le comprendre
parce qu’il était écrit dans une langue étrange. Je l’ouvris et allai au
premier chapitre dont le titre, à ma grande surprise, était écrit en Français.
Il se lisait comme suit : « Le commencement ». Les pages
suivantes étaient blanches jusqu’au milieu du livre où il y avait ce qui
semblait être une ligne écrite dans les mêmes caractères que le titre sur la
couverture.
De toute façon, même petit garçon,
je savais que je rêvais et je savais que ce rêve, je devais m’en souvenir. Je
continuai à tourner les pages jusqu’à la dernière. Là, dans une belle écriture étaient
écrits les mots : « Un autre commencement » et sous ces mots,
comme en sous-titre, une autre ligne indiquait : « Aucune fin,
seulement un commencement ».
Je retournai au milieu du livre pour
regarder de nouveau les étranges caractères. Je désirais désespérément en
connaître la signification. Lentement je fermai le livre et le remis où je
l’avais d’abord trouvé. Le rêve continuait. Je me retournai et jetai les yeux
sur les bois aux limites de la ferme et contemplai la plus étonnante vision. Au
milieu des sons provoqués par l’air en mouvement, un peu comme les vents du
rivage à l’approche d’une tempête, et venant de toutes les directions, des
centaines d’oiseaux au plumage brillant se dirigeaient en vol vers mon arbre.
Je restai là assis dans un état de
sainte désorientation quand ils atterrirent en convergeant tous vers moi.
Quelques-uns descendirent sur les branches du mango et d’autres atterrirent
près de moi sur le sol. La plupart étaient des oiseaux tropicaux bien que
certains étaient d’espèces que je n’avais jamais vues. Il y avait des kiskadees
et des sackis bleus, des toucans au bec rouge et des oiseaux à éperons, des
gauldings bleus et des ibis écarlates. Le trait le plus étrange de cette scène
incroyable, c’était le petit livre que chaque oiseau tenait dans son bec. Les
livres semblaient être des répliques miniatures de celui que j’avais ouvert et
qui maintenant se trouvait à côté de moi.
Comme pour donner la réplique,
chaque oiseau saisit son livre par une patte, l’ouvrit avec son bec et se mit à
chanter à sa façon particulière Les mélodies entraient à flots dans
l’atmosphère matinale et, pendant un moment, c’était comme si on était entouré
par un immense orchestre symphonique harmonieusement dirigé. C’était comme
écouter une musique céleste d’une beauté et d’une grandeur telle que jusqu’à ce
jour, je n’ai jamais entendu quelque chose d’aussi sublime.
Puis, le chant cessa et chaque
oiseau apporta son petit livre, le mit sur la pile près de mon gros livre et
s’envolèrent. C’est ainsi que le rêve prit fin. Je me réveillai immédiatement
et restai éveillé pour le reste de la nuit prenant plaisir à rejouer sans fin
mon rêve. On sentait une impression de grande paix et de grande joie, un
sentiment fantastique qui n’arrive qu’à une poignée d’occasions durant la vie.
Au cours des années, j’ai raconté ce
rêve à beaucoup de gens et la plupart du temps, ils me regardaient, branlaient
la tête et riaient en murmurant des mots incohérents. Pourtant, c’est le seul
rêve dont je me souviens de façon si précise depuis mon enfance – les oiseaux,
leurs livres, leurs couleurs brillantes et la musique. De temps en temps, je me
demande encore quel était le message caché dans cette langue étrange, je réfléchis
à son sens et me demande s’il y a vraiment là un sens quelconque.
Et ainsi, la scène à l’extérieur de
ma fenêtre a déclenché les vieux souvenirs de mon rêve d’enfant. De si fortes
similitudes ne sont jamais de simples coïncidences. En réalité, rien n’existe
jamais par coïncidence, mais tout est lié par des liens invisibles, qui traversent
le temps et l’espace, à des événements qui se passent en d’autres endroits et
en d’autres temps. Quand je regardais les oiseaux rassemblés dans la cour
arrière autour du grand chêne, il se peut que mon imagination vagabonde ait
pris la relève, car je jure que je voyais un livre par terre sous l’arbre.
Ce doit être mon imagination,
pensais-je, tout en plissant les yeux pour faire la mise au point et, pourtant,
il semblait si réel. La réalité peut être différente dans différents états de
conscience. Un bon nombre de physiciens ou de professeurs de philosophie dignes
de foi ont confirmé que la réalité expérimentée pendant le rêve est aussi réelle
pour le rêveur que la réalité qu’on expérimente durant les heures d’éveil. Pour
changer la réalité à partir du rêve, ce que nous devons faire c’est de nous
réveiller. Peut-être que pour expérimenter la réalité telle qu’elle est,
devrions-nous nous réveiller aussi de notre état d’éveil.
Réel ou non, un livre est vraiment
apparu sur le sol sous le chêne. À ce moment, les oiseaux avaient terminé leurs
chants et se dispersèrent. Ils se préparaient, comme font les humains, à
affronter le nouveau jour qui se levait. Quelques secondes plus tard, la
curiosité m’a pris par le cou et m’a conduit à l’extérieur : je descendis
les marches et me rendis où s’élève le chêne près des mangeoires d’oiseaux. Je
cherchai ce que je pensais être le livre, en me rappelant celui de mon rêve. Je
ne trouvai qu’une feuille de papier bleu, probablement apportée là par les
vents de la tempête de la nuit précédente.
J’allais la froisser et la jeter
dans le panier des vidanges quand je remarquai une écriture sur un côté. Je
regardai plus attentivement en clignant des yeux car je ne portais pas mes
verres pour la lire. À ma surprise, les mots « Pas de fins »
étaient écrits dans la plus belle écriture dorée. Instinctivement, je retournai
vivement la feuille et regardai sur l’autre côté : je vis, de la même
écriture, l’inscription « Pas de commencements ».
Sûrement qu’un voisin devait avoir
joué en famille à un jeu sur table et un morceau de papier s’était envolé de la
maison à travers la porte grillagée et vint s’arrêter sous mon arbre avec les
mots mêmes que j’avais vus dans un livre en rêve quand j’avais sept ans. Aucune
explication ne pouvait en donner le sens à cette époque. Puisque j’avais appris
depuis longtemps que tout n’a pas de signification immédiatement, ou parfois
jamais, je retournai à la maison et m’assis un moment en essayant d’analyser
cet étrange incident.
Un appel téléphonique interrompit ma
rêverie. C’était Gédéon qui me demandait si j’avais eu un matin intéressant. Je
laissai échapper l’incident des oiseaux et des livres et du papier et de la
musique et de tout ce que je pouvais me rappeler. Je trouvais curieux, lui
dis-je en guise de commentaire, que les rêves d’hier pouvaient, semble-t-il,
traverser les interstices du temps jusqu’aux pages d’aujourd’hui.
« Quand vous y pensez, John,
dit-il, il n’y a réellement ni passé ni futur, ni commencements, ni fins,
seulement ceux que nous créons dans nos esprits selon notre perspective
habituelle. Un millier de vies dans un million d’années ou un million de vies
dans un millier d’années, qu’est-ce que ça fait de toute façon ? Nous
avons toujours été vivants. »
« Ne se condamne-t-il pas à la
solitude, celui-là qui seul possède toutes les réponses, Gédéon ? »
Dis-je avec sarcasme en ajoutant « Et je suis désolé, pourquoi avez-vous
dit que vous appeliez ? »
« Je ne l’avais pas dit, mais
puisque vous le demandez », dit-il, « pas de raison spéciale. Je
voulais juste vous dire que ce n’est pas les réponses qui nous causent des
problèmes. Nous avons toutes les réponses. Ce dont nous avons besoin, ce sont
les questions… »
Je
l’interrompis, « Qu’avez-vous dit concernant ‘pas de commencements ni
de fins’ il y a un instant ? »
« Les mots ne sont que des
symboles de la signification et non pas la signification elle-même. Ils ne sont
pas les meilleurs représentants de la vérité, mais à leur manière, ils
l’expriment d’une certaine façon. En d’autres mots, ne prenez pas la carte pour
le territoire. En passant, êtes-vous encore intéressé à faire ce
voyage ? »
« Qu’est-ce que j’apporte et
quand dois-je faire mes bagages? » Demandai-je.
« Vous n’avez rien à apporter.
Une grande partie du voyage est intérieure, dit-il. Et quant au
moment ? La réponse est quand ce sera le plus approprié ».
« En fait, où allons-nous.
Gédéon ? Et qu’est-ce que nous cherchons ? » Demandai-je.
« Vous êtes à la recherche du seul secret
de la vie, John. Celui qui était écrit au milieu du livre que vous avez trouvé
sous le mango quand vous aviez sept ans. Le secret que vous ne pouviez pas lire
parce que vous ne compreniez pas la langue. »
« Ainsi, vous étiez au courant,
eh Gédéon ? Était-ce vraiment le secret de la vie qui était écrit
là ? Il n’y avait que quelques mots. Est-ce tout ce qui le concerne ?
Un simple petit secret ? »
« Simple. Pas facile »,
répondit-il.
« Pensez-vous que nous allons
enfin le trouver ? » Demandai-je.
« La difficulté n’est pas des
le trouver, reprit-il, c’est de le reconnaître, »
« Eh bien, je vais continuer à
chercher tout cela », fut tout ce que j’ai pu dire.
« Ne vous inquiétez pas, John »,
répondit-il avec ce ton qui m’apporte toujours de l’assurance et du réconfort. « Nous
allons nous occuper de tout. Et, il va de soi, Marla sera là, aussi. » Il
fit une pause puis ajouta. « C’est tout pour le moment. Vous aurez de nos
nouvelles bientôt. Bonne journée ». La voix disparut au téléphone.
La journée n’avait pas réellement
démarré et déjà j’avais l’impression d’être debout depuis plusieurs heures. Les
enfants doivent être réveillés, pensai-je, car je pouvais maintenant entendre
quatre pieds qui descendaient l’escalier. Malika arriva dans la cuisine, me dit
bonjour et mentionna tout bonnement un rêve étrange d’oiseaux qui lisaient des
livres. Mais elle ne pouvait se rappeler d’aucun détail. Intéressant,
pensai-je… très intéressant.
Chapitre cinq
Retour à demain
|
U |
n
jour mon père me raconta l’histoire de
Ceci évidemment ne m’empêchait pas d’empoisonner mon père
par toutes sortes de questions sur la possibilité de trouver et d’utiliser la
Pierre. Je pensais à tout ce que je pourrais faire, à tous les gens que je
pourrais guérir, à tous les tours de magie que je pourrais produire. Eh bien,
pas réellement. Étant un petit garçon, je pensais seulement à des choses
égoïstes. J’ai même annoncé à mon père que j’utiliserais le pouvoir de la
Pierre d’Ambroisie pour me venger de la brute du voisinage. A cela, mon père
sourit tristement et me fit venir plus près de lui. J’avais, à cette époque,
seulement huit ou neuf ans, mais je me rappelle encore sa voix alors qu’il
passa sa main dans mes cheveux en disant : « Écoute soigneusement ce
que je vais te dire maintenant, mon fils ».
« Parle, papa, parle », je me tortillais
franchement de joie. Il doit certainement avoir découvert l’endroit où se
trouve la Pierre d’Ambroisie.
« Tu trouveras cette Pierre seulement quand tu auras
grandi en compréhension et en amour. Et alors tu n’en auras pas besoin parce
que le pouvoir de la Pierre n’est pas là où tu crois. »
Comment quelqu’un pouvait-il s’attendre à ce qu’un petit
garçon comprenne de telles choses ? Ma chance d’être célèbre était partie
à jamais, ainsi que mon délicieux moment de vengeance sur la brute. Au cours de
la semaine suivante un étranger est venu au village. Il arrive rarement des
étrangers de cette manière, aussi les villageois voulaient savoir pourquoi il
était ici. Certains disaient que c’était un saint homme et devait être traité
ave le plus grand respect. D’autres
pensaient que c’était un vagabond et désiraient son départ le plus tôt
possible.
L’étranger
était vêtu comme un musicien itinérant plutôt que comme un travailleur bien
rémunéré. Il disait qu’il ne resterait pas longtemps – il voulait seulement se reposer un
peu avant de poursuivre son long voyage. La rumeur circulait qu’il cherchait un
endroit où il pourrait manger.
Ma mère,
peut-être une des meilleures âmes que j’ai jamais rencontrées, avait entendu parler
des besoins de l’étranger et m’envoya pour l’inviter à venir prendre un repas. Bien
que les temps étaient durs, il y en avait assez, semble-t-il, pour une bouche
de plus à notre table. Mi-effrayé, et pourtant un peu excité par l’opportunité
qui m’était donnée de lui parler, je partis vite sur le chemin de la campagne.
Je l’ai trouvé qui se tenait seul à l’ombre d’un arbre « neem » et je
m’approchai de lui. Ce voyageur savait peut-être où je pourrais trouver
l’insaisissable Pierre d’Ambroisie.
Je lui dis qu’il était le bienvenu pour venir dîner avec
nous. Il me regarda longuement d’un regard perçant, puis sourit à la fin. Il
avait la voix la plus gentille et la plus apaisante quand il me répondit qu’il
ne voulait pas causer de trouble. Je l’assurai qu’il n’y avait aucun problème
et que ma mère insistait pour qu’il vienne. Il accepta et puis, comme une
arrière-pensée, semble-t-il, il me sourit et me demanda, « Maintenant
dis-moi, mon petit, cherches-tu encore cette pierre ? »
Après le choc que m’a causé la connaissance qu’il avait de
mes pensées, je dis : « Oui, monsieur. La Pierre d’Ambroisie.
Savez-vous quelque chose à son sujet ? »
« Seulement quelques vieilles histoires »,
répondit-il, « mais je n’ai aucune idée où elle se trouve. »
Il me suivit à la maison où ma mère a servi le dîner et mon
père a tenu une longue conversation avec lui. Il dit qu’il était un voyageur et
qu’il était en route pour aller voir un vieil ami. Il paraissait ne pas vouloir
commenter davantage sur les détails de sa vie. Comme c’était excitant d’avoir
cet aventurier bohème en visite chez soi ! Je débordais de questions, mais
c’aurait été considéré très impoli d’importuner un invité.
À la fin du dîner, il nous remercia en disant qu’il devait
continuer son chemin. Nous lui avons demandé de rester un peu plus longtemps,
mais il insista en disant qu’il avait promis de poursuivre sa route et son
voyage était encore long. Comme il s’apprêtait à partir, il hésita et se tourna
une fois encore vers moi. Mettant sa main dans sa poche, il en sortit un petit
sac et me le donna.
Dans ma famille c’est une coutume de ne jamais accepter un
paiement pour une aide qu’on a apportée à autrui, aussi je lui ai dit : «
Non merci, monsieur. »
« Oh non ! Ce n’est pas de l’argent… j’en ai très
peu. Je n’ai pas la Pierre d’Ambroisie non plus, mais ceci est une autre pierre
appelée la Jahar-Mora. Si jamais tu es mordu par un serpent ou piqué par un
insecte vénéneux, tiens la Jahar-Mora sur la blessure et en cinq ou dix
minutes, elle va retirer le poison et tu seras guéri. Elle t’apportera aussi beaucoup
de chance. » Il me salua et partit. Je ne l’ai jamais revu.
J’ai conservé la pierre dans une petite boîte avec quelques
autres « trésors » que j’avais collectionnés, puis je l’oubliai vite
jusqu’au jour où, en marchant dans les bois, j’ai accidentellement dérangé un
nid de guêpes Sud Américaines agressives. Avant de m’en rendre compte, j’ai
senti une piqûre aiguë à mon oeil droit et, pris d’étourdissement, je
m’écroulai par terre. La douleur était si terrible que je pouvais à peine me
relever, mais finalement j’ai pu, de peine et de misère, me rendre à la maison.
À ce moment, mon œil était presque fermé par l’enflure et je commençais à
couver une forte fièvre. La piqûre de ce type de guêpe peut vous rendre très
malade. On connaît quelques enfants qui en sont morts. J’étais vraiment
paniqué.
Mes parents étaient en visite chez des voisins, aussi je
tâtonnai pour ouvrir ma boîte spéciale et en pris mon petit sac contenant
En peu de temps, la douleur de la piqûre disparut et, en
dedans de dix minutes, l’enflure avait diminué et j’étais revenu de nouveau à
peu près à la normale. J’ai remis la pierre soigneusement dans son petit sac et
je l’ai replacée doucement dans la boîte. Quand mes parents revinrent à la
maison, je leur parlai de l’incident et allai prendre ma Jahar-Mora pour leur
montrer comment la couleur avait changé. J’ouvris la boîte pour prendre le
petit sac, mais il était introuvable. Nous avons cherché partout, tourné la
boîte et la plupart des meubles de la maison dans tous les sens, regardé dans
tous les coins et toutes les fentes, mais sans résultat.
Mon père, dans un effort pour me réconforter de cette
perte, me dit d’un ton encourageant : « Te rappelles-tu ce que
je t’ai dit un jour ? La magie n’est pas dans la pierre. Elle est en toi.
Tu n’as pas besoin de la pierre, maintenant. Si tu dépends trop d’elle tu
deviens dépendant de la pierre. Tout ce dont tu dépends trop te réduit en
esclavage et contrôle ta vie. Laisse aller la pierre, mon fils. Son travail à
ton sujet a été fait. Elle doit s’en aller vers un nouvel étudiant. »
Je n’ai jamais retrouvé la Jahar-Mora. Sa disparition fut
un mystère, mais je me rappelais toujours les paroles de mon père quand il m’a
dit : « La magie n’est pas dans la pierre ; la magie est en toi. »
Aujourd’hui, je réfléchissais à la Pierre d’Ambroisie et à
la Jahar-Mora. C’était une journée
surchargée de nombreuses tâches à compléter, des situations financières à
élaborer et plusieurs sujets qui tous
exigeaient mon attention sans solution en vue. Je pensais que ce serait
merveilleux d’avoir la Pierre d’Ambroisie. Je la mettrais juste sous mon
oreiller avant de m’endormir et je rêverais aux solutions de tous les problèmes
qui me troublaient. Je retournerais à demain, pensai-je, et me risquerais à
revenir à aujourd’hui avec les réponses. Mais le petit village, c’était il y a
des décades et la pierre… qui sait ?
Au milieu de ma contemplation, une amie m’appela et me
demanda si je pouvais l’aider à régler un problème qu’elle avait avec son
ordinateur. Je ne suis pas un expert en ordinateurs et je ne fais que les
utiliser comme outils dans mon travail. Ma connaissance des ordinateurs est
probablement plus instinctive et intuitive que technique. J’ai accepté aussitôt
de l’aider et, en peu de temps, j’étais occupé à suivre les cheminements des
électrons quand ils dansent à travers les circuits de l’ordinateur et se
transforment eux-mêmes, bit par bit, en messages significatifs sur l’écran.
Ce travail sur l’ordinateur a éloigné mon esprit de mes
problèmes. Briser la focalisation sur mes problèmes était exactement ce dont
j’avais besoin. Il y a un vieux dicton qui dit : « Ce sur quoi vous vous
focalisez prend de l’expansion ». Quand j’eus fini, je me sentis détendu
et me promis de ne plus me laisser submerger par mes problèmes pendant le reste
de la journée. Au coucher, cependant, j’ai réfléchi de nouveau à la Pierre
d’Ambroisie. Quelle idée absurde, pensai-je en dérivant dans le sommeil.
Je me levai tôt le matin suivant, et me retrouvai
rapidement à la table de cuisine caressant une tasse de café fraîchement préparé.
Et alors je me suis rappelé que je devais faire un appel téléphonique urgent.
J’ignore d’où venait cette pensée, mais elle semblait être là quand je me suis
réveillé ce matin. Bien qu’il soit encore tôt, je suivis cette « petite
voix tranquille » et téléphonai de toute façon.
J’appelai une vieille connaissance avec qui je n’avais pas
parlé depuis des années, mais il paraissait avoir attendu mon appel. Pendant
notre courte discussion, j’ai reçu une très importante information, qui m’a
aidé à résoudre quelques-uns des problèmes qui m’avaient troublé hier. Ça
promettait d’être un grand jour !
Je me reculai sur ma chaise et souris. C’est alors que j’ai
entendu une voix qui disait : « Vous êtes au centre de votre
univers. Vous avez un pied planté dans hier et l’autre dans demain. Il n’y a
aucun besoin de pierres magiques ou d’étranges rituels. Ce ne sont que des
béquilles. Ils fonctionnent temporairement, mais ils ne sont pas nécessaires si
vous savez comment faire. Vous pouvez retourner à demain n’importe quand vous
voulez puisque demain et hier tourne autour d’aujourd’hui. La musique n’est pas
dans le piano, la musique est en vous. La magie n’est pas dans la pierre ;
la magie est en vous. »
Je me levai de la table de cuisine et gagnai mon bureau.
J’ai fait le tour pour trouver la source de la voix mais n’en ai vu aucune. En
branlant la tête, je me suis dit : « Je dois penser tout
haut…trop haut. »
Chapitre six
Les moulins des dieux
|
M |
on
bureau est un havre où je vais me concentrer quand je prépare mes conférences, où
je retourne mes appels téléphoniques, réponds à mon courrier arrivant de toutes
les parties du monde et m’occupe de l’administration nécessaire de mes
affaires. Mon pupitre est le grand au fond de la place. Des peintures de
bateaux sur deux murs, une petite étagère de figurines angéliques, des livres,
un méli-mélo, tout cela crée une ambiance de travail correspondant à ma
personnalité.
Des ordinateurs, des imprimantes au
laser, des appareils numériseurs (scanners), des machines pour copier et
envoyer des fac-similés (fax) sont tous enlignés sur un mur de mon bureau. Il y
a quelques vieilles chaises, évidemment, et l’indispensable pile de papier dans
le coin. Toutefois, j’écris rarement mes livres ici ; pour ce faire, je
préfère de beaucoup m’asseoir à la table de cuisine.
Aujourd’hui, en entrant dans mon
bureau, j’ai entendu du bruit venant de derrière mon pupitre… comme si
quelqu’un était assis sur ma chaise. Elle grince de temps en temps, voyez-vous,
un son entièrement unique en son genre. Après la voix dans la cuisine, je pense
que j’étais un peu nerveux. J’ai jeté un regard rapide vers mon pupitre où le
visage souriant de Gédéon tournoyait sur ma chaise, aussi vite qu’il le
pouvait.
« Bon matin », dit-il en
prenant une chaise de client tout près. « Qui pensez-vous vous a parlé
dans la cuisine, de toute façon ? »
Un peu soulagé de découvrir que
c’était Gédéon, je m’assis et commençai à lui demander mentalement comment il
était entré dans mon bureau sans clé, quand j’ai pensé à quelque chose de
mieux. Il apparaissait habituellement à l’improviste et, pourtant, au cours des
nombreuses années où je l’ai connu, il ne s’est jamais introduit dans mon
intimité. Il a toujours paru respectueux des autres et n’aurait jamais abusé de
la bonté de quiconque.
« Ainsi vous étiez cette voix
incorporelle, hein ? »
Murmurai-je
« Comme vous pouvez le voir
clairement, j’ai pris un corps comme vous le faites. J’ai seulement utilisé mon
esprit un peu plus efficacement. Traverser l’univers et tout cela. » Il me
souriait en parlant.
« En passant, Gédéon, que
faites-vous ici si tôt le matin. Évidemment, je suis heureux de vous voir, mais
je suis seulement curieux. »
« Juste un ami qui passait tout
près. Dois-je avoir un motif ? »
« Je pense que vous avez raison »,
dis-je. « Je continue à penser que j’ai des amis tant que je peux leur
être de quelque utilité. Je pensais qu’ils restaient près de moi parce que nous
nous occupions les uns des autres. Mais quand les choses ont vraiment mal
tourné pour moi, ils ont disparu si vite que vous auriez cru qu’ils s’étaient
évanouis dans l’air. »
« Ainsi vous étiez fâché contre
eux parce qu’ils ne restaient plus près de vous ? » Me demanda-t-il à
sa façon toute particulière de me faire passer un examen.
« Eh bien, pas réellement. Je
pense que j’étais comme déçu. Après tout, les amis ne sont-ils pas supposés se
tenir avec vous dans les passes dures comme dans les faciles ?
Je pensais à la tristesse et à la solitude que j’avais vécues lors des
terribles expériences de la perte de mes affaires et de mes possessions
matérielles, de la mort de ma femme, la perte de mes deux parents et d’autres
situations désagréables. Il y eut des époques où je me suis senti vraiment
trompé, et même abandonné. »
« Avez-vous fini ? »
demanda-t-il de façon sarcastique, comme s’ils lisaient dans mes pensées.
« Évidemment j’ai fini »,
répliquai-je.
« Alors
quand la voulez-vous ? »
« Vouloir quoi ? »
demandai-je, un peu ennuyé.
