
Sur la mousse tiède au pied d'un arbre,
Isha git abandonnée et langoureuse.
Les lignes fluides de son corps lumineux
dessinent un hiéroglyphe du plaisir
qu'accentuent sa douce lassitude
et l'invite silencieuse de son attitude.
Sortant d'un fourré voisin, au retour de la chasse,
encore ruisselant de fatigue et d'efforts,
Ish arrive haletant devant cette nymphe endormie,
tout heureux de la prise qu'il lui offre.
Réveillée par le froissement de ses pas
dans l'herbe humide de rosée,
Isha lui sourit en se lovant sur sa couche.
La plasticité de son corps glabre et nu,
le jeu de sa chair en ses ondulations
excitent en lui un désir édénique
qu'il sent surgir jusqu'en son centre phallique.
Pendant qu'il dépose le gibier qu'il ramène
et s'apprête à partager sa venaison,
Isha se lève avec souplesse, heureuse et fière
de ce compagnon besogneux et dévoué.
Il la regarde en riant et retient son émoi
en s'affairant à préparer le repas.

Mais la beauté rayonnante qui s'approche,
le pouvoir fascinant de ce corps splendide
lui font oublier un moment la faim lancinante.
Elle lève les bras et renverse la tête
dans la lumière blafarde du matin
et respire à longs traits l'air pur de la forêt.
Il contemple cette déesse au galbe éclatant
et savoure la torsion de son corps frémissant,
la plénitude et l'exubérance de son buste généreux,
l'irisation de son pubis encore plein des perles de la nuit.
D'une main qu'il libère il caresse doucereusement
les formes rondes et les cuisses fermes
qu'atteint mais cache à peine
sa longue chevelure d'ébène.
Dans un rire sonore elle s'écarte d'un geste lutin
en sautillant ça et là autour du butin,
tout en jetant par intervalles à son compagnon ébahi
des oeillades taquines remplies de désirs.
Elle simule gravement une démarche aérienne
et exécute, telle une Apsara indienne,
un pas de danse dans la verte clairière.

Son corps n'est qu'arabesques en ses ondulations,
ses gestes tantôt lascifs, tantôt impératifs,
l'arc de ses hanches, le mouvement ailé de ses bras,
la flexion de ses jambes fines et élancées
fascinent son ami qui suspend son labeur.
La brume s'est levée, tel un rideau de scène:
la danseuse fait sa ronde sur le fond végétal.
Elle n'est bientôt plus qu'un faisceau de lumière
qui tourbillonne comme une nébuleuse de chair

entraînant en volutes accélérées
ses longs cheveux et ses bras étendus.
À l'instar d'une comète voguant vers son Soleil,

sa course la ramène en spirales
vers son compagnon qui s'émerveille.
Et comme la fugue atteignant sa partition finale
elle s'immobilise soudain haletante
d'un geste de la tête rejetant en arrière
les pans de sa chevelure ondulante.
Rempli de désirs qu'attise la danseuse,
il la prend contre lui dans une étreinte ardente
mêlant sa sueur fraîche à sa chaleur humide
et son phallus vibrant à sa toison soyeuse.
Un long baiser gourmand fusionne les amants
comme un signal d'envoi du ballet des amours
que le couple enlacé inaugure sur le champ.
Alors que sur la fenaison dorée par le Soleil
s'ébattent les danseurs dans un rythme accordé,
la forêt attentive répercute discrètement
les murmures langoureux, les gémissements de plaisir,
les mouvements de ces corps qui se cherchent
jusqu'au cri de jouissance lancé à l'unisson
par les amants au faîte de leur fusion.

La Nature enveloppe d'un sourire maternel
ses enfants encore unis et enivrés de joie.
Bientôt ils partageront le repas quotidien
qui les délivrera pour un temps de leur faim.
Marcel Mercier, 1980.