« La médaille. Vous méritez une
médaille, n’est-ce pas ? »
« Pourquoi faire,
Gédéon ? » Demandai-je, « Où voulez-vous en
venir ? »
« Pauvre de vous ! Tous
ces amis qui vous lâchent quand vous avez le plus grand besoin d’eux !
Quelle pitié ! » Il branlait la tête faisant mine de se montrer
sympathique. En fait, il riait de moi.
« Ce n’est pas drôle, Gédéon.
Ce n’est même pas juste. Je pensais que vous étiez mon ami », dis-je en
geignant sur mon malheur.
« Évidemment je suis votre ami
et j’essaie de vous dire que vous ne
pouvez pas décider du choix que font les autres. Vous pouvez seulement décider
de votre façon de choisir. »
« Je sais cela, Gédéon. Je ne
faisais que réfléchir à ces tristes époques. Je désirais qu’il y en aurait
quelques-uns qui resteraient. Presque tous m’ont quitté. »
« Alors rappelez-vous ceci,
John. Les gens quittent, non à cause de ce que vous êtes, mais à cause de ce qu’ils sont. Joyce Sequichie Hifler rapporte l’idée que se font les Cherokees
de l’amitié. Elle dit : ’Nous disons que nous choisissons nos amis, mais
les vrais amis se choisissent eux-mêmes. Ce sont eux qui décident de répondre
et selon leur méthode. Les simples connaissances attendent et jugent. Un ami
est un unali – sans question ni peur…
C’est pourquoi les amis nous sont chers. Ils ont choisi de l’être’.»
Les propos de Gédéon m’ont fait
réaliser que tout ce dont nous devons nous rappeler de temps en temps c’est
qu’il y a un univers juste et ordonné. Nous y sommes en sécurité et toute
apparence du contraire est justement cela – des apparences. C’est la façon dont
nous interprétons ce que nous voyons qui décide de notre façon d’affronter la
situation.
« Ainsi
vous réfléchissez à cela, hein ? »
« Parlez-moi des glorieux et
mystérieux secrets de la vie, Gédéon, pas seulement de ce qui a trait à
l’amitié et aux médailles. »
« Les mystérieux
secrets ? » Il montrait un regard d’horreur simulée quand il
continua, « Vous n’écoutez pas, John, Je vous l’ai déjà dit, il n’y
a qu’un seul secret dans l’univers et
il est extrêmement simple. Le secret n’est pas dans la Pierre d’Ambroisie. Il
n’est pas dans les montagnes, ni dans les cieux, ni dans les océans. Il est
juste en vous, mon cher Johnny. Oui, monsieur ! Juste en vous. »
« O.K., O.K. Aussi maintenant
je sais où il est. Alors, dites-moi, homme sage, qu’est-ce que c’est ?
Quel est ce grand secret ? »
« C’est une partie du secret.
Je ne peux le dire. Chacun doit le découvrir pour lui-même, car autrement il ne
fonctionne pas du tout. »
« Un univers juste dites-vous,
Gédéon ? Et pourtant personne pour nous aider quand vous devenez aveugle
ou que vous vous sentez perdu ? Le bon semble souffrir et le mauvais
prospérer. Zut, Gédéon, où diable est la justice ? »
« Ha, vous l’avez sorti
enfin ! », dit-il, paraissant heureux que j’aie perdu le contrôle et
haussé le ton.
J’ignorai sa remarque alors
qu’il continuait, « Je suis content que vous ne semblez plus
‘ au-dessus de tout ça ‘. Vous pouvez montrer un peu d’émotion et
c’est bien. Les émotions sont les couleurs qui apportent de la variété dans le
tableau de la vie. Ne les contrôlez pas. Dirigez-les. »
« Ça ne me semble pas encore
exact, Gédéon », fis-je remarquer, puis j’écoutai seulement ce qu’il avait
à dire.
« Dans un sens, ce n’est pas
votre problème, John. Tous vos amis ont eu l’opportunité d’aider et, ainsi, une
grande occasion de grandir. Ceux qui
pouvaient le plus vous apporter de l’aide, ont laissé passer une chance
merveilleuse de croissance pour leur âme. Ceux qui pouvaient le moins en
apporter, mais qui vous ont aidé, malgré tout, ont gagné autant par le simple
acte de vous tendre la main.
« Et que voulez-vous dire par
‘personne pour vous aider quand vous êtes perdu ou avez besoin d’aide’ ? Eh
bien, mon ami, que pensez-vous de ma présence ici ? Et pourquoi
pensez-vous que Marla s’en vient ? Nous vous aidons. N’oubliez jamais,
jamais. Il y a toujours une main pour aider – toujours, toujours, toujours !
« Et quant à ceux qui ont
choisi d’être égoïstes plutôt que compatissants, soucieux et secourables,
permettez-moi de vous répéter ce vieux dicton, ‘Les moulins des dieux moulent
lentement, mais ils moulent excessivement fin’. Il n’y a pas de Dieu irrité
pour nous punir ou nous récompenser. Le système est organisé de telle façon à
s’équilibrer par lui-même et à fonctionner par lui-même. Nous nous récompensons
nous-mêmes. Nous nous punissons nous-mêmes. Trouvez le grand secret et vous
comprendrez la plupart de toutes ces choses. »
« Notre conversation ce matin
m’a fourni beaucoup de choses à méditer, Gédéon », dis-je finalement.
« Est-ce que quelqu’un a déjà trouvé ce grand secret ? »
« Évidemment, John. Il y a
Jésus. Je pense qu’il en a démontré la plus haute utilité. Et il y a les autres
que vous connaissez tels que Bouddha, Mère Teresa, Mahomet, Zoroastre, Gandhi,
Lincoln, Éric Butterworth et Dr Thomas A. Dooley. Beaucoup d’autres dont vous
n’avez jamais entendu parler, par exemple : Barry Rosenbaum, Harnarine
Singh, Rafael Martinez, Salvatore Bonano, Janet Jones et Marjorie Braithwaithe.
Et il y en a d’autres comme Marla et Gédéon. »
« Je pense qu’il vaut la peine
de le chercher », dis-je.
« C’est la ‘Perle de Grand Prix,’
la chose la plus précieuse que vous puissiez désirer ou espérer avoir,
dit-il, c’est le bien suprême de l’existence. Et vous en avez eu des
aperçus à plusieurs occasions. »
« J’ai une vague souvenance de
certaines fois quand il semblait que j’étais dirigé par une force puissante,
sage et aimante. Eh bien, Gédéon, nous verrons… »
« Marla vous envoie son amour.
Elle dit qu’elle vous verra bientôt. Je pense qu’elle vous aime réellement.
Elle parle souvent de vous. Hum…Au revoir, John. ».
Chapitre sept
Des îles au Soleil
|
Q |
uelques
semaines ont passé depuis ma dernière rencontre avec Gédéon. J’étais occupé à
écrire, à donner des conférences, à faire la lessive, à cuisiner, à nettoyer et
à faire toutes les autres choses qui semblent constituer une partie plutôt
typique de ma vie monoparentale. Aujourd’hui j’ai pensé que je devrais faire
une pause dans mon travail. Pas d’écriture en cette fin de semaine. Rien de spécial,
juste deux jours pour, peut-être, rattraper mes lectures, écouter de la musique
et peut-être regarder un film ou deux. Malika était toujours en voyage avec des
amies, alors que Jonathan était en visite chez des parents dans un autre état.
Ils me manquent quand ils sont partis, mais, par contre, ils essayaient leurs
ailes et j’avais toute la fin de semaine pour moi-même.
J’allai à la radio et l’ouvris pour
nulle autre raison que celle d’entendre du bruit dans le grand silence du
matin. On jouait une vieille chanson des Indes Occidentales sur un rythme calypso.
Une voix énergique, assaisonnée d’un accent des Caraïbes, chantait sur des vers
rythmées : « Voici mon île au soleil… » Je m’assis tranquille en
écoutant cette musique cadencée jusqu’à pouvoir presque sentir le passage du
vent dans mes cheveux et une faible senteur d’air salin envahissant la maison
tout entière.
Il y avait des années que je n’avais
pas visité ces îles tropicales. Je peux encore me rappeler plusieurs soirs où,
étendu sur la plage, je regardais les étoiles et écoutais le son envoûtant de
la marée récurrente, le chant des oiseaux rouges et le chœur du vent murmurant
dans les palmiers. Ce serait divin d’être là encore une fois – si c’était
possible pendant un jour ou deux, pensai-je. Comme ce serait pleinement
rafraîchissant. Un coup à la porte arrière interrompit mon rêve éveillé, je me
levai pour aller voir qui frappait à cette heure.
Je fus quelque peu surpris de voir
Gédéon et Marla si tôt et je les fis immédiatement entrer. Il était vêtu de
noir, un bel ensemble d’homme d’affaires, chemise bleue, cravate rouge et
souliers noirs bien reluisants et du meilleur cuir. On aurait dit qu’il
s’apprêtait à assister à une réunion d’un conseil d’administration. Elle
portait des bermudas, une blouse légère en coton et des sandales. Elle s’était
coiffée d’un chapeau penché sur le côté et ses longs cheveux dorés
tombaient en vagues sur ses épaules. Elle semblait prête pour la plage. En
observant tout cela du regard, je leur fis signe de s’asseoir.
« Eh bien, c’est vraiment bon
de vous voir tous les deux. De retour de voyage à ce que je vois. Mais alors
vous ne pouvez pas revenir du même endroit ou y aller », dis-je en
désignant leur habillement.
« Non, je vais visiter un ami,
dit Gédéon. Il rencontre quelques difficultés dans ses affaires et il m’a
demandé si je pouvais l’aider à remettre les choses en place. Je serai absent
un peu de temps et puis je vous rejoindrai vous et Marla. Voudriez-vous savoir
quels sont nos plans ? »
« Certainement »,
répondis-je.
Marla prit la parole : « Nous
avons une excellente idée. Ça fait longtemps que vous n’avez pas pris de vraies
vacances. Chaque fois que vous voyagez, c’est presque toujours pour votre
travail qui vous laisse très peu de temps pour relaxer. Aussi nous avons une
idée intéressante. Nous sommes libres pour les quelques jours prochains et je
pense que vous l’êtes également. Nous avons pensé que ce serait agréable de
visiter une des ‘îles au soleil.’ Comme vous pouvez le voir, je suis déjà habillée
pour l’occasion. Qu’en dites-vous ? »
J’ai hésité un moment, un peu
surpris de leur proposition spontanée. Gédéon remarqua mon désagrément apparent
et vint immédiatement à ma rescousse. « Je pense que ça vous fera
beaucoup de bien », dit-il. « À tout événement, je pense que nous
devrions tous profiter d’un ‘arrêt de travail.’ Nous avons tous été très
occupés dernièrement. Vos enfants sont absents pour quelque temps et vous avez
tous les jours prochains pour vous seul. S’ils ont besoin de vous, ils pourront
toujours vous rejoindre par votre boîte vocale. Vous et Marla, partez ; je
vous rejoindrai tous les deux en temps pour le dîner.»
« Tout ça sonne trop
fantastique », répondis-je vivement. « C’est une excellente idée,
mais je ne peux réellement pas me le permettre – au moins pour quelque temps.
J’ai encore des piles de factures à payer. Mais j’aimerais y aller quand
j’aurai les moyens financiers. »
« Ne vous occupez pas de
l’argent. On y a vu », dit Marla.
« Vous voulez dire que nous
allons voyager par un de ces points de transfert transdimensionnel ? Ici une minute, puis ensuite là ? »
« Non, cher John, pas de voyage
instantané dans le temps », dit-elle, nous n’en avons pas besoin maintenant.
Comme ils disent,’si vous pouvez marcher sur l’eau, prenez le bateau’. Nous
allons prendre des billets d’avion réguliers – méthodes normales qui vous sont
familières. En passant, vous allez aimer les hôtels, juste sur la plage. Avec
beaucoup de fruits et de boissons tropicaux, et de la musique calypso pour
votre plaisir. »
« Ça va encore coûter cher »,
dis-je.
« Ne m’avez-vous pas
compris ? Je vous ai dit que tout était arrangé. C’est un des amis de
Gédéon qui a organisé la fin de semaine. Aucun coût – ni pour la nourriture,
l’hôtel, les billets d’avion et tout le reste. Comme vous savez, nous avons des
connexions. »
« Oui, mais je me sens coupable
d’accepter un cadeau si dispendieux. Vous voyez… »
Avant que j’aie pu en dire plus,
Gédéon intervint, « Pourquoi ne pouvez-vous pas accepter un
cadeau ? Pourquoi rendez-vous toujours la chose difficile à ceux qui
veulent faire quelque chose pour vous ? » Sa voix montrait une
certaine contrariété en continuant. « Si vous vous comportez comme si vous
ne méritiez pas les cadeaux de l’univers, l’univers sera incapable de vous
donner quoi que ce soit. Recevoir est aussi important que donner. Si vous
voulez recevoir, vous devez apprendre à donner. Et si vous donner, vous devez
apprendre à recevoir. L’un ne peut exister sans l’autre. »
« OK, Gédéon. Je comprends. Je suis
juste un peu dépassé par l’idée de recevoir un si merveilleux cadeau – une
excellente fin de semaine toutes dépenses payées. Merci, merci. Vous
voyez ? Je ne peux pas m’habituer à recevoir si rapidement. »
. « Ce n’est pas toujours facile,
John », dit Gédéon. « Je dois partir maintenant ; je vous vois
tous les deux dans quelques heures. Je vais me mettre dehors. » Il se
retourna et passa à travers la porte fermée comme si elle n’existait pas.
« Comment fait-il
ça ? » murmurai-je, plutôt comme une observation que pour avoir une
réponse.
« C’est facile quand vous savez
comment ; toute chose est facile quand vous savez comment faire »,
dit Marla.
« Oui…sûr… facile, j’imaginais
que vous diriez ça », marmottai-je.
Je restai assis un moment en silence
en regardant Marla. Elle m’était apparue magnifique tantôt, mais maintenant
elle était ravissante. Elle fit semblant de ne pas le remarquer tout en
feuilletant une brochure de voyage, mais je savais qu’elle savait que je la
regardais.
« Hum… dit-elle finalement, si
nous y allons, nous ferions mieux de partir tôt. Il ne reste que trois heures
avant le départ de notre avion. J’ai pris les billets. Gédéon viendra plus tard. »
Je sautai de ma chaise et sans autre
délai, j’annonçai : « Donnez-moi quelques minutes et je serai
prêt. » Comme dit l’adage, parfois la meilleure manière de faire les
choses c’est ‘justement de les faire’. Je travaillais toujours trop dur et
j’avais vraiment besoin de vacances. « Mon sac à main est toujours prêt.
Permettez-moi d’y mettre quelques petites choses, de trouver mon passeport et
tout ce qu’il faut et je serai prêt. Il vaut mieux vivre vraiment une fin de semaine qu’exister dans l’ennui pour l’éternité. »
« Excellent ! J’espérais
que vous viendriez, mais nous devons nous dépêcher. »
Vous parlez d’une
motivation – à la vitesse de l’éclair, j’avais rempli mon sac et j’étais prêt.
Un voyage de deux jours, soit au-dessus de l’océan soit au-dessus de quelques
frontières des états ne présentait pour moi aucun problème. J’en avais tellement
faits ces dernières années que je pourrais, pour ainsi dire, faire mes bagages
en dormant.
D’une façon un peu inattendue une
limousine arriva et en peu de temps nous débarquions à l’aéroport. Durant le
contrôle, je fus surpris de découvrir que nos billets étaient assignés pour la
section de première classe.
Pendant si longtemps, ç’avait été le
cas du « trop peu, trop tard ». Maintenant, j’avais de la difficulté
à m’adapter à « trop de choses, trop tôt ».
« C’est ainsi que ça va, John »,
m’expliqua Marla. « Occasionnellement le luxe, c’est bon pour l’esprit, le
corps et l’âme. Vous méritez de voyager en première classe. »
Nous nous sommes installés dans
l’avion et avons causé tranquillement alors que, dans le bourdonnement de
l’appareil, nous traversions les cieux. Contrairement à la section ordinaire,
les sièges de première classe sont toujours confortables et j’inclinai le mien
en arrière en jouissant de ce luxe de paix et de bien-être. J’ai trouvé que le
passage de l’état du désespoir au sein du luxe était une chose étonnamment
facile à faire.
Les problèmes de la semaine
prochaine devront attendre que la présente semaine soit terminée. Rien ne
viendrait ruiner cette fin de semaine. Bercé dans cet état d'euphorie, je dois
m’être endormi car la première chose que j’ai entendue c’est Marla qui
disait : « Nous devrions arriver bientôt. Qu’aimeriez-vous faire en
arrivant ? Préfèreriez-vous vous reposer un peu ou participer immédiatement à la vie des
îles ? Il reste quelques heures avant que Gédéon arrive. »
« J’anticipe une merveilleuse
fin de semaine, Marla », dis-je en m’étirant et en bâillant. « Ce que
nous faisons importe réellement peu. Avez-vous quelque chose de spécial à
l’esprit ? » J’étais un peu embarrassé d’avoir dormi.
« Non », dit-elle,
« juste faire ce que vous désirez me conviendrait. Je suis venu ici
plusieurs fois déjà. Rappelez-vous, je peux aller n’importe où, n’importe
quand. Mais voyager de cette façon procure parfois autant de plaisir. »
J’espérais qu’elle ne lisait pas dans
mon esprit à ce moment car je me suis surpris à penser à certaines choses
sensuelles que j’aimerais réellement faire. Elle me regarda et sourit comme si
elle avait entendu mes pensées. Nous nous sommes assis tranquilles puis je me
penchai vers elle et l’embrassai sur la joue. « Merci », dis-je,
« merci à vous deux de rendre tout cela possible. »
« N’en dites rien »,
dit-elle dans un murmure presque inaudible. « Je pense que c’est plutôt,
eh bien… voyons, spécial et approprié. Vous méritez toutes ces bonnes choses. »
Nous avons bientôt atterri sur une
île tropicale enchanteresse. Nous avons rapidement quitté les bureaux de
l’immigration et poursuivions notre chemin quand j’entendis des pas rapides
derrière nous et me retournai pour apercevoir un homme qui s’élançait vers nous
en faisant signe de ses mains. « Qui est-ce, Marla ? Il
semble nous connaître », dis-je en le désignant. Elle s’arrêta et regarda
en arrière quand l’homme arriva. Alors elle fit un sourire de reconnaissance et
dit : « Oh, c’est notre chauffeur. Il va nous conduire à
l’hôtel. »
Chapitre
huit
Là-bas quelque part
|
Q |
uelques
instants plus tard nous roulions dans une voiture bigarrée vers l’hôtel, à une
demi-heure environ plus loin. J’avais hâte d’aller à la plage et j’anticipais
avec impatience de profiter du soleil et de la mer. En fait, à la plage, la
plupart du temps, je préfère m’asseoir à l’ombre d’un grand arbre pour regarder
sans cesse l’horizon où l’océan et le ciel se rencontrent.
C’est près de la mer que j’entends
le murmure de l’univers, le chant des étoiles et les mélodies portée par le
vent. C’est toujours bon de revenir au bord de la mer, car c’est pour moi une
sorte de thérapie. Je jetai un regard à Marla qui, les yeux fermés, semblait se
détendre. Étrange, pensai-je. Nous venons de deux mondes totalement différents
– différentes perceptions, différentes émotions, différentes réalités… ou
est-ce le cas ? Gédéon et Marla ont des privilèges particuliers, très
au-dessus de l’ordinaire. Pourtant, parfois, il semble que nos mondes ont
beaucoup de traits en commun.
C’était comme si elle avait entendu
mes pensées, car en ouvrant les yeux elle dit : « Oui, nous
avons beaucoup de choses en commun avec votre monde, mais votre monde est aussi
mon monde. Dans l’un ou l’autre monde, le vôtre et le mien, il y a de très
fortes émotions et de grands sentiments. Pouvez-vous imaginer un monde où il
n’y aurait pas d’émotions ? »
Je répondis : « Peut-être
moins de violence, plus de paix, moins d’avidité, plus d’aide, moins de
douleur, plus de bonheur… »
« Et vous ne pensez pas que de
telles choses sont des émotions ? » Demanda-t-elle.
« Oui, d’une façon, mais
certaines ne sont-elles pas de mauvaises émotions ? »
« Bonnes ou mauvaises »,
répondit-elle, « les émotions sont des émotions. Le fleuve de la vie coule
entre deux rives. L’une est la rive de la prospérité, du bonheur, de la paix,
du plaisir et de toutes les choses positives. L’autre est la rive de la
tristesse, de la pauvreté, de la dépression, de la douleur, des blessures et de
toutes les choses négatives. Le problème n’est pas que l’on fonce sur ces rives
durant le voyage de la vie, mais que l’on
atterrisse et s’attache à l’une ou l’autre rive. La vie est un processus
toujours en mouvement, qui ne peut jamais s’arrêter. Il est connecté à la mer
de la tranquillité, aux océans de l’éternité et aux cieux de toujours. Elle
doit continuer de couler. Un moment sur l’une ou l’autre rive, c’est correct.
Toutefois, la stagnation ou des schèmes d’habitudes se développent si vous
passez votre vie attaché à une rive. Rappelez-vous, John, nous sommes tous en
voyage dans les champs de l’éternité. »
« Intéressant,
murmurai-je, mais il ne me semble jamais possible de m’imaginer
comment ne pas rester collé dans une situation. »
« Vous restez collé dans une
situation difficile quand vous vous efforcez d’en sortir. Si vous vous
inquiétez trop pour savoir comment une situation va se régler, si vous êtes
désespéré, si vous êtes rempli de peur, si vous essayez de vous en sortir de
force, vous y restez collé. »
« Ainsi ne pas s’inquiéter, ne
pas essayer de trouver une solution ? Est-ce ce que vous dîtes,
Marla ? Comment pourriez-vous ne pas vous inquiéter au milieu de la
tourmente ? Comment ne pourriez-vous pas être concernée par les
résultats ? Ce n’est pas si simple que ça. »
« C’est aussi simple que ça.
Vous n’avez pas à lutter pour faire fonctionner les choses. Créez le climat
dans lequel elles fonctionnent, puis sortez-en. Restez clame. Suivez votre
guide intérieur. Pas besoin de désespérer. La peur et l’inquiétude vont drainer
votre énergie et rendra difficile de vous détacher d’une situation qui vous
emprisonne. Laissez couler la vie. Passez de l’inquiétude au lâcher prise. »
« Oui ! C’est facile pour
vous de dire ça. »
« Faites-vous confiance, faites
confiance à votre Dieu, faites confiance à la procédure. »
Le chauffeur de la voiture essayait
de se faire oublier, mais en réalité il était attentif à écouter chaque parole que nous prononcions.
Il se retourna une seconde et avec un sourire malicieux nous annonça :
« Nous presqu’arrivés maintenant. Un aut’ couple de minut’, moi penser.
Vous aimer cet ‘place. »
En souriant, nous l’avons
remercié. Marla dit alors : « Ils nous attendent, aussi le contrôle ne
devrait pas être long. Nos chambres sont supposées être voisines, la vôtre au
milieu et celle de Gédéon et la mienne de chaque côté, toutes ont des balcons
qui communiquent. De cette façon, nous pourrons prendre notre dîner sur la
véranda tout en observant le passage des navires. »
Quelques minutes plus tard, nous étions dans la salle
d’attente d’un hôtel de luxe, enveloppés par un battement rythmé de tambours
métalliques. Pendant que nous nous inscrivions, le garçon d’hôtel tendit une
note à Marla. « Ça vient de Gédéon, dit-elle, il sera ici vers cinq
heures. »
Alors qu’on apportait nos bagages à
nos chambres respectives, Marla me dit qu’elle nous verrait, Gédéon et moi, sur
le balcon aux alentours du dîner dans quelques heures. Ça me semblait une bonne
idée et ça me donnerait la chance d’être seul et de relaxer pendant quelque
temps. J’aime énormément la compagnie, mais, de temps en temps, je ressens ce
besoin envahissant de solitude – pas de foule, pas d’amis bavards, personne, juste mon Dieu et moi-même.
La chambre était davantage une suite
qu’une chambre régulière d’hôtel et la vue de la plage et de l’océan était
spectaculaire. Pas de plages encombrées, juste une ou deux personnes longeant
le rivage ou se tenant sous un palmier. Je restai là debout pendant un bon
moment regardant par la partie vitrée qui me séparait du monde extérieur. La
scène était si paisible et tranquillisante que mon esprit voyageait à travers
la barrière de la mémoire jusqu’à un épisode pas tellement différent de
celui-ci.
C’était quelques années après la
mort de Mardai. Je m’affairais à essayer de gagner ma vie, d’élever mes enfants
et de faire les choses nécessaires qu’un « papa » doit faire, en
assumant tout le temps le rôle de martyr que je m’étais attribué. Depuis sa
mort, j’avais conclu que les relations devaient être évitées à tout prix.
J’étais accablé. Il m’apparaissait que tout ce que vous aimez, vous le perdez.
Je pensais en moi-même : personne ne pourrait jamais approcher, même de
loin, le lien qui nous unissait Mardai et moi. Peut-être que l’avoir perdue
était si douloureux que je ne voulais plus jamais expérimenter de nouveau un
tel chagrin. Il valait mieux de ne pas aimer ou de ne pas me lier avec une
autre. Les amis et la famille se demandaient si je ne m’impliquerais jamais
dans une autre relation.
Certes, il y eut quelques rencontres
intimes qui ont duré quelque temps, puis ont disparu ensuite pour toujours. Il
y eut cette riche et jeune demoiselle qui pensait que l’argent était la racine
de tout bonheur. Puis, cette belle hôtesse de l’air, suivie dans une rapide
succession par une charmante socialiste, une activiste des droits des femmes et
d’autres. Mais même si nous partagions beaucoup de buts communs exempts de
conflits, je ne suis jamais parvenu à un niveau de réconfort, jamais au
sentiment que je pourrais être totalement et vraiment moi-même. Ce n’est pas
que je ne prenais pas plaisir à ces relations, mais c’était plus comme des
navires qui passent durant la nuit – une caresse en passant.
Durant cette période j’avais prévu
assister à une conférence d’affaires dans un établissement de luxe très
semblable à celui où je me trouve maintenant. Ma chambre d’hôtel ressemblait
beaucoup à celle-ci, s’ouvrant sur un balcon et séparée seulement par une
fenêtre panoramique. Je m’étais aventuré dehors sur le balcon et je m’appuyai
sur la balustrade en regardant la mer. La beauté de la scène était si puissante
que, tout à fait distrait, je me mis à fredonner une vielle chanson.
Soudain, une voix à ma droite me dit : « Mélodie
intrigante. Quel en est le titre ? » C’était l’occupante de la
chambre voisine. Je ne l’avais pas remarquée et je me demandais depuis combien
de temps elle était là. Je regardai d’un air hébété cette Aphrodite tout
sourire et me demandais qui elle était et ce qu’elle faisait là.
« J’espère que ça ne vous dérange pas », continua-t-elle,
« je ne pouvais m’empêcher d’écouter – c’est un air merveilleux… quelque
chose qui vous incite à voyager au-delà de l’étoile la plus lointaine. »
« Vous ne me dérangez pas du
tout, répondis-je, ça s’appelle ‘Là-bas quelque part’. Écrit par un collègue
nommé Henry Herbert Knibbs dans ses ‘Chants des pays étrangers’. Je l’ai
toujours aimé. »
« Oh, en passant, je suis Kimberly.
Mon ami m’appelle Kim », dit-elle en guise d’introduction.
« Je suis John, répondis-je, content
de vous rencontrer, »
« Même chose pour moi, John »,
dit-elle et comme en arrière-pensée, elle poursuivit, « Connaissez-vous
les mots de cet air, un vers ou deux, peut-être ? »
« C’est plus de la poésie
qu’une chanson, dis-je. Voici quelques vers pour vous, si ma mémoire ne me
trompe pas. »
Je regardai vers la mer. Les vents
tièdes, le cri des mouettes, le balancement des palmiers, les voiles d’un
navire au loin et une femme merveilleuse ont fait revivre les paroles…
Je vais danser une sarabande d’ici
Jusqu’à Samarkand qui s’endort ;
Le
long de la mer, à travers le pays, les oiseaux
S’envolent vers le sud.
Et toi, ma douce Pénélope, là-bas quelque part
tu m’attends,
Avec
des boutons de roses dans tes cheveux et des
Baisers sur tes lèvres.
« Bien, je dois partir
maintenant, dit-elle, faites mes salutations à Knibbs. Je vous verrai là-bas
quelque part », dit-elle en me
saluant et regagna sa chambre.
Je restai là un bon moment en buvant
le son des vagues alors que le rythme de la mélodie de « …et toi ma douce Pénélope, là-bas quelque
part tu m’attends, » me transportait au loin.
Je me souviens de cet incident en
détail et je rejoue une fois encore cet enregistrement dans ma tête en
attendant que le dîner arrive. Je regardai ma montre. Juste une heure encore ou
à peu près.
Je fermai les yeux et retournai à
l’événement dans ma mémoire et pressai le bouton « rejouer ». Je me
souvenais très bien avoir quitté le balcon et être parti en promenade sur la
plage. Des rangées de lauriers-roses mêlés à des frangipanes bordaient le
chemin et parfumaient l’air d’une odeur de jasmin. Finalement, je me suis
retrouvé sous un palmier en face de l’océan puissant, où chacun, comme dans un
miroir, se voit lui-même. D’autres vers de Knibbs surgirent dans mon esprit…
Toutes les montagnes se sont
cachées sous la brume ;
La vallée ressemble à une améthyste ;
Les
feuilles du peuplier se retournent et se tordent ;
Oh, couleur d’argent, d’argent vert !
Là-bas
quelque part au bord de l’océan un
navire
Attend patiemment,
Alors
que sur la plage l’écume blanche vient s’échouer.
Un faible froufrou me fit me
retourner pour voir Kim qui venait vers moi. Sous le ciel étoilé, c’était la
vision d’un ange venu sur terre. Le vent agitait ses cheveux et les rivières de
lumière qui dansaient sur l’eau s’ajoutaient pour créer une vision qu’auraient
enviée les dieux de l’Olympe. « Salut, de nouveau, John », dit-elle
en s’approchant, « nous étions dus pour une rencontre comme celle-ci, vous
savez. Vous attendez votre Pénélope ? Quoi d’autre pourrait avoir à dire
M. Knibbs ? »
Les mots coulaient avec une telle
intensité, comme si Henry Herbert Kribbs lui-même les récitait…
Il n’y a aucune Pénélope quelque part
Qui soupire tant après moi,
Mais
je peux sentir la mer qui frappe et
Entendre le bourdonnement du gréage,
Et
je peux entendre les lèvres murmurantes qui
Volent devant les navires en partance
Et
je peux entendre les vagues déferlantes sur le sable
Me crier : « Viens ! »
« Ça vous touche profondément,
n’est-ce pas ? Dit-elle, ça vous fait désirer seulement de vous lever et
de partir. J’aime la poésie qui parle du désir de l’aventure. »
« Moi aussi »,
répondis-je.
Nous regardions fixement le ressac.
Lorsqu’elle demanda : « Voulez-vous m’accompagner ? Juste une
promenade sur la plage. »
« J’aimerais bien »,
dis-je en partant. Puis je lui demandai : « Resterez-vous
longtemps ici ? »
« Encore un jour à peu près. Et
vous ? »
« Quelques jours encore puis je
partirai de nouveau », répondis-je.
Nous avons marché pendant quelques
minutes puis nous nous sommes assis sur le sable en regardant la marée montante.
Il y a des moments où les mots sont tout à fait inadéquats pour décrire un
instant, des temps où la meilleure chose à dire c’est de ne rien dire. C’était
comme si la première personne qui parlerait pouvait briser l’envoûtement
magique. C’était le cas, alors que nous étions assis sur la plage ce soir-là
disant à peine un mot. Finalement, ce fut l’heure de retourner à l’hôtel. Je me
levai, en essuyant le sable alors qu’elle tendait ses bras pour que je l’aide à
se lever.
« Ce soir », dis-je sur un
ton railleur, « Henry Herbert Knibbs était là-bas quelque part »,
alors que je la levais sans faire d’effort en l’approchant de moi. Elle me
regarda dans les yeux, sourit et tint ma main un moment. Tendrement, je passai
mes doigts dans ses cheveux dorés, attirai son visage un peu plus près alors
que ses lèvres à demi ouvertes rejoignaient les miennes. Et là-bas quelque part
sur une plage étrangère la pleine lune apparut de derrière les nuages.
Il y a des secondes où l’éternité se
condense dans un instant, quand un instant traverse l’éternité pour gagner des
univers glorieux. Il y a des moments dont vous voudriez congeler les sentiments
en des cubes de glace émotionnels pour les dégeler et les goûter dans des temps
futurs. Le baiser, passionné et tendre à la fois, traversa tout mon être me
laissant sans souffle, pris entre le temps et l’espace dans une aura de lumière
et de ténèbres, entre deux réalités. Telle était le mystère de cette femme
énigmatique que je tenais dans mes bras.
Toujours très lentement elle se
retira jusqu’à ce que je puisse voir son visage dans les faibles lumières du
soir. Le vent souffla un peu plus fort et un léger froid remplit l’air alors
que je lui souriais et murmurais : « C’était merveilleux. »
Nous restions debout, nous
enveloppant de nos bras, et regardions tranquillement l’océan. Voici encore une
chance de faire de ce moment quelque chose de plus permanent. Je savais que je
voulais la ramener à l’hôtel ou, peut-être rester simplement avec elle sur la
plage le restant de la nuit. Mais une fois encore, juste comme les autres fois
avant, j’ai senti le besoin de continuer mon chemin. Tout exquis qu’avait été
le moment, ce n’était que le passage des navires dans la nuit.
« À quoi
pensez-vous ? » demandai-je
« C’était agréable… réellement
agréable », répondit-elle.
« C’est étrange comment les choses
arrivent, n’est-ce pas ? » Dis-je.
« Oui », répondit-elle, et
puis elle ajouta : « Vous savez, de temps en temps où que je serai,
je me demanderai si vous avez enfin trouvé votre Pénélope là-bas quelque part.
Des navires passant dans la nuit. Bonne nuit, John, Joyeux voyages. »
Elle se retourna et se dirigea
lentement vers l’hôtel. Je ne l’ai pas suivie, mais restai là observant sa démarche alors qu’elle
s’éloignait toujours, Avant de disparaître derrière une petite crête, elle regarda
en arrière, m’envoya un baiser et disparut. Je ne l’ai jamais revue. Nous ne
savions rien l’un de l’autre – le genre de travail que nous faisions, d’où
chacun venait, quels étaient nos goûts et nos dégoûts, seulement ce fait que,
pendant un court moment d’intimité, deux âmes se sont rencontrées dans un
voyage dans les champs de l’éternité.
La sonnerie du téléphone mit fin à
ma rêverie et me ramena au présent. C’était Marla qui m’annonçait l’arrivée de
Gédéon et notre rencontre au restaurant plutôt que sur le balcon dans cinq
minutes à peu près.
Chapitre
neuf
Toutes de bonnes choses
|
J |
e
mis mes espadrilles et en dedans d’une minute je pris l’ascenseur pour
descendre à la salle d’attente. La vie dans les îles est si informelle que je
me sentais totalement chez moi, Le restaurant était sur l’autre côté de la rue,
à une petite distance de l’hôtel. Il était bâti pour que ceux qui occupaient
les meilleures places jouissent d’une vue libre sur l’océan.
À présent, il commençait à faire
noir, cette étrange noirceur qui descend soudainement sous les tropiques, qui vous
faisait penser qu’on avait tiré un rideau entre le soleil et la terre. Mais ce
soir c’était la pleine lune, tout comme cette fois il y a bien des années où j’étais
avec Kimberly. Elle paraît toujours briller davantage quand je suis loin de
chez moi – une perception uniquement personnelle. Ça me fit prendre conscience
que je pensais encore à Kimberly en entrant au restaurant. Gédéon et Marla
étaient déjà arrivés et après m’avoir salué, le maître d’hôtel nous a conduits
à une table devant une grande fenêtre. Elle nous procurait une vue panoramique
de l’océan. Sous la pâle lumière de la lune, les vagues semblaient danser au
rythme de la musique du vent.
« Vous avez choisi une place
magnifique », dis-je
« On voulait seulement que vous
profitiez du meilleur », reprit Gédéon
« Romantique, n’est-ce
pas ? » dit Marla.
« Particulièrement romantique,
repris-je. En fait, plus tôt aujourd’hui je me suis rappelé une situation
romantique. »
« C’est intéressant, jeta
Gédéon, c’est un secteur que vous n’avez presque jamais discuté. Je
présume que vous avez toujours pensé que c’était quelque chose que vous pouviez
régler vous-même ou trop intime pour en discuter avec d’autres. Aussi,
évidemment, nous ne l’avons jamais
abordé. À quoi pensiez-vous, si ça ne vous importune pas ? »
« Oh, pas tellement », Je
commençais à parler quand un garçon apparut.
« C’est bon de vous revoir,
monsieur », le garçon s’adressait à Gédéon. « Vous nous avez manqué. »
« J’ai été passablement occupé
ces derniers mois, Jarvis, mais je promets de vous visiter plus souvent, »
« C’est magnifique, monsieur »,
dit Jarvis en souriant. « Quand voulez-vous qu’on serve votre dîner,
monsieur ? »
« Oh, dans environ dix minutes,
ce serait bien », dit Gédéon, et, se tournant vers moi il poursuivit,
« j’espère que vous n’y voyez pas d’inconvénient, j’ai commandé plus tôt
pour que ce soit prêt quand nous serions là. Je leur ai demandé de préparer
votre plat favori, John. Juste une surprise spéciale pour vous.» Jarvis
sourit et partit.
« Maintenant, John, continua
Gédéon, vous nous parliez d’une situation romantique. Était-ce avec
Kimberly ou avec Cindy ? »
J’étais étonné. « Vous êtes au
courant ? Je n’en ai jamais parlé à personne. C’était Kimberly. Je ne
pensais pas que vous vous immisciez dans de tels sujets intimes. »
« Dieux du ciel !
Non ! John, pas en détail. Nous avons une idée générale, toutefois, sur le
cours de votre vie. Nous avons encore la mission de vous aider, vous savez. »
« Mais parmi toutes les
personnes, comment avez-vous deviné que c’était Kimberly ou Cindy ? Ça
aurait pu être n’importe qui d’autre. J’ai toujours su que vous et Marla
connaissez beaucoup de choses par des moyens avec lesquels je ne suis pas
familier, même vaguement. Mais ceci ? »
« Vous vous demandiez pourquoi
vous et Kim avez pris des chemins différents quand il était tout à fait
possible d’en arriver à vous mieux connaître l’un l’autre. Vous aviez envoyé la
question dans tout le cosmos. Les gens ne lisent réellement pas l’esprit des
personnes. Ils se branchent sur des formes d’énergie qui sont envoyées tout
autour de l’endroit. »
« Jamais en reste quant à une
bonne explication, eh Gédéon ? De toute façon, je pensais à Kim.
Dîtes-moi comment vous… »
« Pas nécessaire de me dire
quoi que ce soit à ce sujet », me dit-il en m’interrompant, « fermez
seulement les yeux et voyez-vous dans la situation pendant quelques secondes et
tous les deux, Marla et moi, allons avoir l’information dont nous avons besoin
pour faire nos commentaires sur le problème, s’il y en a un. »
« Oui, ajouta Marla, c’est
beaucoup plus facile de cette manière de recevoir l’information. De beaucoup
meilleure que des explications verbales. Les mots ont tellement de sens
différents et ils sont presque toujours imprécis. Essayez-le. Fermez vos yeux
et voyez-vous avec Kimberly. »
« Étrange, murmurai-je, mais
c’est parti ». Je fermai les yeux et imaginai la plage où Kimberly et moi
avons passé quelques moments durant la soirée, il y a bien longtemps. J’étais
étonné de la facilité avec laquelle je me rappelai la scène de façon si
vivante. Je pouvais la voir assise là sur la plage près de moi et l’entendre me
questionner sur Knibbs quand la voix de Gédéon éclata : « Voici le
dîner maintenant, » dit-il alors que Jarvis revenait.
« Ça faisait juste commencer à
être intéressant, Gédéon », dis-je en riant.
« Nous avons eu l’image, John »,
dit Marla en souriant. « Nous allons y revenir aussitôt que le dîner sera
servi. »
Gédéon savait exactement ce que
j’aimerais pour le dîner. Il y avait différents fruits de mer apprêtés au cari
et de l’arapatma servi avec un rôti. Des hors-d’œuvre de chutneys, de samosas
et de bhajees de l’île qui rehaussaient le riz biryani fumant. Au centre de la
table, Jarvis plaça un bol plein de fruits succulents : des guavas, des
mangues, des sapodillas et des papayes.
« Savourez votre dîner »,
dit Jarvis en quittant.
« Tout cela paraît bon »,
dis-je en commentaire, « le café a une arôme céleste. Merci, Gédéon, c’est
vraiment une surprise. »
« Vous et votre café »,
fit remarquer Gédéon, « il provient des Montagnes bleues de la
Jamaïque. Maintenant voyons », continua-t-il en mordant dans un morceau de
pain, « ce n’est pas que vous n’avez pas aimé la compagnie de Kimberly.
Vous l’avez certes aimée et je suis sûr qu’elle appréciait la vôtre, aussi. Le
vrai problème était votre peur – peur de ce qu’une relation pouvait provoquer
chez vous. Vous évaluez tellement haut votre liberté d’être vous-même que tout
ce qui semble la menacer est rapidement évité. C’est la manière dont vous
réagissez aux situations de relation intime. Ce n’est ni bon ni mauvais. »
« Ainsi c’est tout ce qu’il y
a. En clair, je suis juste effrayé à l’idée d’avoir une relation intime avec
quelqu’un ? »
« Jusqu’à un certain degré,
John, répondit-il. Mais ce n’est pas toujours aussi simple que cela. Vous
avez dit à certains de vos proches associés que l’un des grands bénéfices de
votre travail c’est que vous avez la chance de dire ‘Bonjour’ et de continuer
votre chemin. Une partie de vous aime réellement voyager et de rester libre
comme le vent. Souvent vous êtes seul ; rarement êtes-vous solitaire. Ça
été votre choix fondamental. »
« Ce que nous essayons de vous
dire, John », ajouta Marla, « c’est que c’est OK d’avoir une
relation. C’est aussi OK de ne pas avoir de relation. En avoir ou pas, c’est
bien. Une relation entre deux personnes dépend réellement de vous et pas de
l’autre personne. Les relations, établies ou pas établies, significatives ou
non significatives, ne font que refléter ce que vous êtes. Prenez plaisir à vos
relations ; ne les analysez pas jusqu’à la mort. Même une relation fugace,
comme celle avec Kimberly, crée de l’excitation. »
Après une courte pause, je regardai
Marla et lui demandai : « N’avez-vous jamais eu une relation
sérieuse, une qui soit significative ? Ou bien est-ce que Gédéon et les
autres comme vous n’avez pas besoin de relations intimes ? Dîtes-moi,
aimez-vous comme nous ? »
D’abord elle se mit à rire, mais ses
efforts pour rester calme la firent tousser. Plutôt que de montrer de
l’inquiétude, Gédéon partit d’un rire hystérique. Marla fit de même au point
que les larmes leur en coulèrent des yeux.
En reprenant sa respiration Gédéon
s’écria : « Parlez-lui, Marla, parlez-lui du temps où vous avez
quitté votre emploi pour rejoindre l’agent de change dans la Grande Cité. Ou,
quand vous vous êtes presque enfuie avec le chanteur errant. »
« Non, non, protesta-t-elle, Vous,
parlez-nous de la fille du paysan qui vivait sur les rives du Yangtze Kiang.
Dîtes-nous comment vous vouliez oublier votre vie d’apprentissage, juste par
amour pour elle ? Ou la princesse grecque que vous avez rencontrée dans
une croisière dans les mers du sud de la Chine. Vous vous rappelez,
Gédéon ? Vous vouliez avoir une permission pour vous absenter. Ça vous a
pris du temps à l’obtenir. »
« Quoi ! Vous devez traiter
avec de tels problèmes, aussi ? Je pensais que vous étiez bien au-delà de
telles émotions des mortels. Je ne peux pas imaginer Marla s’installer quelque
part, élever une famille et embrasser la vie domestique. Et Gédéon »,
continuai-je dans une ‘sainte horreur’, « je ne peux certes pas me
représenter que vous assistez à des jeux ou à des récitals de danse. »
« En réalité, nous ne sommes
réellement pas très différents de vous, John, répondit-il. Nous
ressentons les mêmes émotions que vous. Nous sommes aussi humains que vous et
aussi divins que vous, car nous provenons tous de la même source. Nous sommes
tous créés à l’image de l’Infini. Nous sommes ce que vous deviendrez. »
« La différence, ajouta
Marla, c’est que nous avons appris à traiter avec nos émotions au
lieu d’être contrôlés par elles. Oh oui, une fois ou l’autre nous nous sommes
fourvoyés, mais qui ne l’a pas été ? De plus nous sommes plus portés à
chercher des conseils qui sont toujours là – à demander de l’aide quand nous
sommes troublés. Vous pouvez faire de même. Demandez, cherchez, frappez. Il y a
une aide toujours disponible. Branchez-vous à la source. Vous auriez dû voir
Gédéon quand il voulait marier la princesse grecque. Il était prêt à quitter
les Entreprises G & M, abandonner tous ses privilèges pour l’amour d’une
femme. »
« Et, vous n’auriez pas cru que
Marla voulait renoncer à tout ce qu’elle avait de plus cher pour faire sa vie
avec un musicien itinérant. Vous auriez dû la voir alors. Elle voulait tout abandonner
pour l’amour d’un homme. »
«Ainsi, était-ce mal ? »
demandai-je. « Ne méritez-vous pas le bonheur peu importe la façon
dont vous faites votre choix ? »
« Évidemment, ce n’était pas
mal, reprit Gédéon. Ce n’est pas une question de bien ou de mal. C’est
rarement le cas. C’était juste que j’étais obsédé par les plaisirs apparents du
moment et pensais que ça durerait toujours. J’avais presque oublié ma mission
et pourquoi j’étais ici. La même chose est vraie pour Marla. Nous avons discuté
de la situation et de nos sentiments enfin. Le Chef nous a aidés chaque fois.
Nous avons grandi au cours de ces expériences et je soupçonne même qu’il y en
aura d’autres, semblables. »
« N’est-ce pas malheureux que
toutes les bonnes choses ne durent pas ? » Demandai-je. « Ma vie
avec Mardai, par exemple, s’est envolée comme de l’air, ma famille, mes amis
ont disparu ; de nouvelles relations se sont développées alors que les
autres s’en allaient. Une Kimberly apparaît pendant une soirée, une usine
d’énergie, de passion et de joie. Ici pendant un moment, partie au suivant et toutes
bonnes choses ont une fin. »
« C’est la loi du changement,
John, dit Gédéon, toute croissance consiste en changements. Pas de
changement, pas de croissance, seulement de la stagnation. Chaque chose passe.
Et Non ! Toutes bonnes choses ne doivent pas avoir de fin. Toutes bonnes choses
peuvent devenir meilleures. Où il y a du ‘bon’ il y a du ‘mieux’ et où il y a
du ‘mieux’ il y a encore le ‘meilleur’. Toutes les bonnes choses continuent seulement si elles changent. Vous
saurez cela quand vous connaîtrez le seul grand secret de l’univers. »
Après une légère pause, Gédéon prit
une gorgée de son café et poursuivit, « La vie est éternelle. Elle coule à
travers le temps et l’espace, parfois lentement, en d’autres temps plus vite
selon votre perception du temps. C’est un voyage, pas une destination. La vie
n’est pas la chandelle ni la flamme. Elle
est le feu. »
« Et il y en aura d’autres
comme Kimberly, d’autres temps et d’autres places d’aventure et d’espoir »,
ajouta Marla. Vous rencontrerez des parties de votre âme partout où vous irez.
Et chaque courbe de la rivière est une indication que la vie coule
éternellement. »
Comme j’étais assis avec ces deux amis
spéciaux, je trouvais encore dur de croire que même des âmes si avancées comme
eux doivent encore faire face à des choix émotionnels – douleurs et plaisirs éternels
de la vie. Le voyage ne finit jamais.
Alors que, sans nous presser, nous
retournions vers l’hôtel, l’écho des vagues qui frappaient en cadence les
rochers de l’île envoyèrent un flot guérisseur dans les fleuves de mon esprit.
Oui, ce sont toutes de bonnes choses…
Chapitre dix
« Pour chaque chose,
il y a une saison et un
temps… »
|
N |
ous
avons tous les trois passé le jour suivant à jouir de la musique de l’orchestre
Calypso et à nous étendre sur la plage. Le soleil se couchait à l’horizon et le
soir n’était pas loin, aussi je me suis rendu jusqu’à un groupe de cocotiers.
C’était un paradis tout trouvé pour faire des rêves éveillés et j’en ai
pleinement profité. J’ai rêvé que je parcourais le monde, arrêtant ici pour
voir les fjords de la Norvège tout en observant avec joie le Pays du Soleil de
minuit, me promenant près des jardins suspendus de Babylone ou faisant voile
vers le fleuve Potaro pour voir les puissantes Chutes Kaieteur de la Guyane. Je
me serais probablement laissé aller au sommeil, si la pensée ne m’était pas
venue qu’il ne nous restait que quelques heures avant de prendre l’avion pour
revenir à la maison. Les quelques personnes sur la plage étaient déjà parties.
Puisque nous restions les seuls tous les trois, Gédéon et Marla sont venus
s’asseoir avec moi sous les feuilles des cocotiers. Il ne restait que nous
trois. « Dans quelques heures nous devons partir », dit Gédéon, en
nous ramenant à la réalité.
« Déjà de retour au monde
réel…non ? » Murmurai-je.
« Ceci est le monde réel, John,
reprit Marla, où que vous soyez vous êtes dans le monde réel. Certaines
gens appelleraient ceci une illusion au lieu de la réalité. Qu’est-ce que ça
change en réalité ? Une rose nommée autrement… »
Gédéon se leva et annonça :
« Je pars. Je vous revois tous les deux dans une heure. »
« Nous y serons », dit
Marla alors que Gédéon secoua un peu de sable de ses mains et se dirigea vers
l’hôtel.
« Vous ne ressemblez pas à quelqu’un
qui doit partit, Marla », dis-je.
« Nous avons encore du temps, donc
pas de presse », répondit-elle.
« Vous savez, Marla »,
dis-je en me tournant vers elle, » je ne peux pas croire que vous vous
êtes commise avec un agent de change et un musicien. »
« Pourquoi ? Demanda-t-elle,
me croyez-vous incapable d’avoir des aventures émotionnelles ? »
« Non, pas incapable,
repris-je, mais juste au-dessus de ces sentiments. Peut-être, un peu
distante, traitant les émotions du bout des doigts. Encore plus surprenant, que
faisiez-vous en compagnie de simples mortels ? »
« Eh bien, vous et moi sommes
semblables à certains points de vue, alors … », répondit-elle d’un
ton plutôt vif.
« Que voulez-vous
dire ? » Demandai-je.
« N’avez-vous pas remarqué
qu’il y a beaucoup d’amis et d’associés qui pensent que vous êtes au-dessus de
ces sentiments aussi ? Ne paraissez-vous pas distant de ceux qui
voudraient réellement se rapprocher de vous ? » Elle avait une façon
de répondre aux questions par d’autres questions.
« Je ne suis pas au-dessus
d’eux », protestai-je. « Je peux blesser de façon aussi atroce que
quiconque, monter au sommet de l’extase, descendre aux profondeurs du
désespoir. Je peux être aussi heureux ou aussi misérable que n’importe qui. »
« Eh bien, moi aussi, John,
répondit-elle, moi aussi. Et quant à m’impliquer avec de simples mortels, je le
suis ici avec vous maintenant. N’êtes-vous pas un simple mortel ? Si c’est
votre façon de raisonner, qu’est-ce que je fais ici avec vous ? »
Pendant un moment je suis resté
déconcerté. Je ne me suis jamais considéré comme un simple mortel. J’ai
toujours pensé qu’il y avait plus dans chaque être sur terre, plus que ce que
nous réalisons. « Non, Marla, objectai-je, je ne suis pas qu’un
mortel. Je suis un citoyen de l’univers, un enfant de l’Infini. Je vaux autant
que vous et Gédéon. Je peux, en ce moment, habiter un corps mortel mais mon
esprit est libre de voyager dans le cosmos. »
« Alors vous avez répondu à
votre propre question, John », répondit Marla dans un sourire subtil et
malicieux. « L’agent de change et le musicien n’étaient pas de simples mortels.
Ils étaient comme nous sommes. Et oui, j’ai des émotions et, comme vous, j’ai
des difficultés à négocier avec elles, parfois. Nous – vous, moi, Gédéon et
tous les autres- provenons de la même Source. Certes, nous sommes uniques, mais
nous avons beaucoup plus en commun que des différences. Et les différences sont
en fait celles de notre conscience. Votre degré d’illumination est directement
proportionnel à votre degré de la conscience de ce que vous êtes.
Naturellement, un esprit ouvert et curieux est un prérequis. »
« Mais, Marla »,
insistai-je », si vous étiez amoureux d’un troubadour ambulant, il devait
y avoir chez lui quelque choses de très attirant. Était-il grand, noir,
beau ? Et l’agent de change ? Était-il à la tête de sa
compagnie ? Était-il riche ? Vous et Gédéon ne m’avez jamais semblé
avoir besoin de choses matérielles. Je veux dire, Marla, qu’est-ce qui vous
attirait chez eux ? »
« Si vous faites allusion à
leurs qualités physiques, John, ce n’était pas la raison. Les attributs
physiques changent. Une beauté aujourd’hui peut n’être pas une beauté demain. Il
y a quelque chose de plus important que les caractéristiques physiques. C’est
quelque chose qui tient de l’esprit. Ça vient du plus profond de l’être,
c’est une expression qui jette dans l’ombre toute autre chose. C’est une
attraction de l’âme, cette partie invisible de vous qui a toujours existé et
qui existera toujours. C’est ce qui ressortait chez Peter, l’agent de change et
chez Carlos, le ménestrel. Leur esprit rayonnait tant de lumière que j’étais
attirée par la beauté de leur âme. » Marla se tint tranquille pendant
quelques moments alors que nous étions assis là, côte à côte, en regardant la
mer.
Pour rompre le silence, je
dis : « Je vois. Vous impliquez dans votre expérience, ceux qui
vous ressemblent. Alors c’est l’objet des choix. Il n’y avait rien de mauvais
dans votre désir de vivre avec eux. Alors pourquoi avez-vous abandonné tout
cela ? »
Elle se pencha vers moi et répondit
d’une voix si douce que c’était presque un murmure : « C’était une
situation de…voyons…’navires passant durant la nuit’. Quelque chose de
semblable à vous et à Kimberly. Je devais savoir qu’il était temps de continuer
mon chemin. Pour certains d’entre nous il y a une relation qui dure une
éternité. Pour d’autres, les relations ne peuvent durer qu’un peu de temps.
Chacun fait un choix. Chacun ou chacune de nous choisit sa propre destinée. Je
devais partir. J’avais du travail à accomplir et des mondes à voir. »
« Je pense que c’est comme
toutes choses, dis-je. Trop se concentrer sur une vue limitée et trop
longtemps vous met dans le trouble. Ne pas se concentrer du tout, avec les
désirs qui vous empoignent, vous met également dans le trouble. Le vieil adage
‘la modération en tout’ ou le désir d’équilibre, n’est-ce pas ? »
« Jusqu’à un certain degré,
oui, répondit-elle. Mais il y a d’autres facteurs en jeu. Quand nous
apprenons le seul secret de l’univers nous commençons à nous trouver nous-mêmes
et, ce faisant, nous commençons à comprendre, à accepter et à vivre des vies plus
accomplies et plus heureuses. »
« De temps à autre, cependant,
pensez-vous à Carlos ou à Peter ? Ne vous manquent-ils pas ou vous
demandez-vous quelle aurait été votre vie si vous aviez décidé de rester avec
eux ? »
« Elle reprit vivement : « Pensez-vous
à Kimberly de temps en temps ? Et vous demandez-vous quelle aurait été
votre vie si les deux vous aviez décidé de poursuivre une
relation ? »
« Oui, j’y pense. Mais ces
pensées n’occupent pas tout mon temps d’éveil. Parfois je ferme les yeux et je
la vois sur cette plage. Parfois la vision est si forte et si claire que je
peux même la sentir dans mes bras et goûter ses lèvres contre les miennes. Il y
eut une étincelle électrique lors de notre rencontre. Je pense qu’elle se
reproduit tout le temps. » Je regardai ma montre et vis que le temps de
partir était arrivé.
« Quand nous examinons le choix
des autres, nous voyons parfois une réflexion des nôtres », dit-elle en
commençant à se lever. « C’est le temps de partir. »
« Ce fut une fin de semaine
magnifique, Marla », repris-je, et comme je me levais, elle étendit ses
bras vers moi pour que je l’aide à se lever. Je les saisis et lentement je
l’attirai dans mes bras. Il faisait presque noir et devant moi le visage de Kimberly
clignotait. Je tenais Marla près de moi et passai mes doigts dans ses cheveux.
Elle sourit et soudain, sans même le vouloir, j’attirai gentiment son visage du
mien et l’embrassai doucement sur les lèvres. Ses lèvres s’ouvrirent et pendant
un long moment, nous restions là, enveloppés dans un éclair de joie aveuglant.
« Là ! » dit-elle en
se retirant lentement, « c’était fantastique. Où avez-vous appris à
faire ça ? »
Je savais qu’elle n’était pas
troublée par ce qui était arrivé. En fait, je sentais qu’elle le savait
d’avance. « Vous ne vouliez pas réellement dire ça, Marla, dis-je, je
me suis juste laissé emporter ».
« Ne soyez pas stupide, John.
C’était merveilleux. Au bon moment, au bon endroit, les vrais sentiments. Un
temps et un endroit pour chaque chose, vous savez. » Elle hésita une seconde
puis ajouta, « Vous semblez un peu troublé. Je pensais que vous en
jouissiez aussi ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Évidemment, j’ai aimé ça.
Mais c’est juste que vous êtes, hé bien… vous savez… c’est que vous
êtes… »
« Elle m’interrompit,
« C’est juste que je suis Marla,
c’est ça ? »
« C’est ça, Marla. C’est juste
ça. Si vous étiez une… »
De nouveau elle finit ma
pensée, « … une personne ordinaire. Vous alliez dire que si j’étais
une personne ordinaire, ça aurait été magnifique, » Elle prit ma main et
se mit en marche vers l’hôtel. « Si j’étais une personne avec laquelle
vous vous sentiez à l’aise à tous les niveaux, vous auriez pensé que c’était
bien. Exact ? »
« Dans un sens, vous avez raison,
Marla. Vous êtes une personne si spéciale. Vous semblez posséder des habiletés
surhumaines. Vous êtes si belle, si profonde et si compréhensive. J’ai
seulement pensé que vous n’étiez pas à ma portée et, pourtant, j’ai pris une
chance que vous n’en seriez pas offensée. »
Marla tenait encore ma main,
s’arrêta, se retourna, me regarda et sourit. » Vous devez apprendre que
chacun est spécial et chacun est ordinaire. Autrefois, un Guru avait maîtrisé
tous les problèmes et tous les défis que lui présentait
« Pour moi, ça sonne comme un
paradoxe, dis-je. En tout cas, j’ai réellement aimé nos quelques moments
ensemble. Et ne vous inquiétez pas. Je sais qu’un baiser ne crée pas une
relation. Mais, bonté divine, Marla, c’était fantastique ! »
« Je sais »,
répondit-elle, et avant de savoir ce qui arrivait, nous nous sommes unis dans un
autre long et tendre baiser. Il se termina seulement trop vite. Elle se mit à
rire en disant : « Et deux baisers ne crée pas d’engagement. »
Nous avons continué à marcher vers
l’hôtel. Après avoir vite fait nos bagages nous étions prêts à quitter cette
île – cette île des révélations. Quelle serait la réaction de Gédéon quand il
saura ce qui s’était produit entre moi et Marla ?
« Gédéon sait et comprend
beaucoup plus que ce que vous pourriez imaginer. Ne passez pas votre temps à
analyser ces choses, John. ». Une fois encore, elle savait ce que je pensais.
« Tellement de gens espèrent et
prient qu’un jour ils rencontreront le bon partenaire. Ils passent toute leur
vie sans que jamais cela n’arrive. Pourquoi est-ce ainsi, Marla ? »
« C’est simple, répondit-elle,
N’essayez pas de rencontrer la bonne personne. Soyez juste la bonne
personne et vous verrez que la bonne personne entrera dans votre réalité. ’Le
semblable attire le semblable’, vous savez.
C’est une loi immuable. Soyez à votre meilleur à chaque moment de votre vie. Laissez votre
véritable essence couler dans votre être tout entier. Quand le message et le
messager sont un, vous trouverez que vous avez transcendé, vous serez devenu si
spécial que vous êtes maintenant ordinaire. Et, évidemment, vous devez croire
que vous méritez toutes bonnes choses. Ne soyez pas victime de la culpabilité.
Le seul message que vous donne la culpabilité c’est ‘Vous êtes indigne, vous
êtes indigne’. Faites-y attention. »
À ce moment nous étions arrivés à
l’hôtel. J’ai eu le besoin de poser à Marla une question très importante, mais
j’avais peur de la réponse. Puis, une fois encore, elle avait la réponse avant
que je puisse poser la question.
« Ce qui s’est produit là »,
dit-elle, en désignant la plage, « c’était quelque chose qui est arrivé
entre deux très bons amis. C’était spontané et le bon temps et le bon endroit.
Pas de culpabilité, pas de regrets. Pas de message à tirer de cela. Cela
se reproduira-t-il de nouveau ? Dans ce monde merveilleux de possibilités infinies,
qui sait ce qui pourrait arriver quand nous voyageons sur le chemin qui ne
finit jamais ? Entrons dans la vie et dans ce que nous devons faire. C’est
en réalité une aventure magnifique. »
Nous nous sommes entendus pour nous
rencontrer dans une demi-heure environ pour retourner à l’aéroport. Je montai à
ma chambre et en faisant mes bagages, je me surpris à fredonner un air sur les
paroles envoûtantes de Henry Herbert Knibbs :
Il
n’y a aucune Pénélope quelque part
Qui soupire tant après moi,
Mais
je peux sentir la mer qui frappe et
Entendre le bourdonnement du gréage,
Et
je peux entendre les lèvres murmurantes qui
Volent devant les navires qui sortent
Et
je peux entendre les vagues déferlantes sur le sable
Me crier : « Viens ! »
Et pourtant, ce n’était pas un air triste, mais un
air de joie pour une découverte. Une partie de moi semble savoir sans le plus
petit doute que Marla a eu du plaisir dans ces quelques moments d’intimité.
Mais en même temps, elle a pris suffisamment soin de partager quelques simples
vérités sur les relations réussies. Une autre partie de moi aimerait qu’elle
continue de partager de simples vérités de la façon qu’elle l’a faite sur la
plage. Peut-être, pourrait-elle même en arriver à des vérités encore plus
complexes. Mais chaque chose en son temps. Les mots du livre de l’Ecclésiaste
me vinrent à l’esprit lorsque je pris mes bagages et me rendis à la salle
d’attente :
Pour chaque chose il y a une saison et un temps
Pour chaque but sous le ciel :
Un
temps pour naître, et un temps pour mourir ;
Un temps pour planter, et un temps pour
moissonner
Ce qu’on a planté ;
Un
temps pour pleurer, et un temps pour rire…
Un temps pour aimer et un
temps…
Chapitre
onze
L’Ange aux ailes d’or
|
L |
es
longs jours paresseux de l’été s’écoulaient toujours très lentement vers
l’automne. La courte vacance dans l’île semblait très loin de la réalité
d’aujourd’hui. Je n’avais pas vu Marla et Gédéon entre temps et j’étais occupé
à de nombreux projets, travaillant contre l’approche des échéances. Il y avait
aussi des piles énormes de correspondances auxquelles il me fallait répondre.
Marla et Gédéon me manquaient et je
désirais qu’on ait le moyen de rester en contact de façon plus régulière. Même
s’ils montraient un degré d’illumination au-dessus de ma compréhension et
semblaient posséder des habiletés et des talents qui dépassaient de loin mon
entendement, je m’étais mis à croire qu’ils étaient juste deux merveilleux et
extraordinaires amis qui m’étaient totalement familiers. C’est ainsi que ça
semblait se passer. Nous sommes une réflexion de ceux avec qui nous sommes
associés. Courez avec les chacals et vous assumerez le style de vie et la façon
de penser des chacals. Associez-vous avec les lions et vous
reflèterez leur force et leur grâce.
Jamais Marla ni Gédéon ne sont
intervenus pour régler tous mes problèmes. Plusieurs fois ils n’ont même pas
participé du tout à la solution. Mais je savais qu’ils étaient tout près me
stimulant, encourageant mes efforts, me suggérant des actions alternatives et
me réconfortant quand tout semblait perdu, comme ce fut souvent le cas dans le
passé. Ils sont devenus, peut-être, deux de mes amis les plus intimes.
Je me suis souvent demandé si
d’autres étaient aussi chanceux que moi d’avoir un Gédéon et une Marla. Un
jour, quand je soulevai ce sujet, Gédéon m’assura que chaque personne a des
amis dans une autre région de l’univers qui étaient assez intimes ou plus
intimes que leurs amis humains sur terre. Nous n’en avons pas discuté
longtemps, mais j’avais pris note mentalement pour lui demander de m’en dire
davantage sur ce type de communication.
Je ne me souviens pas d’avoir fait
des démarches spéciales pour trouver Gédéon et Marla. En autant que je me
rappelle, ce fut Gédéon qui m’a trouvé et puis plus tard m’a présenté Marla.
Quoi qu’il en soit, je me rappelais du vieil adage qui dit : « Quand
l’élève est prêt, le maître apparaît ». J’imagine que nous devons être
prêts à accepter nos Gédéons et nos Marlas dès qu’ils se présentent. Cependant,
le choix nous appartient. Nous ne sommes pas obligés de les accepter dans nos
vies. Certaines personnes redoutent de telles expériences. Beaucoup de gens ont
peur de ce qu’ils ne comprennent pas, et quand ils ont peur, ils deviennent
irrités
Dans les périodes de tranquillité, je sens que nous pouvons
entendre des amis qui nous appellent de loin. Dans les bousculades et les
remue-ménage de tous les jours, leurs voix sont noyées dans nos pensées
bavardes et les bruits qui nous entourent. Et ils continuent à appeler et à
nous aider dans nos défis terrestres. Je ne pense pas qu’ils infléchissent
notre libre-arbitre, mais ils nous fournissent des idées pour nous assister
dans nos prises de décision. Il y a des moments où, pour notre propre bien, ils
apparaissent et nous tendent une main secourable.
Non seulement y a-t-il des amis qui nous assistent le long
de notre chemin, mais j’ai aussi trouvé de l’aide de la part de certains qui
m’étaient très proches lorsqu’ils étaient physiquement vivants. Je ne pense pas
que nos êtres chers s’en vont et nous oublient tout à fait. Je pense que les
liens qui existaient quand ils étaient ici avec nous sont toujours présents et
une simple pensée peut franchir l’espace et le temps pour créer une
communication en ligne directe.
Il ne faut pas penser que les défunts sont assis en rond
dans un bureau éthéré, attendant que nous appelions sur la ligne céleste
ouverte à nos requêtes. Ils ont certainement un tas de choses à faire,
probablement beaucoup plus nombreuses que lorsqu’ils étaient dans un corps
physique. Ils n’interfèreront pas dans notre croissance et notre apprentissage,
mais j’ai des raisons suffisantes de croire qu’ils trouvent toujours moyen de
nous tendre une main secourable. Si nous ne nous sentons pas près d’eux ou ne
voulons pas les avoir autour de nous, ils ne nous dérangent pas, ni n’insistent
pour imposer leur présence.
Ils ne veulent pas non plus que nous nous asseyions en rond
et demandions de l’aide en pleurnichant. Ils nous aideront si nous le
demandons, mais ils ne feront pas le travail à notre place, mais préfèrent de
beaucoup que nous fassions notre possible avec ce que nous avons. Ils ne
veulent pas que nous soyons dépendants d’eux, pour essayer de vivre dans leur
monde avant que nous y soyons préparés. J’ai senti, en de nombreuses occasions,
la présence de ma femme. Puis il y eut plusieurs fois où je pouvais presque
jurer que mon père ou ma mère ou même des parents ou des amis proches
m’entouraient. C’est, évidemment, une conclusion subjective, aussi je n’ai pas à
en convaincre personne.
Ainsi allaient mes pensées en cette magnifique et chaude
journée ensoleillée alors que, assis sur mon perron, je contemplais les
mystères de l’univers. Malika était partie avec une amie et Jonathan était allé
au cinéma. C’était une de ces fois où vous savez que vous avez beaucoup de
choses à faire, mais que vous trouvez beaucoup plus agréable de vous asseoir
tout simplement et paresser autant que possible. J’appelle cela « une
temporisation créatrice » de telle sorte que ma pensée rationnelle
croirait que je fais quelque chose d’utile.
Soudain, au milieu de mon moment de loisirs, le téléphone
sonna.
« Salut, John, ça fait vraiment longtemps »,
annonça la voix de Gédéon.
« Comment allez-vous, mon ami ? »
Demandai-je.
« Oh, bien. Juste bien. Aimeriez-vous avoir un peu de
compagnie ? Nous sommes dans le voisinage. »
« Ce sera merveilleux de vous revoir. Et par ‘nous’
voulez-vous dire que Marla est avec vous ? »
« Non, pas cette fois. Je suis avec un vieil ami que
je veux vous présenter », dit-il. « Nous sommes bientôt chez vous. »
Pour quelque raison, j’avais espéré que ce serait Marla,
mais j’étais néanmoins excité à l’idée que Gédéon arrêterait pour me visiter.
En moins de temps que je pouvais l’imaginer, ils arrivèrent. Avec Gédéon se
présenta un gentilhomme habillé avec élégance d’un ensemble noir d’homme
d’affaires.
Gédéon nous présenta l’un à l’autre en disant : « John,
j’aimerais vous faire rencontrer un vieil ami qui m’est cher. Voici Matthias.
Matthias, voici John. »
« Salut, Matthias », dis-je, en lui serrant la
main, « je suis heureux de vous rencontrer. Voulez-vous entrer ou devrions-nous
nous détendre ici sur le perron ? »
« Le perron me plaît, John », dit Matthias alors
que lui et Gédéon prenaient des chaises
longues. « Gédéon m’a dit que vous avez eu plusieurs de vos idées
créatrices assis ici. »
« Ah, il vous a dit ça, n’est-ce pas ? Et
qu’est-ce qu’il vous a dit d’autre ? » Demandai-je en riant.
« Juste un peu de ceci et un peu de cela »,
répondit-il avec un sourire taquin.
« Et comment vous êtes-vous connus tous les deux,
Matthias ? Je croyais que Gédéon n’avait que très peu d’amis »,
dis-je en blaguant.
« Il a des amis dans tout le cosmos », reprit
Matthias.
« Lui et moi avons eu quelques aventures ensemble. Nous
y retournons. C’est une longue histoire. »
Gédéon se mit à rire et annonça tout naturellement, comme
s’il me parlait de la température : « Matthias est ce que vous
pourriez appeler un ange, John. Il fait une petite visite ici… »
« Un ange ? Vous êtes un ange,
Matthias ? » Demandai-je un peu sceptique.
« Oh oui, dit-il, j’ai toujours été un ange. Je
suis sûr que vous en avez rencontré d’autres comme nous. C’est merveilleux
quand mes attributions m’amènent ici. Je
ne vois pas Gédéon et Marla assez souvent. »
« Vous connaissez Marla aussi ? »
« Qui ne la connaît pas ? » Répondit-il.
« Mais vous n’êtes pas habillé comme un ange »,
dis-je.
« On l’appelle, dit Gédéon, l’ange aux Ailes d’Or.
Montrez-lui vos ailes d’or, Matthias. »
Je savais qu’ils prenaient plaisir à mon étonnement.
Matthias releva sa manche gauche pour me montrer un bracelet. Sur le bracelet
il y avait une amulette – une paire de petites ailes en or, semblable à
celles que vous pouvez trouver dans toute bonne bijouterie. « Voici mes
ailes d’or, John, un legs des jours anciens quand chacun s’attendait à nous
voir avec de grandes ailes de plume qui battaient quand nous volions. C’était
une très sotte idée parce que ces choses stupides devenaient instables à haute
vitesse et, n’eût été nos mécanismes célestes, vous auriez littéralement vu des
anges s’écraser en tombant. Mais que puis-je dire ? Les gens s’attendaient
à ce que nous ayons des ailes, aussi nous avions des ailes. Maintenant, je
porte mes ailes sur ce bracelet pour me rappeler que si le Chef avait voulu que
j’aie des ailes d’oiseaux, Il m’aurait créé oiseau. »
« Il veut dire exactement ce qu’il dit, John, »
dit Gédéon.
« Vous faites mieux de croire ce que je dis, continua
Matthias. Maintenant on nous permet de nous vêtir à notre guise – surtout
pour remplir nos attributions. Un jour mes ailes sont restées prises dans un
bouquet d’arbres. Vous auriez dû m’entendre jurer. Vous pensez que je ne peux
pas jurer, hein ? Eh bien, j’ai été dans toutes sortes d’endroits et j’ai
rencontré toutes sortes de gens. J’ai bien appris leurs langages. Vous devriez
m’entendre jurer en Bantu. Vous avez à bien connaître les langues, vous savez –
ça fait partie des exigences pour aller à l’école des anges. »
« L’école des anges ? » dis-je tout surpris.
« J’ignorais que des types comme vous devaient aller à l’école. »
« Est-ce que tous ne vont pas à l’école ? Si vous
voulez vous qualifier pour ce que vous faites vous devez suivre un entraînement
ou une sorte de programme d’apprenti. Hem ! L’Académie angélique. C’est là
que nous ‘gagnons nos ailes,’ ha ! Ha ! Ha ! C’est plus fort que
moi. »
« J’espère que vous n’auditionnez pas pour une
prestation de comédien pendant que vous êtes ici. N’abandonnez pas votre
travail quotidien », ripostai-je.
Gédéon remarqua que je commençais à me demander si je dois
prendre Matthias au sérieux. Aussi il dit : « Matthias tient en
fait une position très importante dans la hiérarchie, John. Il a un sens
d’humour étrange que, j’imagine, même vous n’appréciez pas, mais là encore,
cela l’a maintenu en bonne santé pendant tous ces siècles. Il est en route
maintenant vers la Grande Cité. Il a pensé arrêter pour me voir. Il verra Marla
aux Quartiers Généraux dans la Grande Cité. Vous vous rappelez des Entreprises
G & M ? Les Quartiers Généraux dans la Grande Cité ? »
« Certainement, je me rappelle de vos Quartiers
Généraux. Aussi que c’est là que Marla se trouve. Resterez-vous quelque temps
dans la Cité, Matthias ? »
Non, pas cette fois, John, répondit Matthias. J’y vais pour régler
un cas très triste. Une petite fille – âgée de neuf ans ou presque, selon les
années terrestres. Son père est décédé il y a plusieurs années et sa mère est
alcoolique. Celle-ci se cherche un nouveau compagnon qu’elle garde pendant
quelques mois. Bien que ce n’était pas un environnement des plus plaisants,
Christine, c’est le nom de la petite fille, s’est toujours montrée forte et
courageuse. Mais sa mère a marié son dernier compagnon. Maintenant il bat les
deux, la mère et l’enfant et, en plusieurs occasions, les a menacées de les
brûler dans leur propre appartement. Voilà le cas sur lequel je travaille. »
Sa voix se perdait comme s’il pouvait ressentir la douleur de la petite fille.
« Pouvez-vous faire quelque chose ? »
Demandai-je.
« Oh, certainement. Mais je dois faire attention. Il y
a beaucoup de règles au sujet de l’interférence, le libre-arbitre, les choix et
autres choses semblables. Bien que j’aurais plutôt pendu le beau-père par les
orteils au plus haut clocher, mon travail consiste en fait à renforcer,
réconforter Christine et lui enseigner. Je veux aussi l’assurer que la
situation est temporaire. »
« Comment avez-vous appris sa situation,
Matthias ? »
« Elle a prié. Elle a prié avec tant de ferveur et
d’honnêteté que la réponse fut instantanée. Nous contrôlons toutes les demandes
sincères. L’aide est immédiatement accordée à ceux qui savent comment prier. »
« Êtes-vous son Ange Gardien ? »
« Non, je ne le suis pas. Son Ange m’a demandé mon
avis ; c’est ainsi que je me suis retrouvé avec cette attribution. Parfois
un Ange Gardien agit comme un gérant général et fait appel à des experts de
différentes disciplines. Je vais bientôt régler ce cas et, si les circonstances
le permettent, j’arrêterai à mon retour pour vous visiter vous et Gédéon. »
« Qu’est-ce que vous allez faire pour Christine,
Matthias ? » Demandai-je étonné du fait qu’il soit un ange.
« Nous faisons des arrangements pour qu’elle soit
éloignée de son beau-père. Nous procédons également pour aider sa mère à
développer plus de confiance et de se trouver un meilleur emploi. Cela prendra
un peu de temps ; aussi je fais à Christine un cadeau qui l’aidera chaque
fois que le beau-père deviendra vraiment abusif. Pst, voulez-vous le
voir ? » Il ouvrit son porte-document et en sortit un petit sac. Il
me le tendit et me dit : « C’est un petit cadeau. Une pierre.
Elle croira qu’elle a des pouvoirs magiques et, à cause de ces croyances elle
pourrait être si puissante qu’elle sera protégée de son beau-père – au moins
jusqu’à un certain point. Jetez un regard sur la pierre. »
Pour une raison étrange le sac me paraissait familier. Je
l’ouvris et en tirai une petite pierre grisâtre qui était froide au toucher.
Mon esprit sauta des années en arrière et je me rappelai le jour où un vieil
homme m’avait donné un sac semblable avec une pierre appelée la Jahar-Mora.
J’ai tenu la pierre dans ma main quelques instants, puis
j’ai dit : « Cette pierre, Matthias, ressemble et sent
comme… »
Je n’ai pas terminé la phrase. Gédéon le fit pour moi en
demandant : « …ça ressemble à la Jahar-Mora de votre
enfance ? »
« Oui, oui », bégayai-je, « la mienne est
disparue pour toujours, peu de temps après l’avoir utilisée. »
Matthias me regarda dans un gentil sourire, « Je
sais. Quand je vous l’ai donnée, c’était seulement pour un peu… »
« Vous me l’avez donnée ? » m’écriai-je,
« vous étiez le vieil homme rencontré au village ? Comment… qu’est-ce
que vous voulez dire ? »
J’étais presque sans voix. Matthias se leva et vint
vers moi. Il me tapota dans le dos et dit : « Oui, John, j’étais ce
vieil homme dans votre village. Ne savez-vous pas que les anges peuvent prendre
la forme qu’ils veulent ? Vous et votre famille avez été si gentils avec
moi et vous ne saviez même pas que j’étais un ange. C’est de bonne politique d’être gentil avec les étrangers
car vous ne savez jamais exactement qui vous pouvez rencontrer. En fait, ça ne
fait jamais de tort d’être gentil envers qui que ce soit.»
.« Mais après que j’eus utilisé la pierre, elle a
disparu et je ne l’ai jamais retrouvée », dis-je d’un ton plaignard.
« Son travail avec vous était terminé. Un autre petit
garçon ou petite fille en avait besoin. Nous en avons plusieurs. Le pouvoir
n’est pas réellement dans la pierre, vous savez. Mais je dois partir maintenant »,
dit-il. « Je dois aider Christine avant que son beau-père ne revienne et
la batte comme un diable. »
« Je vous verrai bientôt, John », dit Gédéon en
se levant lui aussi. « Je pense que je vais visiter la Grande Cité avec
Matthias. Aller aux Quartiers Généraux et tout le reste. »
« Nous nous reverrons bientôt, dit Matthias. Le
travail d’un ange n’est jamais terminé. »
Ils me saluèrent et m’envoyèrent la main en s’en allant.
Puis Matthias s’arrêta et se retourna. « Je pense que je vais lui donner
les ailes d’or au lieu de la Jahar-Mora », dit-il, « Les pierres,
c’est pour les petits garçons du village. Les bijoux, pour les petites filles
des grandes villes. Pas de différence, toutefois, les deux fonctionnent autant
une fois que vous y croyez. »
Chapitre
douze
Le Joyau de la Couronne
|
D |
es
semaines passèrent avant de revoir Gédéon. J’avais pris à cœur l’histoire de la
petite Christine et j’espérais grandement que Matthias pourrait l’aider. Puis
de plus, n’était-il pas un ange et les anges n’ont-ils pas des pouvoirs
magiques ? Ange ou humain, n’aurait-il pas pitié d’une enfant ? Les
enfants sont les plus grands dons de Dieu à notre monde. Longtemps après notre
départ, ils restent pour tenter de nettoyer les saletés que nous avons laissées
derrière. En même temps, ils essaient d’améliorer les bonnes choses que nous
avons entreprises.
Je mène vraiment une vie étrange, mystique,
merveilleuse, misérable et fantastique. Si cette affirmation semble paradoxale,
alors qu’elle le soit, car ce sont les éléments dont elle est faite. Nos
chemins ne sont pas toujours parsemés de fleurs et le soleil ne brille pas
toujours sur nos efforts. Il y a des moments où la route devient rocailleuse et
que le vent nous gèle jusqu’aux os. Durant ces temps durs, il est inutile de se
plaindre. Il y a déjà trop de plaignards autour de nous. Des fois, il semble
qu’ils ont tous décidé, par hasard, de me faire une visite. Ce n’est pas que je
ne me suis pas plaint ; c’est juste que se plaindre c’est de toujours
chercher des excuses, blâmer les autres, jouer à la victime ou juste devenir
l’hôte d’une réunion de malheureux. Se plaindre ne nous conduit nulle part
rapidement. Ça draine toutes les énergies que nous avons et crée un tourbillon
qui se remplit lui-même de négativité et vide toute chose jusque dans ses
dangereuses profondeurs.
Les gens aiment fréquenter des
personnes qui leur permettent de se sentir mieux dans leur peau. Une attitude
trop égocentrique éloigne autrui. Le secret réside peut-être dans le fait d’aider
les autres à atteindre le bonheur. Et en parlant de secret, j’espère que Gédéon
et Marla m’en diront plus sur ce « Plus grand Secret de l’Univers ».
Ils y ont fait allusion si souvent dans leurs conversations que je suis prêt à
leur dire de l’oublier s’ils n’ont pas l’intention de me révéler ce qu’il en
est.
Et ainsi, mon esprit passait d’un sujet à un autre
pendant que je préparais mes bagages pour un voyage inopiné. Mon travail
parfois me faisait voyager outre-mer, vers différentes cultures, différents
peuples et différents endroits. Cette fois, mes affaires m’envoyaient dans la
terre de mes ancêtres, une terre de contradictions, le mystérieux
sous-continent de l’Inde. Ce ne serait pas ma première visite dans ce pays. J’y
suis allé auparavant, quand nous avons adopté nos enfants en Inde – Malika
d’abord, suivie de Jonathan quelques années plus tard.
J’ai eu la chance, dans mes visites
antérieures, d’expérimenter les extrêmes et les subtilités de ce paradoxe
qu’est l’Inde. L’opulence et la richesse coexistent avec la pauvreté et la
décadence. Des villages médiévaux où la vie est restée inchangée pendant des
siècles contrastaient de façon aiguë avec des métropoles urbaines modernes. De
saints hommes vêtus de longues robes flottantes partageaient les rues
encombrées d’officiers d’administration portant habits nickelés ou des saris
brillamment colorés. Il n’était pas étrange de voir une Rolls Royce bousculer
un Bœuf de Brahma pour se frayer un chemin à travers une intersection bondée.
Des bousculades et du remue-ménage de Bombay aux eaux tranquilles de la
Jammuna, on traverse non seulement le temps et l’espace, mais la vraie nature
de la réalité. Peut-être, comme partout, puis nulle part ailleurs sur Terre,
peut-on trouver en Inde le meilleur et le pire.
Ce ne serait pas un long voyage, juste une question
d’une semaine, puis ce sera le retour. Selon un semblable schème sans fin, il y
a des choses urgentes à la maison – comme des échéances qui arrivent, des
réparations urgentes dans la maison et des crises financières auxquelles il
faut faire face, mais elles devraient attendre jusqu’à mon retour. J’espérais
voir Gédéon et Marla avant de quitter, mais ce ne fut pas le cas. Pour autant
que j’évalue leur amitié et qu’ils me manquent quand ils sont partis, je pense
parfois qu’ils ne sont qu’une invention de mon imagination et qu’ils n’existent
pas du tout. Mais alors de nouveau, comment pourrais-je douter des périodes de
mes apprentissage, les périodes où Gédéon et Marla ont jeté tellement de
lumière sur ce qui me semblait des situations difficiles et sans espoir. Non,
ces deux-là m’ont vu au milieu des pires périodes de ma vie. Je suis certain
que je les verrai à mon retour.
Les détails de dernière minute
complétés, je partis. Le temps semblait monter et baisser au gré des heures et des
jours quand les aéroports, les avions, les officiers de bord et les taxis se
fondaient en harmonie pour transporter un voyageur solitaire à sa destination
sur l’autre côté du monde. Le jour courait dans la nuit et la nuit semblablement
s’étendait dans l’éternité alors que nous bourdonnions en traversant les océans
et les continents. Je dois m’être endormi plusieurs fois avant la fin du vol.
À moitié titubant, et me sentant
comme si j’avais expérimenté le voyage dans le temps à travers un malaxeur,
j’ai finalement atterri dans l’aéroport bruyant de Bombay, cherchant des yeux
mon bon ami, Pandayji qui avait promis de m’y rencontrer. Il était toujours
ponctuel, ce vieil ami personnel. Nous nous étions rencontrés il y a plusieurs
années lors de ma première visite dans ce pays. Dès l’instant qu’il m’a parlé,
j’ai su que nous serions des amis pour toujours. Bien que la distance rendait
difficile de fréquentes rencontres, nous avons entretenu une correspondance
régulière qui nous a gardés informés sur la vie de famille et les affaires.
Plusieurs années s’étaient écoulées depuis la dernière fois que je l’ai vu et
aussi je cherchais à le rencontrer de nouveau.
J’avais à peine atteint la section de l’immigration
et des douanes quand je l’ai remarqué. Il avait à peine vieilli depuis le temps
de Mardai et je le saluais de la main à ce même aéroport il y a des années.
Pandayji était comme le frère aîné que Mardai n’avait jamais eu. Il la traitait
comme si elle était une princesse et s’assurait à l’extrême que nous ne
manquerions de rien pendant notre visite dans ce pays. Il eut beaucoup de peine
quand il a appris sa mort. Ses lettres en exprimant son angoisse et sa douleur
devant mes pertes, apportèrent du réconfort à mon âme et constituait un baume à
mon esprit. C’était Pandayji, mon âme-soeur, qui me saluait maintenant.
« Vous êtes en forme, mon frère »,
dit-il avec presque les larmes aux yeux, quand il me donna une chaleureuse
accolade, « Ça fait longtemps. »
« Très longtemps, Pandayji, mais me voici de
nouveau. Cette terre semble intemporelle, il me semble que c’est seulement hier
que je vous ai vu ici. »
Après nos salutations
initiales, Pandayji dit : « Vous ne faites qu’une courte visite,
aussi nous devons en profiter le plus
possible. Finissons-en avec l’immigration et les douanes et nous irons
directement à votre hôtel. Vous devez être fatigué. »
Assez vite. Nous nous sommes
retrouvés dans un taxi en route vers l’hôtel. Nous avons passé beaucoup de
temps à nous informer sur nos familles respectives. Des souvenirs affluaient à
mon esprit quand je me suis enregistré à l’hôtel. C’était la même où Mardai et
moi avions résidé quand nous avons visité l’Inde ensemble. Même ma suite était
la même.
« Comment avez-vous fait pour
arranger tout cela, Pandayji ? » Demandai-je.
« Ce n’était pas un problème,
John, répondit-il, en souvenir du bon vieux temps. Et, évidemment, je
voulais que vous vous sentiez le plus confortable possible. Allez vous
installer. Prenez un peu de repos, si vous pouvez. Nous avons une journée
remplie demain. Je vous verrai demain matin. » Pandayji regarda sa montre,
sourit aimablement et partit. Je savais
qu’il voulait rester et parler, mais il savait aussi que j’étais fatigué.
Voilà le genre de personne qu’est Pandayji. Comme il était tard, je n’ai pas
perdu de temps à me préparer pour dormir.
Ma suite était sur le côté ouest de
l’hôtel faisant face à la mer d’Arabie. Plusieurs fois, je m’étais tenu près de
ces grandes fenêtres panoramiques et avais observé les vagues qui venaient
frapper les rochers loin en bas. Juste avant d’éteindre, je suis retourné une
fois encore à la fenêtre et regardai au-dessus de l’océan dans le grand vide
lointain Il faisait très noir, mais il y avait des scintillements de lumière
qui chevauchaient les vagues de l’océan. Les pêcheurs doivent être sortis,
pensai-je. J’allais me mettre au lit quand je vis une de ces lumières traverser
l’horizon à une vitesse remarquable.
Aucun bateau de pêcheur ne peut
aller aussi vite. Peut-être, était-ce une étoile filante, mais celle-ci
continuait à se mouvoir de long en large, devenant chaque fois même plus
brillante. Tout le monde sait qu’un météorite ne se conduit pas de cette façon.
Ils brillent brièvement puis sont engloutis dans l’oubli. À ce moment, un
endormissement incontrôlable m’est tombé dessus et j’ai dû me forcer pour faire
les quelques pas jusqu’à mon lit. J’ai pensé que c’était dû à mon long voyage
et je suis tombé sur mon lit en oubliant de fermer les lumières, en oubliant
Pandayji et tout le reste.
Je me suis probablement endormi
avant que ma tête touche mon oreiller, mais soudain je me suis senti
complètement éveillé et plein d’énergie, comme si j’avais été connecté à un
« énergiseur » revitalisant. Je regardai dans la chambre et je fus étonné
d’y trouver une lueur rouge. En dehors de la fenêtre panoramique il y avait une
lumière brillante. L’esprit logique a une façon de formuler des théories pour
tout expliquer. Il était évident pour moi que je m’étais endormi et que je
rêvais d’une lumière provenant d’un hélicoptère en-dehors de ma fenêtre. Et, il
va de soi, que c’était la source de la lueur dans ma chambre. Je ne m’étais pas
rendu compte que je ne percevais aucun son d’hélicoptère. Mais n’est-ce pas
ainsi que ça se passe dans les rêves ? Les rêves n’ont pas à s’en tenir à
la logique.
J’étais convaincu que je faisais un de ces rêves
lucides dans lesquels vous semblez être éveillé, mais toujours dans le rêve.
J’essayai de court-circuiter le programme, mais il ne voulait pas disparaître.
La lumière extérieure devint encore plus brillante et la petite lueur rouge
dans la chambre augmenta en intensité au point de devenir aussi brillant que la
lumière du jour. Puis, j’entendis des voix. Au début, elles étaient faibles et
étouffées et semblaient venir du petit salon. Maintenant elles devenaient plus
fortes et plus claires et je commençais à comprendre ce qu’elles disaient.
« Il pense qu’il est encore
endormi », dit une voix de femme. Comment allons-nous l’amener à la
rencontre ? »
« Ils l’attendent à tout moment maintenant »,
répondit une voix d’homme. « On s’était entendu pour cette rencontre. Elle
ne peut plus être changée. »
Il y avait quelque chose de familier
dans ces voix mais je ne pouvais dire où je les avais entendues auparavant. Puis,
ça m’a frappé. Ils étaient là, Gédéon et Marla. Je me suis empressé de les
saluer et de leur dire combien j’étais content qu’ils soient venus. Il ne m’est
jamais arrivé par la suite de mettre en doute ce qui arrivait, en autant que
j’étais concerné, ceci était un rêve et presque tout peut arriver en rêves.
D’un bond j’étais dans le petit
salon en face de Gédéon et de Marla. « Salut ! Dis-je, qu’est-ce
que vous faites tous les deux dans mon rêve ? »
« N’êtes-vous pas fatigué de demander la même
question, John ? » demanda Marla. Ce n’était pas comme si elle
prononçait des paroles. Et, pourtant, j’ai compris tout ce qu’elle disait car
sa voix était claire dans mon esprit. « Rappelez-vous, continua-t-elle, pas
de commencements, pas de fins, pas de limite à notre amitié. » Elle vint
vers moi, mit ses bras autour de mon cou et me donna une grande accolade.
Gédéon me tapota dans le dos, puis s’assit les jambes croisées sur la chaise en
face de la table à café.
« Ce doit être important,
dis-je, pour vous d’être dans mon rêve. C’est un rêve, n’est-ce
pas ? »
« C’est comme un rêve, John,
dit Gédéon, mais pas tout à fait. Vous n’avez pas besoin de mots pour
communiquer dans cet état. Vos intentions transportent ce que vous voulez dire
beaucoup plus clairement que de simples mots. Votre corps repose paisiblement
dans le lit et votre conscience est ici avec nous. Plus quelqu’un expérimente
cela, plus, de façon générale, il ne s’en souvient pas. Nous avons déjà fait ça
avec vous. Vous l’avez simplement oublié. C’est un moyen des plus efficaces
pour communiquer. Certains de vos savants appellent cela un voyage
hors-du-corps. Mais nous sommes ici pour discuter de choses plus importantes. »
Marla continua, « Ils ont arrangé une
rencontre où vous pouvez tous vous rencontrer de nouveau et discuter de tous
les sujets que vous désirez. Ne me demandez pas comment ou pourquoi, mais des
rencontres de ce genre sont rares, en effet. Pourtant, pour quelque raison,
elle a été organisée pour vous. Vous rappelez-vous, ‘pour toute chose il y a un
temps et une saison’ ? Si nous n’y allons pas maintenant, ça prendra une
autre décade ou deux pour que la synchronisation soit de nouveau la bonne. »
Elle regarda Gédéon comme pour dire, c’est le temps d’y aller.
« Attendez, dis-je, qui sont-‘ils’ et
qu’est-ce que c’est cette rencontre ? » Rêve ou pas rêve, je devenais
un peu craintif.
« Il n’y a pas lieu de
s’inquiéter, reprit Gédéon, vous verrez. Vous avez attendu cela depuis
longtemps. Vous les rencontrerez bientôt. Partons, »
« Attendez, insistai-je, au moins
laissez-moi m’habiller. Je vais mettre… » Avant que j’aie pu dire quelque
chose, je regardai dans le miroir au fond de la salle et vis que j’étais
totalement vêtu et prêt.
« C’est ce qui se produit dans cet état de
conscience, John », dit Marla en prenant un de mes bras, alors que Gédéon
prenait l’autre. En ce qui pourrait être décrit comme un clin d’œil, nous
volions au-dessus du sol et nous nous élevions sans ailes. C’était une
sensation de liberté inhabituelle que je ressentais quand mon visage tranchait
le vent. Oui, je me rappelai avoir fait cela plusieurs fois auparavant. C’était
un plaisir et je me suis fait la promesse de le pratiquer plus souvent. Ça n’a
pas duré plus d’une minute avant que nos pieds d’abord touchent le sol, à la
façon Mary Poppins, dans une verte clairière entourée de grands arbres. La
lumière était passée des lumières brillantes de ma chambre à une lueur plus
douce, plus subtile produite par l’éclairage de la pleine lune. À ce moment, je
n’étais réellement sûr de rien.
« Je ne pense pas que c’est la
pleine lune ce soir », dis-je à Gédéon. « Qu’est-ce que la lune
fait là-haut ? »
« C’est un espace-temps
différent, John, répondit-il. Certaines vieilles règles que vous
connaissez ne s’appliquent pas ici. C’est un de ces endroits interstitiels où
les mondes se rencontrent. » Avant qu’il ne puisse continuer, nous
entendîmes des voix venant de la clairière.
Soudain j’entendis une voix qui
disait : « Allo, John. Je suis content que vous l’ayez fait. »
Je continuai à chercher dans la clairière pendant que Gédéon, Marla et moi
avancions vers la voix. La lumière augmenta graduellement en intensité jusqu’à
ce que je puisse voir clairement. Puis il y eut le bruit du tonnerre et la
région tout entière devint aussi brillante que le jour. J’ai couvert mes yeux
un moment et quand je les ouvris je vis deux personnes qui venaient vers moi. Alors
que je regardais les visages souriants et reconnus qui ils étaient, mes jambes
faiblirent et Gédéon et Marla ont dû littéralement me relever. Je m’entendis
murmurer de façon de plus en plus incohérente quand ils approchaient.
Chapitre
treize
Il était une fois un rêve
|
I |
l
y a des moments dans la vie où vous n’êtes sûr de rien, des moments où vous vous
sentez trahi par vos propres sens. C’en était sûrement un. Au début, je pensais
que c’était un rêve ordinaire alors qu’une partie de moi dormait paisiblement
tandis que l’autre se trouvait impliquée dans des aventures oniriques. J’avais déjà
eu de tels rêves où je savais que je rêvais et je comprenais qu’au réveil je me
souviendrais de tout et que je sourirais et réfléchirais à ces mystères. Mais
ce que j’expérimentais maintenant semblait si réel que je savais d’instinct que
c’était beaucoup plus qu’un rêve.
Je continuais à regarder les gens
qui approchaient de moi. C’était Pandayji qui avait prononcé mon nom, près de
lui, se tenait Mardai. Elle paraissait aussi jeune et belle qu’au jour de notre
mariage, il y a plusieurs années. Elle mit ses bras autour de moi et
dit, « Je parie que tu es surpris. Je suis si heureuse que nous
puissions être encore ensemble, même si ce n’est que pour un court moment. »
« C’est si bon de te voir. Tu
m’as manqué terriblement au cours de ces années », dis-je. « Je te
vois de temps en temps dans mes rêves, mais je ne me souviens pas de t’avoir
vue aussi clairement que maintenant. En fait, ceci ne ressemble même pas à un
rêve. » Je pensais qu’on accepte si vite les événements dans un rêve et
qu’on s’y adapte.
« Ce n’est pas un rêve, mon
cher John », dit-elle en souriant gentiment, « c’est aussi réel que
tu l’es. Mais ça ne durera pas longtemps et ça n’arrivera pas de nouveau avant
un bon nombre d’années. Allons voir les enfants. » Alors qu’elle disait
cela, la lumière de la scène diminua jusqu’à cet agréable et pâle clair de
lune, juste assez brillant pour voir autour, mais pas trop pour être
inconfortable.
« Les enfants ? Quels
enfants ? » Demandai-je tout surpris.
« Nos enfants, nigaud. »
Elle poussait de petits rires en prenant ma main, tout comme elle en avait
l’habitude, et m’amena à un endroit derrière une touffe d’arbres. Pandaji resta
derrière avec Gédéon et Marla tout entiers à leur conversation.
« Qu’est-ce que nos enfants
font ici ? Et comment se fait-il que Pandayji soit ici ? »
Demandai-je.
Avant qu’elle puisse répondre, je
vis Malika et Jonathan dans la clarté de la lune. « Salut, papa », cria
Malika, « nous voulions te faire une surprise, mais Jonathan l’a éventée. »
« Non, papa, reprit Jonathan, elle
a ruiné la surprise. Maman nous a dit que tu serais ici, »
Je les saluai comme si un tel
événement arrivait tous les jours. Plutôt étonné, je demandai : « Votre
maman vous a dit que je serais ici ? »
« Oh oui, dit Malika, nous visitons maman
souvent. Elle nous dit un tas de choses chaque fois que nous la voyons. »
Je savais que je n’aurais pas dû la questionner.
Ils s’avancèrent pour causer avec
Pandayji. Je les regardai, puis regardai Mardai et pensai que c’était la
première fois depuis des années que je voyais la famille ensemble. Même si une
partie de moi savait que cette rencontre était temporaire, je
voulais m’en imbiber et en savourer chaque moment.
« Ils semblent si heureux.» Dit Mardai.
« D’une façon, je ne les ai jamais réellement quittés. Je les visite aussi
souvent que je le peux et j’essaie encore de leur apprendre autant que
possible. Ils ont l’habitude de me rencontrer de cette façon. Je ne t’ai jamais
quitté, non plus. Malika et Jonathan se rappelleront probablement cet événement
sous différentes versions d’un rêve. Pandayji aura aussi un vague souvenir d’un
rêve. Présentement il discute d’un important sujet avec Marla et Gédéon. »
« Ils se connaissent les uns
les autres ? »
« Évidemment, ils se connaissent,
répondit-elle, plusieurs d’entre nous appartiennent à la même grande
famille et nous nous rencontrons de temps en temps pour nous communiquer des
nouvelles. Pandayji a toujours été comme un frère pour nous. Ne te rappelles-tu
pas comment il nous a aidés dans les procédures compliquées de l’adoption de
Malika et de Jonathan ? Sans lui, je doute que nous aurions réussi une
tâche si gigantesque. Quand le juge proclama l’adoption finale, Marla et Gédéon
se tenait juste derrière lui. Puis, il y avait celui qu’on appelle Butch. Un
lien privilégié existe entre vous deux, ce lien crée de la magie dans la vie
des autres. Nous nous sommes tous connus les uns les autres depuis toujours,
semble-t-il. Et il y en d’autres que tu ne peux pas reconnaître à première vue,
mais qui font, néanmoins, partie de notre réalité. »
Mardai s’assit sur le gazon et me
fit signe de m’asseoir près d’elle. « C’est comme si tu n’étais jamais
partie », dis-je. « Il me semble que c’était seulement hier que toi
et moi et les enfants faisions exactement ce que nous sommes en train de faire.
Je me suis souvent demandé où tu étais et ce que tu faisais. Chaque jour je
priais pour que tu sois heureuse et en paix dans ton nouvel environnement et
que, où que tu étais, ta vie serait une inspiration pour les autres comme elle
était ici. »
« Ne cesse jamais de prier pour
ceux qui sont partis. Les prières sont entendues et exaucées. Nous sentons la
chaude lueur de l’amour chaque fois que quelqu’un prie », reprit-elle.
« As-tu rencontré les
autres ? Je veux dire nos parents et nos autres amis et leur famille qui
sont morts ? » Demandai-je.
« Personne ne meurt, reprit-elle, ils ne
font que changer de réalité. Des règles différentes s’appliquent quand ils
passent la porte qu’on appelle ‘la mort’. Quand votre étoile se couche sur un horizon,
elle se lève en même temps sur un autre. Chaque réalité supérieure a ses lois,
qui transcendent et incluent les lois de la réalité précédente. Ainsi, ici nous
avons des lois dont tu n’es pas encore conscient. Par exemple, le temps et
l’espace ont pour nous des significations différentes. Ils n’ont pas les
limites qu’ils avaient dans la réalité de la Terre.
« Oui, je suis souvent avec les autres. Nous
travaillons ensemble à certains projets conjoints, comme aider les nouveaux
arrivants à s’adapter. Nous sommes toujours aussi proches, en fait, plus proches
que nous avions l’habitude de l’être. Nous avons tous des buts communs et sans
conflits et nous sommes liés ensemble par des fils dorés de l’amour et de
l’intérêt mutuel. »
Elle demeura en silence
pendant un moment comme si elle était perdue dans ses réflexions.
« Ta mère et ton père te
visitent souvent dans tes rêves. Les miens y vont également. Nous t’aidons et
te guidons tous dans ta vie sur terre en autant que cela nous est permis, tu
sais. Toutefois, il y a une clause de non-interférence qui parfois restreint
notre capacité de t’aider ; c’est plutôt une question de degré d’aide
qu’une exclusion totale. Et nous sommes là aussi avec les enfants. Nous avons
tous des projets connexes qui traversent les dimensions et les réalités. »
« Plusieurs fois j’ai pensé que tu nous avais
oubliés, dis-je. J’imaginais que, parce que ton travail était terminé ici,
tu étais allée vers d’autres tâches plus
intéressantes et, peut-être, même plus productives. Non pas que je m’attendais à
ce que tu sois ici avec nous et que tu
veilles à notre bien-être, mais une fois en passant ou après un plus
grand espace de temps, je pensais que j’entendrais une parole de réconfort et
quelques mots d’encouragement. Je me sentais si seul, pourtant, je persistais à
continuer. Qu’aurais-je pu faire ? Ils ont finalement saisi la maison et
repris la voiture. Plusieurs fois ils ont fermé les services de l’eau et du
téléphone, eh bien, tu ne le croirais pas. Je fus même impliqué dans un grave
accident de la route et j’ai complètement endommagé la voiture. »
« C’est intéressant que tu
n’aies pas remarqué que tu es sorti de cette voiture accidentée avec de simples
blessures mineures », reprit-elle avec une ombre de tristesse dans la voix.
« Tu vis encore dans une maison, la voiture n’a pas été reprise. Les services
d’eau et de téléphone ont été restaurés en quelques heures, pas de problèmes de
santé, pas de catastrophes majeures. Et regarde Malika et Jonathan. Malika a
gradué du secondaire avec honneurs et a complété son collège avec une bourse
complète. Elle est devenue une merveilleuse et belle jeune femme, Jonathan est
devenu aussi un jeune homme, Il va au collège et réfléchit sérieusement à son
avenir. Et il est aimé et respecté par plusieurs. Les deux ont grandi pour
aimer les autres, les aider et être responsables… regardes-les… »,
dit-elle en pointant dans leur direction.
« Regarde-les, John, continua-t-elle, tu
ne pourrais demander mieux. Je sais que ça été dur, mais tu as fait un travail
merveilleux. Nous t’avons aidé du mieux que nous pouvions. Et nous serons là
pour toi et les enfants. Je n’ai jamais cessé de vous aimer et prendre soin de
vous tous. Je réponds toujours à ton appel quand tu me tiens dans tes pensées.
Nous sommes tous là pour toi, mais nous, aussi, nous avons d’autres choses à
faire. C’est juste que tu ne sens pas notre présence aussi fortement que tu le
devrais. Mais ça ne fait rien. Continue seulement à faire ce que tu fais et tu
seras étonné de constater que les choses s’arrangent d’elles-mêmes. Tu verras
que même si la nuit est longue avant l’aurore, celle-ci arrive
invariablement. ».
Je m’assis accablé par un mélange de joie et de
tristesse, essayant de rendre ce moment éternel. Elle doit avoir perçu mes pensées
car elle se pencha et mis sa tête sur mon épaule et dit : « N’essaie
pas de retenir les choses comme elles sont. La vie est un processus qui change
constamment. Tu as entendu le vieil adage, ‘La vie n’est pas la chandelle ni la
flamme. C’est le feu.’ De toute nécessité, ce moment passera, mais il y aura de
nouveaux moments, peut-être, de plus glorieux. »
« Nous rencontrons-nous souvent
de cette façon ? » Demandai-je, ne sachant pas trop quoi dire.
« Pas exactement comme
celui-ci. Mais nous nous rencontrons. Tu te rappelleras longtemps cette
rencontre. Les autres rencontres ne sont pour toi que des rêves, mais pas moins
valides. Celles dont tu peux ne pas te rappeler, même si tu le pouvais, sont
très imprécises et en quelque sorte très vagues. Cette rencontre-ci fut
arrangée pour que tu puisses voir et expérimenter que la réalité est différente
dans différents états de conscience. Et naturellement, je veux que tu saches
que je ne t’ai jamais abandonné. Je ne te quitterai jamais. Je suis toujours dans
les alentours quand tu as besoin de moi. »
Mes émotions étaient au paroxysme quand je balbutiai :
« Pourquoi nous as-tu quittés si vite, moi et les enfants ? Quand tu
es décédée, tout notre monde s’est arrêté et brisé. Ils étaient si jeunes. Tu
étais si jeune. Tu as tellement souffert. J’espérais que nous vieillirions
ensemble. Puis tu es partie et ça n’a jamais été la même chose depuis. »
« Je me demandais quand tu aborderais ce sujet.
Ce n’était pas que quelqu’un vous volais, toi et les enfants, John »,
répondit-elle. Tout cela faisait partie du grand plan sur lequel nous nous
étions entendus avant notre naissance. Mon travail sur terre était fini. Je
devais quitter pour que tu puisses remplir ta mission. Mes souffrances t’ont
enseigné la compassion d’une manière que tu n’oublieras jamais. Que tu le
réalises ou pas, je suis encore une aide pour toi maintenant. Je peux faire
beaucoup plus d’où je suis. Il y a un
merveilleux motif en tout cela. Mais parfois les dessins ne paraissent pas
sensés quand ils sont tissés. Nos émotions peuvent cacher notre perception et
notre compréhension. Éventuellement, tu verras la beauté de l’ensemble.
N’analyse pas trop chaque détail. Certaines expériences comme la joie, la paix,
l’amour, la foi et l’espérance ne se prêtent pas facilement à l’analyse. C’est
assez de savoir que nous ne mourrons pas et que nous ne pouvons pas mourir.
Nous sommes liés par les liens qui s’étendent de l’éternité aux rivages de
toujours ». ?
« Ouais, je le pense aussi », répondis-je
en réfléchissant à ce qu’elle disait. « Parfois ça paraît injuste,
toutefois », murmurai-je plutôt pour moi que pour elle.
« Dans quel sens,
John ? » Demanda-t-elle d’un air innocent.
« Eh bien, prends cette affaire
financière, par exemple, Tu ne pensais pas qu’en cette période de ma vie je
devais subir tout cela ensemble. J’ai certes travaillé dur, mais souvent je
vois les bons souffrir et les méchants prospérer. Et je crie au ciel comme le
psalmiste d’antan, ‘Combien de temps, O Seigneur ? Combien de
temps ?’ Mais c’est le silence, le silence éternel. Parfois je pense que
nous devons prier, ‘Notre Père qui es au ciel, restes-y pour tout le bien que
ça fait !’ Youp ! Ça n’a parfois aucun sens.»
. « Oh, pauvre de toi ! dit-elle
dans une horreur simulée, « penser que la vie est injuste ! Écoute,
John, la vie n’est ni juste ni injuste. La vie existe seulement. Ce que tu
appelles tes problèmes financiers sont terminés maintenant. Tu verras les
raisons de ce défi plus tard. »
« Que veux-tu dire par ‘sont
terminés’. Ils ne sont pas terminés. Regarde ce qui arrive. »
« Ils sont presque finis. Tu
verras. Gédéon te l’expliquera bientôt. »
« Sûr, il va expliquer. Juste comme il va
expliquer le plus grand secret de l’Univers », lançai-je de façon un peu sarcastique.
« Si on fournit des réponses à
chaque question, leur impact est temporaire et facilement oublié. Mais si les
réponses sont découvertes dans l’expérience de la vie, leur influence continue
longtemps. Nous croyons beaucoup plus à ce que nous avons personnellement
expérimenté que ce que les autres nous auraient jamais dit. Gédéon et Marla
t’aiment beaucoup et cherchent seulement ton plus grand bien. Ils vont
continuer à t’aider. »
Quand elle a mentionné le nom de Marla, mon esprit
retourna vivement à notre interlude romantique. Un élancement de culpabilité
m’envahit quand assis je me demandais ce que Mardai en avait pensé. Elle devait
savoir ce qui occupait mon esprit car elle dit : « Il y a des
sections de ta vie qui sont exclusivement et personnellement tiennes. Je n’y
suis même pas impliquée. Vis seulement ta vie aussi brillamment que possible et
ne permets pas à la culpabilité, au regret ou à la peur de nier ta valeur en
tant qu’enfant de l’Infini. Tu n’as pas…Il n’y a pas lieu de sentir de la
culpabilité à ton sujet et au sujet de Marla et toi et au sujet de qui que ce
soit d’autre. »
Avec un soupir de soulagement, je
demandai : « J’aimerais vraiment en savoir plus sur ce monde de
l’après-vie, Mardai. Veux-tu m’aider à en apprendre plus ? »
« Tout d’abord, John, il n’y a pas une avant
ou une après vie comme vous l’imaginez. Il n’y a qu’une vie avec plusieurs
aspects. Une continuité de vie, si tu veux. Certes je pourrais t’en dire plus,
mais tu n’as pas besoin de savoir cela maintenant. Vis la vie qui t’est familière
le mieux possible et tous les autres aspects – avant et après – se mettront en
place. »
Soudain, les enfants accoururent vers nous, heureux
et riant. « Nous devons retourner maintenant », dit Malika,
« aussi bonsoir maman, bonsoir papa. Je vous reverrai bientôt. » Ils
nous embrassèrent, se retournèrent et disparurent lentement dans le néant.
« Ils doivent retourner dans
leurs corps, John », expliqua Mardai. « Nous devons y aller nous
aussi. Viens, rejoignons les autres. »
Elle remarqua ma tristesse en retournant à
l’endroit où Gédéon, Marla et Pandayji continuaient à causer.
« Écoute, mon cher John, dit-elle, dans ce grand maintenant et plus
tard, dans ce fantastique ici et là, nous nous rencontrerons les uns les autres
où que ce soit et quel que soit le moment où tu veux traiter des choses qui
t’inquiètent, ou simplement pour se visiter les uns les autres. Ce ne sera pas
exactement comme nous nous sommes rencontrés ici, mais ce sera, néanmoins,
aussi merveilleux. De cette visite, tu te rappelleras chaque détail. La plupart
des autres visites seront davantage de
la nature du rêve. »
« Pourquoi ? »
Objectai-je, « Je veux tout me rappeler. »
« Ce n’est pas toujours sage,
John, répondit-elle. Si ça arrive trop
souvent, il se peut que les réalités se confondent. Ça ressemblerait à essayer
d’écouter deux stations radiophoniques en même temps ou regarder deux
programmes de télévision en même temps. Tu ne pourrais pas te syntoniser
proprement sur aucune. Ne t’inquiète pas. Je serai proche quand tu penseras à
moi. »
« Salueras-tu ma mère et mon
père et les tiens également ? Dis-leur que je les aime. »
« Ils savent que tu les aimes, John. Nous sentons
l’amour très fortement ici. Ils t’aiment, aussi, et te rencontrent, de temps en
temps pour échanger des pensées et t’apporter des perles de sagesse. Quand tu
as besoin de leur parler, garde-les fermement dans tes pensées et parle-leur
comme s’ils étaient tout près devant toi. Vous serez en contact instantané.
Sache qu’on t’aime beaucoup. »
À ce moment, nous avions rejoint les
autres, j’ai soudainement senti une fatigue m’envahir totalement. Je bâillai et
dit : « Excusez-moi. »
Tous me regardaient maintenant et me
souriaient. La dernière chose dont je me souviens c’était Mardai qui me disait,
« Ne t’inquiète plus de la situation financière. On s’en occupe… le défi
est presque terminé. Dors bien et… »
Chapitre
quatorze
La Pierre d’Ambroisie
|
L |
e
son du téléphone me réveilla de ce qui aurait été un rêve très profond. J’étirai
le bras pour saisir l’écouteur et comprendre que c’était seulement mon appel de
réveil, me souhaitant de faire face à un jour nouveau. La dernière chose dont
je me souvenais avant de m’endormir la nuit dernière, c’était que je me
trouvais dans une verte prairie avec Mardai, les enfants et Pandayji, Gédéon et
Marla. Comme ça me semblait réel alors, mais maintenant, avec la lumière du
jour entrant à flot par les fenêtres, mon esprit rationnel se révoltait. Il
répétait continuellement qu’un rêve est un rêve est un rêve et les histoires
racontées durant la nuit n’ont aucun rapport avec mes heures d’éveil.
Assis sur le bord du lit je ruminais tout
cela ; une partie de moi savait mieux et réfléchissait sur les événements
de la nuit dernière. Dans un instant je me suis souvenu de tout – la prairie,
le clair de lune, la visite avec Mardai – tout me revint de façon vivace avec
une telle force que je pouvais difficilement rester calme. Je devais voir
Pandayji et entendre sa version de ce qui est arrivé. Gédéon et Marla auraient
aussi des explications à fournir.
Son agenda flexible permettait à Pandayji de pouvoir
passer beaucoup de temps avec moi à Bombay et même de voyager avec moi dans
d’autres régions de l’Inde, si nécessaire. J’ai toujours été étonné de son
vaste réseau d’amis. Des princes aux paysans, des intellectuels aux illettrés,
Pandayji était aimé et respecté par beaucoup de gens. Ni les Saints des
Himalayas ni le haut et puissant d’Hyderabad ne pouvait refuser sa visite. Il était à la fois un ami
loyal et influent et j’étais, en fait,
heureux qu’il partage son temps avec moi.
Dans une demi-heure à peu près nous devrions nous
rencontrer au Café Samarkand, qui fait partie des dépendances de l’hôtel. Je
jetai un coup d’œil à l’horloge de la garde de nuit et vis que je devais faire
vite. Revigoré par une douche rapide, je me retrouvai bientôt arpentant la
salle d’attente pour atteindre les entrées du Samarkand. À cette heure
matinale, c’était relativement peu encombré. Je l’ai repéré à une table dans un
coin du fond. Il me vit arriver et me dit
en souriant : « Bon matin, John, je parie que vous avez bien
dormi la nuit dernière. Ces longs vols peuvent être si fatigants, surtout quand
on traverse tant de zones horaires ».
« C’est agréable de te revoir, Pandayji »,
répondis-je en m’assoyant en face de lui. J’étais anxieux de le questionner sur
ses expériences dans la prairie, mais je pensai que ça pouvait attendre un peu.
Pendant le déjeuner, nous avons discuté de mon agenda de la semaine et avons
convenu qu’il restait assez de temps pour visiter quelques endroits
intéressants dans le nord, si ça me plaisait. Même pas un mot de sa part sur la
nuit dernière, aussi j’abordai le sujet. Comme je n’étais pas certain si tout
cet événement n’était pas le fruit de mon imagination échauffée, je me montrai
plutôt prudent dans mon approche. « Des choses étranges sont arrivées la
nuit dernière, Pandayji », dis-je.
« Il leva immédiatement la tête pour
dire : « Votre chambre n’était pas confortable ? Je vais
leur parler. »
« Non, pas ma chambre, Pandayji.
Juste quelques rêves je pense », repris-je.
Il plissa le front comme s’il essayait de se
rappeler, et dit : « Maintenant que j’y pense, moi aussi, j’ai eu des
rêves dans lesquels vous et Mardai, Jonathan et Malika étaient présents. Mais
je ne peux me souvenir d’autre chose. Il semble qu’il y avait aussi d’autres
personnes. »
« Quels autres ? » Demandai-je,
« Gédéon et Marla ? »
« Je les connais par tes
livres, John, et puis, je ne les ai jamais rencontrés personnellement. Les noms
me semblent familiers, mais en réalité, je n’ai aucune idée des autres qui
auraient été dans mon rêve. Et même si j’avais rencontré Gédéon et Marla, je n’aurais
pas su qui ils étaient. » Il sourit et dit qu’il avait bien dormi et était
désolé de ne pouvoir se souvenir du reste de son rêve. Toutefois, je savais
qu’il croyait que les rêves sont importants et avait un effet bénéfique sur
notre vie quotidienne. Mardai avait raison, pensai-je. Pandayji a oublié qu’il
nous avait rencontrés la nuit dernière. Alors il me demanda ce qu’il en était
de mon rêve.
« Eh bien, répondis-je, j’ai vu Mardai et les
enfants. Gédéon et Marla étaient là aussi, mais la chose la plus étrange était
que là, vous parliez avec Gédéon et Marla. Pour moi, c’était plus qu’un rêve,
Pandayji, C’était si réel… aussi réel que de vous voir assis ici maintenant.
Peut-être que ce n’était pas du tout un rêve. Peut-être que c’est réellement
arrivé. »
« Il y a beaucoup de mystères
sur Terre, John, dit-il, plusieurs dimensions pour la vie. Nous existons probablement
dans toutes ces dimensions simultanément. Mais je pense que nous ne nous en souvenons que vaguement pour
ne pas les confondre. »
Nous avons fini le déjeuner et il
était temps de m’occuper de l’affaire pour laquelle j’avais fait un si long voyage.
Pandayji s’était occupé de faire tous les arrangements, de sorte que mes
rendez-vous se sont faits rondement – si rondement en fait, qu’il nous restait
une grande partie de la journée pour faire ce que nous voulions.
« Pourquoi ne prenez-vous pas un peu de repos ? Vous devez être
encore un peu fatigué. Nous pouvons nous rencontrer plus tard pour le dîner »,
dit-il quand son taxi me ramena à l’hôtel. Ça me convenait bien, aussi j’agréai
à sa suggestion.
« Est-ce que ça irait vers 7h p.m.? Au Samarkand ?
Me demanda-t-il quand je débarquai.
« Ce serait excellent »,
repris-je, en le saluant.
« Je vous verrai alors »,
dit-il et il ajouta comme arrière-pensée, « ce serait vraiment intéressant
de rencontrer Gédéon et Marla un de ces jours. »
Je souris, « Un jour, peut-être »,
et j’entrai à l’hôtel. Un petit repos me ferait du bien. Quelques minutes plus tard j’étais dans ma
suite et au moment de fermer les yeux, on frappa à la porte. J’aurais dû mettre
le signe « Ne dérangez pas » sur la poignée, pensai-je en me levant
pour aller voir qui était là. Je n’ouvre jamais une porte d’hôtel sans regarder
pour voir qui est de l’autre côté.
« Qui est-ce ? »
Demandai-je.
« Gédéon et Marla » vint
la réponse.
J’ouvris la porte pour souhaiter la
bienvenue à mes deux amis.
« Nous ne resterons pas
longtemps, dit Gédéon, juste pour vous rappeler que nous serons ici
pendant quelques jours, au cas où vous ne m’auriez pas entendu vous le dire la
nuit dernière. Dans l’excitation de revoir Mardai, vous pouvez avoir
été mêlé et pensé que c’était un simple rêve. »
« Entrez, insistai-je, au
moins restez un moment. »
Ils entrèrent et Gédéon prit la
chaise longue alors que Marla s’assit au sol dans la position du lotus.
« Ainsi, ce n’était pas un rêve après tout », murmurai-je d’un ton
rêveur.
« Non, John, dit Marla, ce n’était pas un
rêve. Vous posez toujours des questions à son sujet. Aussi, il était temps que
Mardai vous dise elle-même, comment elle allait. »
« C’était magnifique de la
revoir, mais c’était totalement inattendu. Elle m’a expliqué beaucoup de choses
et dit que vous me parleriez de ma situation financière et comment la
redresser. Et, évidemment, il y a ce grand secret que vous mentionnez toujours.
Je suis si fatigué d’en entendre parler. N’est-ce pas le temps pour vous de me
dire ce qu’il en est ? » Je regardai Marla et Gédéon à tour de rôle.
« Nous vous verrons au dîner
pour en discuter », dit Gédéon.
« Pandayji et moi nous nous
rencontrerons pour le dîner. Je suis sûr qu’il aimerait vous rencontrer tous
les deux. Vous avez eu une longue conversation avec lui la nuit dernière et,
pourtant, il ne semblait pas se souvenir d’aucun de vous ce matin. ».
« Ce qui est certain », reprit
Gédéon, « c’est qu’il nous a vus seulement dans ses rêves. Au dîner ce
soir, il aura la chance de nous voir avec vous. Ne vous en faites pas. Ce sera
drôle. »
En se levant tous les deux, Gédéon ajouta,
« Nous allons nous retirer. Pas nécessaire de vous lever ».
Marla se pencha et me donna un gentil
bécot sur la bouche. Elle me sourit, fit un clin d’œil et dit : « Rappelez-vous
ce qu’elle vous a dit la nuit dernière. »
Ils se retournèrent, et passèrent au
travers de la porte fermée.
« Ça doit être merveilleux de
faire ça », pensai-je en tombant endormi juste là sur le sofa.
Quand je me suis réveillé c’était presque l’heure du dîner ; je me
suis donc préparé à la hâte, puis me dirigeai vers le Samarkand. Ce serait merveilleux,
pensai-je, de se rencontrer tous ensemble. Mes amis et mes connaissances ont
rarement, ou jamais, vu Gédéon ou Marla et je ne pouvais m’empêcher de me
demander pourquoi on ferait exception pour Pandayji.
En quelques minutes,
je me dirigeais vers le restaurant quand j’entendis la voix de Pandayji
crier : « Allo, John, par ici. »
Je regardai vers la voix et j’aperçus Pandayji et un vieil
homme barbu près des grandes colonnes qui s’élèvent dans la salle d’attente.
« Salut, Pandayji », dis-je en marchant vers eux.
« John, dit Pandayji, je veux que vous
rencontriez un de mes vieux amis. On le connaît comme le Batelier de
Pondicherry et il est en ville pour quelques jours seulement. »
« Bonjour, Mon…sieur…bonjour…. » Dis-je en
tendant la main au Batelier, « je suis content de vous rencontrer »,
continuai-je, « quel est votre nom avez-vous dit ? »
« Appelez-moi seulement Batelier », dit-il avec
un sourire malicieux. « Depuis des années, Panday, ici, m’as parlé
beaucoup de vous. D’une certaine façon, c’est comme si je vous connaissais. »
Peu doué pour juger de l’âge, je pensais que le Batelier
devait être quelque part dans les soixante-dix avancés. Sa barbe, longue et
blanche, flottait jusqu’au milieu de sa poitrine, complétant ses cheveux gris
qui atteignaient ses épaules. Il était vêtu d’une robe de couleur safran avec
un bandeau bleu qui ceignait son front. Il paraissait être dans une excellente
condition physique. Bien qu’il soit définitivement de descendance indienne, sa
voix profonde et résonante s’exprimait dans un anglais impeccable avec un léger
accent britannique.
« Je suis content de vous voir, John », continua-t-il
en me regardant droit dans les yeux.
« Quel bel accent vous avez », dis-je en ajoutant
aussitôt, « Voulez-vous vous joindre à nous pour le dîner ? »
« Pas ce soir, je vous remercie »,
répondit-il. « Et l’accent, c’est ce qui reste de mon séjour à
Oxford et à Cambridge. »
« Je me tournai vers Pandayji et insistai,
« Pandayji, s’il vous plaît, dîtes-lui de rester. Gédéon et Marla vont aussi
nous rejoindre pour le dîner. Ce serait merveilleux pour nous tous. S’il vous
plaît, ça ne causera aucun problème. »
Les yeux de Pandayji se mirent à briller quand il entendit
que Gédéon et Marla se joindraient à nous. « Pourquoi ne
resteriez-vous pas pour le souper, Batelier ? Ce serait intéressant de
rencontrer d’autres amis de John. »
« J’aimerais vraiment ça », reprit le Batelier,
« mais j’ai des rendez-vous à remplir. Si plus de gens marchaient sur
l’eau, on n’aurait pas besoin de bateliers, ou », et il se mit à rire,
« si vous préférez, des passagers à bord. Toutefois, j’ai un petit cadeau
pour vous, John. »
Il me tendit un petit paquet enveloppé dans un joli papier
bleu. « Prenez ceci, dit-il, je pense que vous l’avez cherché
pendant longtemps. C’est seulement un petit cadeau, mais je veux que vous
l’ayez. Mais vous devez me promettre de ne pas l’ouvrir avant le dîner. »
« Merci », dis-je en prenant le cadeau,
« merci. Je vous promets de ne pas l’ouvrir avant. Je désire que vous
restiez. »
« Je dois partir maintenant, reprit-il. Je vous
reverrai probablement avant votre départ. Sinon, à un de ces jours, quelque
part. » Il se tourna vers Pandayji en disant : « Merci, Panday,
de m’avoir donné l’opportunité de le rencontrer. Je vous en sais gré
énormément. Je vous verrai bientôt. » Il inclina la tête, se retourna et
partit.
« Rappelez-vous », dit Pandayji, « vous avez promis d’attendre. »
« Jusqu’au dîner alors », répondis-je.
« Je suis si excité à l’idée de rencontrer Gédéon et Marla, John », dit Pandayji, « je ne savais pas qu’ils étaient ici. »
« Ils voyagent beaucoup », répondis-je. « Vous ne savez jamais quand vous allez les frapper? J’ai su qu’ils étaient ici seulement quand ils se sont arrêtés à mon hôtel. Je suis sûr que vous allez aimer leur compagnie. »
« Je gage que oui », dit Pandayji.
« Allons les attendre au restaurant. »
Nous sommes allés au Samarkand et avons rapidement choisi une table pour quatre près d’une fenêtre qui donnait sur la mer.
« Vous souvenez-vous de cette table, John ? C’est celle où vous, Mardai et moi nous nous asseyions si souvent il y a des années. »
« Oui », répondis-je, « elle me semble familière, mais il me semble que c’était il y a un siècle. »
« Maintenant vous pouvez ouvrir votre cadeau reçu du Batelier. C’est l’heure du dîner. »
« Vous avez raison. Voyons ce que c’est avant que Gédéon et Marla n’arrive. » En disant cela, je déchirai l’emballage. J’avais dans la main une petite boîte en bois bien décorée qui exhalait une faible odeur de cèdre. Je l’ai lentement ouverte pour trouver au centre un petit sac en velours. J’ai pris le sac qui semblait contenir un objet solide. Pandayji se pencha plus près alors que je retournais le sac ; j’en tirai délicatement le contenu. Là, dans la paume de ma main, j’avais une pierre douce de la taille d’une noix, d’une forme quelque peu allongée et d’une teinte gris-vert. Je l’ai regardai de plus près et j’ai vu qu’elle portait des lettres incrustées.
« Regarde, Pandayji, m’écriai-je, c’est une pierre avec le mot…oh, ça ne se peut pas… Pandayji, c’est impossible… non, non ça ne se peut pas. Croiriez-vous ça, Pandayji ? Regardez ce qu’il y a d’écrit ici. On lit… c’est quelque chose d’autre… »
« Quoi, John ? Pour l’amour du ciel, qu’est-ce qui est écrit ? »
« Voyez par vous-même », balbutiai-je, « il est écrit AMBROISIE. C’est la pierre d’Ambroisie. Pandayji, ça ne se peut pas, n’est-ce pas ? »
Je tendis la pierre à Pandayji qui l’examina prudemment des yeux. « J’ai entendu parler de cette pierre et de ses propriétés magiques. Mais pourquoi le Batelier vous l’a-t-il apportée ? »
« Je n’en ai pas la moindre idée, Pandayji. Il y a des années, mon père m’avait parlé de cette pierre. J’ai passé beaucoup de temps et dépensé beaucoup d’énergie pour essayer de la trouver. Je me rappelle que mon père m’avait dit qu’il avait entendu parler de cette pierre par un vieil homme qui vivait près de la rivière. »
« Eh bien, le Batelier vit près de la rivière. Se pourrait-il qu’il soit le vieil homme dont votre père a parlé ? »
« Impossible », dis-je, « mon père n’a jamais visité cette région. Comment aurait-il pu rencontrer le Batelier ? »
« Allo là-bas, y a-t-il quelqu’un à la maison ? » s’écria une voix familière. Tous les deux, Pandayji et moi étions si concentrés sur la pierre que nous n’avions pas remarqué Gédéon et Marla qui se tenaient près de la table.
« Pandayji », dis-je en remettant la pierre dans le petit sac, « je veux vous présenter mes chers amis, Gédéon et Marla. »
Chapitre
quinze
Si
vous plantez un Séquoia…
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P |
andayji est rarement pris de court quand son travail le met en contact avec toutes sortes de gens. Il est aussi à l’aise quand il parle avec des paysans dans les plantations que quand il adresse un discours enflammé à de grandes foules. Sous les auspices de Pandayji, j’avais rencontré des chefs de gouvernement et de grandes célébrités de ce pays et, pourtant, en présence de Gédéon et de Marla, il ressemblait à un enfant d’école qui voyait son héro, face à face pour la première fois.
« Salut Pandayji », dit
Gédéon en s’approchant pour prendre la main que Pandayji lui
tendait, « Je suis très heureux de vous revoir. »
« Me revoir ? Que
voulez-vous dire, monsieur ? » Pandayji regardait tout étonné, « malheureusement,
je ne me rappelle pas de vous avoir déjà rencontré. »
«Marla s’approcha de Pandayji, lui
serra la main et dit : « Vous pouvez ne pas vous souvenir de
nous avoir rencontrés, mais je vous assure, nous vous connaissons bien. John nous
parle souvent de vous. Et, évidemment, nous vous voyons de temps en temps quand
nous visitons les Saints. Parfois, nous nous rencontrons en rêve. »
« Vous comprenez certainement
ces choses, Pandayji, ajouta Gédéon. Celui qui passe tant de temps avec
les Saints comprendra qui nous sommes et ce que nous faisons. »
À ce moment, nous étions tous assis
confortablement autour de la table. Avoir en ma possession la Pierre d’Ambroisie
après toutes ces années me faisait saliver d’excitation. J’étais anxieux de
partager cette histoire avec Gédéon. Du coin de l’œil je pouvais voir Pandayji
assis et absorbant, comme une éponge tout ce qui se passait. C’était comme s’il
tentait de se rappeler des aventures oubliées depuis longtemps pendant qu’il refaisait
connaissance avec de vieux compagnons. Je regardai Marla par hasard et, de
nouveau, je sentis cette attirance du fait de l’avoir près de moi. Nous avons
commandé notre dîner et causé de tout et de rien pendant qu’on le servait. Mais
la Pierre d’Ambroisie, je dois y revenir.
« Gédéon, savez-vous ce qu’est
ceci ? » Demandai-je, en retenant à peine mon enthousiasme entre les
bouchées du délicat rôti Indien. « Je veux dire, ceci est la chose la plus
étonnante qui pouvait jamais m’arrivé. Voici, regardez-la. » Je tendis le
petit sac contenant
Aussi fortuitement que vous
pouvez le penser, Gédéon prit le petit sac et sans l’ouvrir dit :
« Oh, la Pierre d’Ambroisie. Ne me dites pas que le Batelier de Pondichéry
était ici. » Sa voix restait tellement normale, comme si ce genre de
choses arrivait tous les jours. Je regardai Marla espérant qu’elle dise quelque
chose pour soutenir mon enthousiasme, mais elle semblait encore moins amusée
que moi par ma nouveauté.
« C’est exact, Gédéon, dit-elle, ne vous
rappelez-vous pas que le Batelier avait parlé de donner la Pierre d’Ambroisie à
John ? Mais ça fait très longtemps. »
« Ah, maintenant je me rappelle »,
reprit Gédéon en se tournant vers moi, « évidemment, John, la Pierre
d’Ambroisie. Vous avez désiré l’avoir depuis que vous étiez petit garçon.
Comment puis-je avoir oublié ? Vous pensiez qu’elle accomplirait des miracles
pour vous. Vous savez, John », dit-il d’un air songeur, « je
pense que vous croyez encore que la Pierre d’Ambroisie est un génie magique. »
« Eh bien, n’est-ce pas le
cas ? Cette Pierre n’est-elle pas légendaire ? » Demandai-je un
peu déçu de leur manque d’appréciation.
« Oh, John, reprit Marla, ne savez-vous pas
maintenant que la magie n’est pas dans la pierre ? Elle n’est pas dans le
ciel, dans l’eau ou dans les arbres. La magie est en vous. Elle a toujours été là. Cette pierre ou les cristaux, les
images, les chapelets, les pattes de lièvre et tous les autres symboles ne sont
que cela – des symboles de quelque chose d’autre, de quelque chose de très supérieur.
La magie de la Pierre d’Ambroisie n’est qu’un reflet, et un pauvre reflet de la
vraie magie de votre être. »
Mon enthousiasme tomba. Après toutes
ces années, j’avais maintenant en ma possession la pierre magique seulement
pour découvrir qu’il n’y avait pas de magie dans la pierre après tout. Mon père
fut-il trompé par les histoires qu’il avait entendues? Est-ce que le vieil
homme qui vivait près de la rivière n’était qu’une histoire répétée par les
parents pour émerveiller les petits enfants ? Et pourtant, il semblait que
Gédéon connaissait le Batelier ou savait quelque chose sur lui. Ne restait-il
aucun mystère dans l’univers, pas de magie après tout ? L’expression de
mon visage changea jusqu’à présenter une image de découragement. Pandayji me
tapa sur l’épaule et dit : « Moi, aussi, j’ai entendu des histoires
sur cette pierre. Peut-être n’était-ce que des légendes, mais j’ai entendu dire
que les mythes et les légendes ont leur origine dans certaines formes de
vérité. Qui sait, John, les légendes étaient peut-être quelque peu exagérées. »
« C’est la croyance
au pouvoir de la Pierre qui crée la magie », dit Gédéon. « Le
pouvoir de la croyance est une des plus puissantes potions disponibles. La
pierre ou tout autre talisman n’est qu’un point focal de vos croyances, Croyez
que vous habitez dans un monde magique et le monde est plein de magie. D’un
autre côté, croyez que vous vivez dans un empire du mal et tout concourra pour
vous prouver que vous avez raison ». Il me redonna cérémonieusement le
petit sac. »
« C’est un objet merveilleux,
John, dit Marla. Peut-être devriez-vous le garder bien en vue sur votre
pupitre pour vous rappeler sa signification. Découvrez le pouvoir qui est déjà
en vous et vous n’aurez jamais besoin de la Pierre d’Ambroisie pour vous
apprendre qui vous êtes. »
J’étais triste. J’étais ici entouré d’amis
merveilleux, mais je me sentais découragé à cause d’une pierre – un morceau de
roche.
La voix de Gédéon s’immisça dans mes
pensées. Il doit avoir remarqué ma face longue. « Votre déception est due
au fait que vous pensez qu’il n’y a pas de magie dans la roche, John. Mais ça
ne veut pas dire que la roche était inutile. Elle a servi et servira encore de
focalisateur d’une immense énergie. Par exemple, il y a longtemps en Angleterre,
j’ai vu le Roi Richard Cœur de Lion l’utiliser pour reconquérir sa couronne. En
croyant au pouvoir de la Pierre d’Ambroisie, les hordes de Gengis Khan furent
capables d’affronter la plus grande partie du monde civilisé. Les anciens
Égyptiens bâtirent les pyramides avec son aide. Gandhi l’a utilisé pour apporter
la liberté à son pays. Tous savaient que le pouvoir était en eux-mêmes, mais il
s’exprimait par l’intermédiaire de la Pierre d’Ambroisie. »
« C’est peut-être comme le plus grand secret
dont vous allez me parler. Beaucoup de bruit pour rien. » J’étais sur une
lancée et pas question d’en revenir. « Voici, continuai-je, nous avons Pandayji avec nous. Il était
si excité à la perspective de vous rencontrer tous les deux qu’il pouvait à
peine attendre. Pourtant, nous sommes assis ici et nous parlons d’une pierre
stupide. » Je continuais pendant qu’ils subissaient patiemment mon
monologue en m’apitoyant sur moi. Je parlai du long et dur voyage vers le
succès, et de rêves ridicules d’oiseaux qui lisaient des livres, et je disais
que nous mettons notre confiance dans les mauvaises choses et que, même après
avoir fait et bien fait tout ce qui est en notre pouvoir, le résultat peut ne
pas être celui qu’on attendait. Je me glorifiais de mon apitoiement personnel –
en montrant que mes problèmes financiers avaient rendu difficile l’atteinte du
succès ou la joie d’accomplir quelque chose, que ça a duré si longtemps mais sans
apporter de changements importants.
En concluant ma session déclamatoire
et délirante, je me trouvai embarrassé du fait que Pandayji fut témoin d’un tel
éclat si peu lumineux. « Eh bien, là ! Dis-je. Je me sens bien
maintenant, beaucoup mieux. C’était merveilleux de plonger dans l’apitoiement
sur soi. Maintenant, regardez bien ceci ! » Je saisi le petit sac, en
sortis la Pierre d’Ambroisie, m’approchai
de la fenêtre ouverte et, dans un dernier geste de frustration et de dégoût, je
la lançai loin dans la Mer d’Arabie. Ensuite dans une attitude épouvantable je
me suis rassis et regardai mes trois amis et souris d’un air satisfait.
« Maintenant qu’est-ce que vous disiez au sujet des finances,
Gédéon ? »
« Quelles finances ? Ai-je dit quelque
chose au sujet des finances ? » Ironisa Gédéon. Puis vivement avec un large sourire il
poussa ; « Je sais, je sais. J’expliquerai. Je ne veux pas que
vous me jetiez aussi à l’eau. »
« Venons-en au point et étape par étape, s’il
vous plaît. » Demandai-je sur un ton de commandement. « Mardai m’a
dit que vous m’expliqueriez les finances… l’argent…. Pourquoi est-ce que ça a été
un problème pendant si longtemps ? Je suis fatigué et plus qu’un peu
frustré. Je continue à me demander comment je vais prendre soin de ma famille
et payer toutes ces factures, Je vais rester ici pendant des heures, si
nécessaire, pour écouter ce que vous avez à dire. Aussi, dites-le. Allez,
Gédéon. S’il vous plaît, commencez maintenant. J’écoute. »
Je restai tranquille quelques instants en reprenant
mon aplomb alors qu’il finissait le dernier morceau de son dîner. Puis, il me
regarda droit dans les yeux en déclarant : « Autrefois vous
aviez une bonne sécurité
financière ; puis vous l’avez perdue et avez dû recommencer à zéro. Vous
avez été capable de la reconstruire, mais vous avez rencontré des hauts et des
bas au cours des dernières années. Vous… »
Encore très contrarié, je
l’interrompis. « Ne racontez pas mon histoire financière, Gédéon. Je
suis tout à fait familier avec elle. Dites-moi seulement quel est le problème,
où est la solution et pourquoi ça a pris un maudit bout de temps avant de la
rétablir. Est-ce trop vous demander ? »
Il ne se laissa pas déranger par mes vexations.
Mais sur un ton normal, continua calmement, comme un professeur expliquant une
idée à un étudiant plutôt lent. « Pour savoir où vous en êtes, vous devez
regarder où vous avez été. Et pour savoir où vous vous en allez, vous devez
savoir où vous en êtes. Vous êtes au point de récolter les bénéfices de tout le
dur travail et la persévérance que vous avez investis dans votre vie. Plusieurs
fois, les gens pensent qu’ils ont un problème d’argent. Au lieu de cela, ils
ont le problème de revenir en eux-mêmes et de savoir qui ils sont. Si votre
problème semble être seulement l’argent, alors vous n’avez aucun problème. »
« Là vous partez encore »,
dis-je en l’interrompant avec impatience. Je voulais savoir pourquoi ç’avait
pris autant de temps pour sortir de ce labyrinthe d’argent qui m’a tourmenté si
longtemps. Mais ici il me servait des platitudes au sujet de récolter des
bénéfices, se faisant persistant, prenant toujours une autre étape et un tas de
double langage. « Pourquoi n’en venez-vous pas au point ? »
Demandai-je. À ce moment, je ne me préoccupais pas de ce qu’il me frappe avec
le tonnerre ou me brûle par l’éclair.
Cette fois il ne souriait pas. Ses yeux,
passant normalement des rires à la compassion, se plissèrent en deux lignes de
glace. J’ai su que j’avais allumé la foudre. Je n’ai jamais vu Gédéon ni Marla
pris dans les angoisses de la colère. Je me suis souvent demandé s’ils n’étaient
pas affectés du tout par les émotions, seulement pour découvrir plus tard que
tout le monde l’est. Ce n’est pas que Gédéon perdait sa patience, c’était
plutôt que ses yeux disaient, « Fermez-la, arrêtez de vous plaindre et
écoutez ce que j’ai à dire. » Un moment plus tard, ces yeux perçants
s’adoucirent pour revenir à leur état normal. Comme il a bien manœuvré pour
contrôler ses émotions, pensai-je. Cette fois j’ai décidé de l’écouter sans
l’interrompre.
« Pour ce que j’ai à dire au sujet des
finances, spécialement des vôtres, John, ça va prendre un peu de temps. Mardai
savait ce qu’elle disait quand elle vous a dit que ces troubles arrivaient à
leur fin. Vous avez peiné pendant plusieurs années au travers de périodes très
dures pour joindre les deux bouts. Il y eut plusieurs fois où vous vouliez
abandonner, mais vous vous êtes reposé un moment puis avez continué. Dans tout
cela, vous avez montré un courage et une persévérance remarquables. Vous avez
fait preuve d’une foi profonde et n’avez jamais cessé d’espérer. Et pourtant,
rien ne semblait changer. »
« Vous avez mauditement raison », lui
jetai-je en oubliant ma résolution de me taire et d’écouter. « Rien n’a changé. Ou pour être plus exact, plus les
choses changeaient, plus elles restaient les mêmes. »
Il fit semblant de ne pas
entendre et continua. « Chaque fois que vous deveniez fatigué ou désespéré
ou frustré, vous émettiez tellement d’énergie autour de vous que vous ne
pouviez pas entendre ou voir l’aide qui était toujours disponible. Vous saviez
dans votre tête que votre problème n’était pas d’augmenter votre revenu mais
d’élargir votre conscience. Vous le saviez dans votre tête, mais vous ne le
saviez pas dans votre cœur. Vous avez vu la connexion assez souvent pour vous
rappeler du vieux proverbe, ‘Ce n’est pas par la volonté ni par le
pouvoir, mais par mon Esprit, dit le Seigneur’. Ce dont vous aviez besoin, ce
n’était pas d’argent, vous n’aviez besoin que d’idées. Une seule bonne idée
pourrait vous apporter tout l’argent dont vous n’aurez jamais besoin. Quand
vous êtes ennuyé ou troublé, votre anxiété bloque le flot des idées créatives.
Vous survivez alors à la circonférence de la vie, au lieu de vivre dans le
centre de votre être. »
Il fit une pause pendant un moment et je saisis
l’occasion pour lui demander : « Est-ce ce qui est arrivé
pendant tout ce temps ? »
Marla répondit pendant que Gédéon
prenait une gorgée de café. « Oui, dans un sens, John. D’une certaine
façon, c’était ce que vous faisiez, mais ce n’est pas toute l’histoire. Les
graines de fèves croissent très vite, produisent leur récolte, puis sèche en
une seule saison. Les Séquoias prennent beaucoup plus de temps pour croître,
mais ils durent des siècles. Les deux arrivent comme de petites graines et les
deux ont leur place dans un plan plus
large des choses. À cause de votre nature et à cause des arrangements que vous avez
faits avec vous-même aux plus hauts niveaux de votre être, vous avez décidé de
ne pas semer des graines de fèves. Au lieu de cela, vous avez semé des graines
de Séquoias. Si vous semez des graines de Séquoias, vous obtenez des Séquoias.
Il semble que ça prend une éternité, mais ils ont finalement grandi en de
magnifiques arbres géants et maintenant c’est le temps de se reposer gentiment
à leur ombre ici. »
Pandayji avait été si absorbé que j’ai sursauté à
l’entendre parler. « Je pense que j’ai eu le même problème. Les situations
sont beaucoup meilleures maintenant que dans les dernières années. J’étais sur
le point d’accepter la médiocrité et de m’installer dans une vie de difficulté
financière. Puis j’ai rencontré un des Saints qui m’a expliqué cela comme vous,
Marla. Depuis ce temps, j’ai compris que tout n’était pas mauvais en moi ou
dans le choix de ma carrière. C’était plutôt que des idées qui étaient bloquées
cherchaient à s’exprimer à travers moi. Maintenant je laisse les idées couler
librement et j’écoute dans la tranquillité de mon cœur ‘la petite voix
tranquille’ qui murmure toujours le chemin à prendre. »
« C’est la façon de faire, Pandayji. Les
Saints connaissent les secrets de l’univers », dit Gédéon. Puis, il se
tourna vers moi et continua. « Et nous allons parler du plus grand secret
aussitôt que le moment sera venu. Mais ce n’était pas toute l’histoire au sujet
du manque et de la pénurie, John. Beaucoup de gens ne croient pas qu’ils
méritent la prospérité. Ils sont remplis de culpabilité et de peur et, au fond
de leur cœur, la culpabilité leur dit : ‘vous ne méritez pas, vous ne
méritez pas. Vous avez tout gâché avant. Vous ne valez rien’ et la peur
dit ; ‘Recherchez la sécurité. Fréquentez ses temples et on prendra soin
de vous pour le restant de votre vie’. Ce qu’ils oublient de réaliser c’est qu’il n’y a aucune sécurité dans les choses
matérielles. La sécurité est un état de l’esprit. Comme l’homme qui un jour
disait, ‘Plusieurs fois j’ai été brisé, mais je n’ai jamais été pauvre’. Être
brisé, c’est généralement, une affaire temporaire. Être pauvre est un état
d’esprit, une condition de l’existence, si vous voulez. Il nous ramène tous au
concept du soi. »
Un garçon de table nettoya la table pendant qu’un autre qui
poussait un chariot plein d’un assortiment de pâtisseries anciennes s’informait
de ce que nous voulions comme dessert. Pandayji nous fit quelques suggestions
auxquelles nous nous sommes ralliés. En savourant notre dessert, Gédéon
poursuivit son explication. « La prospérité est un aspect de l’esprit. C’est
d’avoir une conscience d’où proviennent toutes bonnes choses. Il y a certaines
lois qui déclenchent la prospérité. Par exemple, l’habitude de remercier
plusieurs fois par jour pour toutes les bénédictions qui parsèment votre vie
fait disparaître beaucoup de scories qui empêchent le libre cours du fleuve de
la vie. Savez-vous que le sens du mot ’affluence ‘
est un flot qui coule librement ? » « Intéressant »,
murmurai-je, d’une façon plus calme maintenant, « Je ne l’ai jamais
regardé de cette manière. »
« Voici une autre loi de la prospérité. Quel que soit votre talent ou votre don,
donnez-le au monde aussi librement et aussi joyeusement que possible. Plus
vous donnez plus vous recevez. Vous trouverez cette loi caché ou déguisée dans
les livres saints de plusieurs religions. Vous avez entendu ce dicton,
‘Donnez et vous recevrez’. Vous ne pouvez pas donner l’Univers. Donnez ce
que vous avez. Quelle que soit votre situation dans la vie, il y en a beaucoup
qui désirent être dans vos souliers. Si minime que soit votre avoir,
partagez-le et il vous reviendra au centuple, de façon surprenante. »
« Certaines personnes pensent
qu’elles possèdent très peu, c’est pourquoi elles ne sont pas portées à être
généreuses », dis-je. « Elles disent que c’est difficile pour elles
de donner quand elles-mêmes luttent pour survivre. Que dites-vous à ces dernières ? »
« John, si vous trouvez
difficile de partager quand vous possédez très peu, croyez-moi, vous trouverez
dix fois plus difficile de partager quand vous aurez l’abondance. Au lieu de
dire, ‘Quand je serai riche, je donnerai aux autres’, donnez d’abord aux autres
et vous finirez par devenir riche. Ce n’est pas nécessaire que ce soit des
choses matérielles. Vous pouvez partager votre temps, vos talents, de
l’attention ou de la compassion comme vous pouvez partager votre pain. Un jour
un sage a écrit une petite chanson qui va comme ceci :
Il était un homme et on l’appelait le fou,
Plus
il donnait, plus il avait.
« Et n’abandonnez jamais l’espoir. Le mot
prospérité lui-même vient de la racine du mot ‘prospère,’ qui veut dire avancer
dans l’espoir. La foi, l’espoir et l’amour aideront à régler tous les problèmes.
Vous n’avez pas besoin de la foi pour avoir l’espoir, mais vous avez besoin de
l’espoir pour avoir la foi. L’espoir est l’ennemi de la peur. La peur dit que
vous allez tomber. L’espoir dit qu’il est possible de réussir. La peur dit que vous
allez perdre votre travail. L’espoir dit que vous allez en avoir un meilleur.
La peur dit que le temps s’en va vite. L’espoir dit de rester là un peu plus
longtemps. »
« Mais pourquoi ça m’a pris un
si long temps pour régler mes problèmes financiers, Gédéon ? Pourquoi
est-ce seulement maintenant qu’ils semblent se terminer ? Je comprends
tout ce que vous avez dit, ou peut-être, la plus grande partie. Je ne pense pas
avoir de la culpabilité d’aucune sorte. Parfois, je ressens un peu de peur, mais
comme vous dites, l’espoir la fait déguerpir. J’aime mon travail et j’aime
partager mes dons. Je donne aussi souvent que je le peux. Et souvent durant la
journée, j’arrête ce que je suis en train de faire et je prends une minute pour
remercier pour toutes les bénédictions que la vie me procure. Où est-ce que je
fonctionne mal ? Suis-je aveugle ? Je pense que j’accomplissais
toujours de bonnes choses, »
Il sourit et dit doucement : « Parfois
vous pouvez bien faire les choses et les choses ne répondent pas de la façon
que vous pensez qu’elles devraient. C’est ce qu’on appelle la vie. Ça veut
seulement dire que vous n’avez pas toutes les données. Si vous pouviez
seulement voir ce qui arrive dans le monde invisible, vous comprendriez que
tout est bien et que toutes les choses œuvrent ensemble pour le bien. Quand
vous plantez une graine, ça lui prend un peu de temps à croître. Vous vous
rappelez ? Les graines de fèves croissent vite. Les Séquoias prennent plus
de temps. Ne vous jugez pas trop sévèrement. Vous avez très bien manoeuvré en
fait. N’abandonnez pas maintenant.»
Un grand fracas suivi d’un bruit de
verre brisé interrompit notre paisible conversation. Je jetai un rapide regard
à Gédéon, en tournant la tête pour voir ce qui arrivait. La vue qui
m’accueillit me glaça le sang une fraction de seconde. Se précipitaient vers
notre table trois des plus terribles hommes que j’ai jamais vus. Je m’apprêtais
à courir pour me cacher quand Gédéon me fit signe de rester assis. Marla lança à
Gédéon un regard effrayé et s’écria : « C’est la Terreur de
Trivandrum ! » Pandayji et moi étions assis glacés de peur, fixant
sans y croire l’approche d’un désastre.
Chapitre
seize
La Terreur de Trivandrum
|
T |
rivandrum
est une petite ville dans le sud de l’Inde. Elle fait face à la mer et, bien
que la chaleur soit étouffante durant le jour, il fait frais durant la soirée à
cause des vents légers qui entourent le sommet du sous-continent. Plusieurs
années ont passé depuis que j’ai visité cette petite ville avec Pandayji, mais
je me rappelle vivement la nature spontanée et sociale de sa population. Il y
avait des pêcheurs et des fermiers, des soldats et des marins ; des
marchands colportant leurs marchandises, personnages étrangement vêtus
chevauchant des chevaux et criant à tue-tête. Oui, Trivandrum fut un temps
déjeté d’un autre lieu et d’un autre temps. Sans effort, avec souplesse et
grâce, elle a traversé les siècles longtemps avant l’Empire Britannique jusqu’à
aujourd’hui.
Parcourez n’importe quelle rue dans
Trivandrum et vous trouverez rapidement que vous êtes dans une machine à
remonter le temps et chevauchez plusieurs siècles. Des petits restaurants et
des boutiques pittoresques sont épinglés au hasard sur d’étroites allées.
Pendant que tout près dans une taverne, des rebelles tapageurs sortant
directement des écrits de Kipling ou de Clive sont assis en avalant d’un trait
le grog du roi. Écoutez attentivement et vous pouvez les entendre murmurer le
nom qui frappe de peur le cœur de ceux qui se délectent dans l’injustice, ceux
qui dévalisent les moins fortunés. Je me souviens que Pandayji me mentionnait à
voix basse la légende de la Terreur de Trivandrum.
Pendant des siècles l’histoire
racontait qu’il était un prince et qu’il avait été élevé dans le luxe de la
classe dirigeante. Philosophe autant que guerrier, il devint un merveilleux
jeune homme qui passa beaucoup de son temps à aider les pauvres gens de son
pays. Puis un jour un méchant demi-frère qui convoitait le trône assassina son
père. Le jeune prince fut capturé et gardé prisonnier dans le donjon par le
nouveau roi. Par la suite il s’évada avec l’aide de quelques guerriers loyaux
et traversa les collines de Vindya pour établir son camp dans un refuge
éloigné.
Comme le temps passait, il commença
à aider les autres qui avaient été lésés par le pouvoir en place. Il enleva aux
riches et donna aux pauvres. Lui et sa bande de rebelles se firent les champions
de la cause des opprimés. Sur plusieurs aspects, il était le Robin des Bois du
territoire. Plusieurs années passèrent. Mais il ne revint jamais comme prince
du royaume de son père, préférant passer le reste de sa vie à combattre le mal
et l’injustice. Personne ne semblait se rappeler son véritable nom et, dans le
temps, il s’était fait connaître comme la Terreur de Trivandrum. Certains
disent qu’il n’est jamais décédé et qu’il est âgé de centaines d’années.
D’autres disent que les dieux l’ont récompensé par l’immortalité pour ses
bonnes actions. D’autres encore affirment que c’est son arrière-petit-fils qui
a continué la tradition d’un Zoro des temps modernes. Quoi qu’il en soit, la
légende de la Terreur de Trivandrum continue dans cette ancienne cité et a
traversé loin au-delà de ses frontières.
Alors que, nerveusement, je regardais Gédéon, Pandayji resta bouche-bée pendant que trois
hommes, vêtus en habits de guerriers médiévaux, faisaient irruption à notre
table. Gédéon resta assis stoïquement et sans bouger. Les trois arrivèrent à
notre table, s’arrêtèrent, se mirent à l’attention et saluèrent. Le petit qui
portait une moustache en guidon de vélo parla le premier.
« Mon cher Sahib, Gédéon »,
les mots sortaient à flot de ses lèvres, « je vous présente mes
salutations ! Nous avons appris que vous seriez ici, je me suis dépêché de
venir vous présenter mes respects. Et vous, gentille Marla, vous êtes toujours
aussi rayonnante. »
Gédéon éclata de rires. Se leva
et l’embrassa. Marla rit nerveusement pendant que les deux autres se tenaient à
l’attention. Gédéon dit ; « Mon cher ami, ça fait tellement
longtemps. Qu’est-ce que vous faites ici ? Vous êtes vraiment une menace
pour la joie de vivre de tous ceux ici présents. »
« Je m’excuse pour mes manières
brutales, monsieur, mais je voulais seulement vous revoir. Quand nous nous
sommes rencontrés la dernière fois, vous m’avez aidé à faire remettre à ces
pauvres paysans la propriété que
l’inspecteur du village leur avait volée. Vous m’avez manqué énormément.
»
Gédéon retourna s’asseoir, nous
regarda Pandayji et moi en disant : « Je veux vous présenter un vieil
ami. Ce ‘gentleman’, j’emploie ce mot
dans un sens large, est le Prince Kamal, mieux connu comme la Terreur de
Trivandrum, le Fléau du Sud. » Il se tourna vers la Terreur et dit : « Voici
mes chers amis, Pandayji et John. Et, évidemment vous connaissez l’incomparable
Marla. »
« Je suis heureux de vous
rencontrer tous, dit la Terreur, et de nouveau mes respects, ma chère
Demoiselle Marla. »
« Kamal, vous n’avez pas changé
du tout. Vous êtes resté le même renégat. Ça fait plaisir de vous revoir, mais
je ne m’attendais pas à vous voir ici. »
À ce moment, le gérant du restaurant
accompagné de deux gardes s’approchait rapidement de notre table. La Terreur,
ayant prévu leur apparition, tira vivement de sa ceinture une épée longue et
menaçante. Ses deux compagnons firent de même et aurait causé toute un
esclandre si Gédéon n’avait pas crié aussi rapidement : « Serrez ça,
ici ce n’est pas nécessaire. » La Terreur et ses amis, rengainèrent
lentement leurs épées, tout en dévisageant le gérant qui devait maintenant
souhaiter être ailleurs.
Gédéon s’excusa auprès du
gérant. « Veuillez excuser mes amis. Ils ne voulaient faire aucun mal. Je
suis désolé pour les inconvénients et le brouhaha. De toute façon, ils vont
partir bientôt. » Le gérant ne
semblait que désireux que tout revienne au calme dans son restaurant. Il
remercia Gédéon, salua de la tête, se retourna et partit avec ses deux gardes qui
le suivaient nerveusement.
Marla lança : « Il
semble que vous faites toujours cet effet autour de vous, Kamal. Peut-être pourriez-vous
essayer d’être un peu plus cordial ? Ce n’est pas nécessaire de menacer
les autres de mort. C’est assez de peur et de colère pour l’instant. Nous avons
besoin de plus de lumière, non de plus de feu. » Puis elle lui adressa son
plus gentil sourire.
« Vous savez que je ne
heurterais réellement jamais une personne innocente, Madame. Ils ont peur
d’eux-mêmes à cause de l’opinion qu’ils ont de moi », répondit-il.
Finalement rassemblant assez de
courage pour parler, j’avançai : « M. la Terreur », et je fus immédiatement
frappé de la stupidité de ce que je disais. Je continuai néanmoins,
« est-ce que la légende qui vous concerne est vraie ? Certains disent
que vous êtes né il y a des centaines d’années. »
Il me regarda un instant, puis se
tourna vers Gédéon comme pour lui demander la permission de répondre. Gédéon
acquiesça de la tête et la Terreur sourit en disant : « Mon cher
monsieur, toutes les légendes prennent naissance dans la vérité quelque part à
un moment donné. Je suis né Kamal, Prince des Territoires de l’Est mais c’était
il y a longtemps. Ma mission consiste à convertir les méchants et à aider les
délaissés. Qu’Allah soit loué ! Je ne suis que son humble serviteur. Mes
disciples et moi chevauchons les vents dangereux, et par la barbe du Prophète,
nous ne nous reposerons que lorsque la justice aura été faite. »
« Nous avons entendu parler de
la Terreur », me dit Pandayji. « On parle de lui dans les grandes
villes et dans les petits villages de la nation. On dit que si vous avez perdu
tout espoir, appelez-le dans votre cœur et il vous entendra. Il enverrait alors
un détachement de ses guerriers pour aider à régler votre problème.
Certains disent que le Seigneur Rama en visite à Lankha fut aidé pendant son
voyage par la Terreur de Trivandrum. »
« Toute cette histoire paraît
si embrouillante », répondis-je alors que Kamal irradia un désarmant
sourire bon enfant. « Il semble que vous n’ayez pas d’âge. On parle de
vous comme si vous étiez né il y a des siècles. Et pourtant, vous ne semblez
pas être plus âgé que moi d’un jour. Je ne comprends vraiment pas. »
« Les choses ne sont pas
toujours ce qu’elles paraissent être, mon garçon », répondit la Terreur.
« Gédéon nous a enseigné que les apparences peuvent être décevantes. Les
gens ont peur de ce qu’ils ne comprennent pas. Et quand ils ont peur, ils
veulent le détruire ou s’en éloigner. Quand vous craignez vos ennemis, vous allez
chercher à les détruire ou à vous cacher d’eux. Mais quand vous comprenez qui
vous êtes et que vous ne pourrez jamais être détruit, quand vous vous mettrez à
vivre dans l’espoir, la spontanéité et la joie, vous trouverez que la vie coule
à travers vous avec la paix, l’opulence et la puissance. La prospérité devient
vôtre. Comme on a dit autrefois,’Vos ennemis sont ceux de votre propre maison’.
Ce sont, pour la plus grande partie vos propres peurs et vos propres pensées. »
« Alors pourquoi parcourez-vous
le pays en semant la terreur ? » Demandai-je. « Ne pensez-vous
pas qu’il y a de meilleurs moyens de régler les problèmes ? »
« C’est le jeu »,
répliqua-t-il, « j’aurais sûrement été détruit par l’ennui si je n’avais
pas fait partie de ce jeu. Nous jouons tous une sorte de jeu. C’est mon jeu et
je l’aime. Jamais de monotonie. D’autres s’adonnent aux jeux d’argent ou aux
jeux de société ou à n’importe quel autre. Je préfère celui-ci. Chaque jeu a
ses propres règlements. Si vous trouvez que vous n’aimez pas le jeu ou ses
règlements, au lieu de vous asseoir et de vous plaindre de ce jeu trompeur –
changez-le tout simplement. Regardez-le d’un point de vue différent ou écrivez de nouveaux règlements. Parfois les
gens se font prendre à leurs propres jeux et ne réalisent pas qu’ils peuvent
arrêter le jeu n’importe quand. Tout dépend du point de vue que vous retenez,
mon garçon. »
Un guerrier et un philosophe en même
temps, quelle combinaison, pensais-je.
« Je vais partir maintenant »,
dit-il en se mettant à l’attention. « Nous avons beaucoup à faire. Le
devoir appelle et tout ça. C’était merveilleux de vous revoir, Gédéon. Et Marla,
je pense encore à vous enlever et à faire de vous ma princesse. Êtes-vous
certaine que vous… ? »
Marla l’interrompit :
« Pas cette fois, Kamal. Mais continuez à essayer ; j’aime ça. »
« Je vous souhaite le bonsoir,
John », dit-il, puis il regarda Pandayji et continua, « Je suis
heureux de vous voir, Pandayji. Allons sous peu à Trivandrum. Il y a une
taverne pittoresque en face du marché principal. Je vous y rencontrerai. »
Il se pencha vers Marla, prit sa
main, la baisa gentiment, il se tourna ensuite vers Gédéon, le salua et, d’un
geste prétentieux, se mit en marche avec ses compagnons qui suivaient de près derrière lui. Ça m’a pris
quelques secondes avant d’assimiler tout ça. Je regardai tout autour et vis les
quelques responsables du restaurant qui restaient, assis tranquillement et
savourant leur repas comme si rien ne s’était passé. Je jetai un regard à
Pandayji, assis tout souriant comme si de tels événements étaient habituels. Je
regardai Gédéon et lui demandai : « Quel est le sens de tout
ça ? »
« Le sens ? Comme vous
aimez analyser ! Est-ce que chaque chose doit avoir un sens
évident ? » Ajouta-t-il.
« Eh bien, oui », répondis-je,
« je le pense. »
« Parfois les sens ne sont pas
apparents pendant longtemps », dit-il. « Évidemment, c’est la
tendance de certaines personnes d’essayer de lire toutes sortes
d’interprétations dans chaque événement. Il y a des fois, mon cher John,
où c’est mieux de jouir d’un événement
ou de le subir pour lui-même. Un de mes amis, Sigmund, a eu une fois une
discussion avec Marla et moi au sujet d’un incident semblable. La conclusion
était, parfois un cigare est seulement un cigare. »
« Ainsi tout ce brouhaha n’a
servi à rien ? Ce n’était que de la fumée sans feu ? »
« Non », reprit-il
énergiquement, « ce n’était pas beaucoup de bruit sans substance.
C’était un vieil ami loyal qui venait me visiter en passant. Ce qui, en soi,
fut très touchant. Êtes-vous obligé d’analyser tout ce que vous faites,
John ? Quand vous mangez une pomme, la pesez-vous, contrôlez-vous sa
couleur et la texture de sa peau ? L’envoyez-vous au laboratoire pour une
analyse de ses éléments nutritifs ? Parfois, une pomme est seulement une
pomme. Jouissez-en. Kamal et moi avons voyagé dans le passé. Il a toujours eu un
œil sur Marla et elle jouait de même le jeu de la coquetterie, quand elle en
avait le goût. Mais il fait un travail merveilleux. Plusieurs ont été aidés et
ont pu avoir une nouvelle chance dans la vie à cause de l’intervention de la
Terreur de Trivandrum. Ne le jugez pas sur son apparence ni sur sa manière de
parler. Les gens ont tendance à juger sur les apparences. Apprenez, comme a dit
Jésus, à ne pas juger d’après les apparences. »
« Je suis désolé, Gédéon »,
dis-je d’un air plutôt contrit. « Je ne veux pas que vous pensiez que je le
déprécie. Je veux seulement des réponses. »
« Le problème n’est pas dans
les réponses », dit-il. « Des réponses, vous en avez eues. Ce sont
les questions que vous n’avez pas encore posées. » Il se tourna vers Marla
et continua, « Marla, il se fait tard pour John et Pandayji. Ils ont
eu une journée énervante. Peut-être devraient-ils prendre bientôt un peu de
repos. »
« C’est une bonne idée, dit
Marla. Assez, c’est assez pour une journée. »
À ce moment, le restaurant
était presque vide et silencieux. Vous n’auriez jamais deviné que juste quelque
temps auparavant,
« Peut-être, reprit Gédéon. Et
restez près des Saints. Ils vous guideront toujours dans le bon chemin ». Il
me désigna en poursuivant. « John se demande encore ici quel est le plus
grand secret de l’univers alors que, pendant tout ce temps, il l’a sous le nez.
La prochaine fois que je le verrai, je le partagerai avec lui. » Gédéon branla
la tête et puis, comme arrière-pensée, ajouta, « comme s’il ne le
connaissait pas déjà. »
« Il parle toujours par énigmes,
Pandayji », dis-je alors que Marla et Gédéon nous laissèrent le bonsoir en
disant qu’ils nous reverraient bientôt. J’ai dit bonsoir à Pandayji, en
promettant de le revoir au déjeuner. En peu de temps, j’étais de retour dans ma
chambre et me préparai à me coucher. Ça avait été un soir extrêmement
intéressant, et en pensant à la terreur de Trivandrum, je me suis endormi.
Durant les quelques jours suivants
je me suis impliqué dans mon travail avec l’aide toujours présente de Pandayji.
Il m’accompagna à l’aéroport et je n’ai pas eu longtemps à attendre pour
prendre mon avion. Je n’avais pas revu Gédéon ni Marla depuis le dîner de ce
soir-là. Mais c’était leur conduite habituelle avec moi, surgissant et sortant
de ma vie et ne restant jamais assez longtemps pour que je m’habitue
complètement à leur présence.
C’est avec tristesse que je fis mes
adieux à mon cher ami Pandayji. Nous nous sommes promis de rester en contact
plus régulièrement. Le haut-parleur cria que mon vol était prêt pour
l’embarquement. « Prenez bien soin de vous, Pandayji », dis-je, « je
vous reverrai bientôt. » Quelques moments après, j’empruntais la rampe me
conduisant dans le ventre du grand oiseau de métal qui me ramènerait bientôt
chez moi. Mon voyage à l’ancien Joyau de
Chapitre
dix-sept
Le plus grand Secret de l’Univers
|
Q |
uelques
semaines se sont écoulées depuis mon retour du pays des mystères. Pour moi,
cette ancienne contrée évoque toujours des visions de guerriers armés chargeant
à travers les plaines dans des batailles contre des armées ennemies. C’est
intéressant d’observer que certaines des plus étranges expériences de la vie de
quelqu’un puissent s’effacer si facilement dans de vagues souvenirs. Tel fut le
cas avec mes « aventures » en Inde quand je suis retombé dans la
routine de la vie quotidienne.
Il m’arrive par ci par là de penser
à Gédéon et à Marla. Mais, aussi, ils ne briguaient pas la première place sur
la liste quotidienne de mes priorités. Il y avait des obligations plus
pressantes, comme terminer un manuscrit et en commencer un autre, préparer une
série de conférences, acheter de nouvelles chaussures pour Jonathan, aider Malika
à réparer un pneu crevé, refinancer mon bureau d’affaires et d’autres activités
sans nombre, qui se disputaient mon temps et mon attention.
Aujourd’hui, je me détendais tranquillement
sur mon perron arrière, à moitié assoupi, observant vaguement les activités de
la vie sauvage dans ma cour. Ça avait été une journée agitée et je pensais que
quelques minutes de relaxation avant le souper me feraient un peu de bien. Je
dois m’être assoupi d’épuisement car la chose dont je me souviens ensuite
d’avoir entendu fut quelqu’un qui m’appelait par mon nom. J’ouvris les yeux
pour apercevoir Gédéon et Marla debout devant moi.
« Bonjour ! dit Gédéon. Je
ne voulais pas vous réveiller, mais nous avons à parler. Pouvez-vous nous
accorder quelques minutes ? »
Avant que je puisse répondre, Marla
s’approcha, me fit une grande caresse et m’embrassa gentiment sur la bouche. « Ça
fait quelques semaines, John, mais il nous fallait vous rencontrer. »
Maintenant, j’étais complètement réveillé,
me questionnant sur l’urgence de leur visite. « Vous m’avez manqué tous
les deux », dis-je, alors qu’ils prenaient chacun une chaise, « et
j’espère que tout s’est bien passé. Mais pourquoi cette grande hâte à me
parler ? »
« Nous venons juste de
rencontrer le Chef, dit Gédéon. Vous vous souvenez ? Le Grand Chef ?
Le Créateur de l’Univers ? L’Alpha et l’Omega ? Vous vous souvenez de
L’avoir rencontré il y a plusieurs années ? »
« Comment pourrais-je
oublier ? Ça me semble encore comme un rêve étrange », répondis-je.
« Une fois sur un bateau à voiles, puis dans un bureau dans la Grande Cité
et une autre fois dans une rencontre à une réception. Avec vous deux, également.
Tout cela semblait très réel. »
« C’était aussi réel que vous
pouvez le désirer », dit Marla, « plus réel que la respiration. Le
Chef veut que nous vous expliquions, aussi clairement et simplement que
possible, le plus grand secret de l’univers. »